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Ougarit est une ancienne cité du Levant, l'actuelle Ras Shamra (la colline du fenouil), près de Lattaquié dans l'actuelle Syrie. Capitale de l'ancien royaume éponyme,
situé au croisement et au débouché d'une route qui joint la Méditerranée au bassin Mésopotamien, à la jonction de
l'Empire hittite au nord et
de la sphère d'influence égyptienne au sud et dont l'apogée se
situe au tournant du IIe millénaire avant J.-C. Quelques souverains de ce royaume sont connus : Ammistamrou II,
Niqmaddou III ou Ammourapi.
Depuis 1929, des fouilles archéologiques françaises ont permis la découverte d'un grand nombre de tablettes d'argile inscrites, datées de la fin de l'âge du bronze (entre 1400 av. J.-C. et 1200 av. J.-C.).
Alors que la plupart des tablettes sont écrites en cunéiforme syllabique notant la langue akkadienne (langue sémitique) ou hittite (langue indo-européenne), quelques-unes le sont dans une nouvelle écriture cunéiforme, dite « alphabet ougaritique », servant à noter une langue sémitique cananéenne. Cette écriture est en fait, historiquement, le premier abjad (alphabet écrivant surtout les consonnes). Il atteste pour la première fois de l'ordre des lettres encore utilisé de nos jours dans la plupart des alphabets modernes (alphabet latin, alphabet grec, alphabet étrusque mais aussi alphabets sémitiques comme les alphabets phénicien et hébreu), l'ordre dit « levantin » :
L'existence d'un classement alphabétique nous est connue par plusieurs tablettes abécédaires. Des tablettes plus rares, trouvées à Beth Šemeš, classent cependant les lettres dans l'ordre sud-arabique. L'abécédaire ougaritique le plus courant donne vingt-sept lettres (suivies de trois additionnelles) dans cet ordre (transcription traditionnelle des langues sémitiques) :
ʾa, b, g, ḫ, d, h, w, z, ḥ, ṭ, y, k, š, l, m, ḏ, n, ṭ, s, ʿ, p, ṣ, q, r, ṯ, ǵ, t – ʾi, ʾu, s̀
Note : la lettre transcrite par ṭ l'est par ẓ dans l'article de O'Connor (cf. bibliographie infra).
La première lettre n'est pas une voyelle /a/ mais le coup de glotte suivi de la voyelle /a/, car cet abjad n'écrivait normalement pas les voyelles mais ne pouvait pas non plus noter simplement ce coup de glotte. La présence de quelques graphèmes syllabiques (dont ʾi et ʾu ajoutés à la suite) est un emprunt au modèle akkadien, d'où la présence d'un s̀, servant à transcrire une consonne non sémitique.
La cité d'Ougarit ayant été détruite vers 1200 av. J.-C. par les Peuples de la mer, son écriture a disparu avec elle. L'alphabet phénicien a cependant pris le relais, avec la descendance que l'on sait. Il est possible que le respect de l'ordre levantin dans cet alphabet ait été inspiré par l'ougaritique.
L'ougaritique a été ajouté aux caractères d'Unicode à partir de la quatrième version, dans le bloc du même nom qui s'étend des emplacements U+10380 à U+1039F. Ces caractères étant situés hors du plan multilingue de base (PMB), ils sont difficilement affichables, tous les systèmes d'exploitation et les navigateurs n'étant pas capables de les manipuler. De plus, peu de polices de caractères contiennent les œils nécessaires. On peut se référer à cette page du site d'Alan Wood pour en trouver quelques-unes.


