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Affaire de la Casa Pia


L' Affaire de la Casa Pia (la Maison pieuse) a éclaté en novembre 2002, lorsqu'un des anciens pensionnaires, Fabio Cruz, un jeune garçon de 16 ans, s'est confié à la journaliste Felicia Cabrita et a raconté son histoire dans l'hebdomadaire portugais Expresso. Son témoignage a été le départ d'une avalanche de révélations faites par des anciens pensionnaires se déclarant tous victimes.

La Casa Pia est une institution caritative publique de renom, un foyer de jeunes orphelins et d'enfants défavorisés, fondé en 1780, et qui gère dans tout le pays une dizaine de centres qui accueillent environ 4 600 mineurs. C'est avec effroi que les Portugais ont ainsi découvert que durant près de trente ans, 128 enfants (mars 2003), dont la majorité étaient orphelins, mais aussi sourds et muets ou même handicapés mentaux, auraient été abusés dans l'indifférence des directeurs de l'école et des autorités publiques.

Il s'agit du plus gros scandale de mœurs jamais connu au Portugal depuis la Révolution des Œillets en 1974. Plusieurs noms de personnalités ont été cités parmi les adultes impliqués dans ce vaste réseau de pédomanes, organisé par un ancien gardien de l'école, Carlos Silvino, alias Bibi. D'après l'accusation, celui-ci choisissait ses victimes « parmi les enfants spécialement vulnérables, en manque d'affection et sans références parentales masculines ».

Le lundi 29 décembre, le procureur général de la République, José Souto Moura, a accusé formellement dix hautes personnalités d'avoir commis des « violences sexuelles sur enfants et d'exercer la prostitution de mineurs ». Parmi les inculpés figurent :

Les personnalités impliquées étaient toutes connues pour leurs opinions de gauche, or la pédocriminalité n’épargnant, a priori, aucun camp politique, les proches des accusés ont utilisé cette particularité du dossier, pour crier au complot politique et sont allés jusqu'à accueillir le député Paulo Pedroso comme un héros au Parlement, lorsqu'il a été remis en liberté provisoire. Selon Pedro Namora, ancien de la Casa Pia, aujourd'hui, avocat réputé, et qui coordonne le réseau des anciennes victimes : « dès que des notables ont été mis en cause, les politiques ont découvert qu’il fallait réformer le Code pénal et renforcer la présomption d’innocence. Ils sont vite passés des droits de l’enfant à celui des accusés. Et ils ont oublié les victimes ».

En fait, aucun des contrôles sociaux n’a fonctionné, ni aucune enquête de police, or le pouvoir connaissait depuis longtemps les éléments suivant :

Un reporter de la chaîne de télévision SIC commente : « Cela fait longtemps que les gens savent ce qui se trame dans la Casa Pia. Le scandale a été étouffé grâce à la complicité de hauts responsables de l'État ».

José Antonio Saravaia, chroniqueur vedette de l'hebdomadaire expresso a commenté ainsi : « Cela va être dur d'avoir à nouveau confiance envers les autorités de notre pays. Le malaise s'est installé dans toute notre société ».

Le président portugais, Jorge Sampaio, a promis que la justice serait appliquée « les yeux fermés » dans cette affaire qui secoue depuis novembre 2002 le Portugal : « Il faut que la justice se fasse, qu'on aille jusqu'au bout et que cette tragédie qui a perduré pendant vingt ans soit effectivement jugée pour que tous puissent respirer ». Quoi qu'il en soit, beaucoup de personnalités ne seront jamais inquiétées, car, prescription oblige, les juges ne s'attachent qu'aux faits commis depuis 1995.

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