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Leibniz utilisait en analyse des infiniment petits sur l'existence desquels il s'interrogeait. Il fallut attendre Abraham Robinson pour définir les infiniments petits par une ultra-puissance de . Il introduisit dans les années 60 une nouvelle théorie appelée analyse non standard. Peu après, Nelson fournit une présentation de l'analyse non standard plus abordable, basée sur l'axiomatique Zermelo-Fraenkel à laquelle est ajouté un nouveau prédicat : le prédicat standard. Le comportement de ce nouveau prédicat est basé sur 3 axiomes nouveaux :
Ces 3 axiomes sont plus connus sous le nom IST.
Le sens du qualificatif standard donné par ces axiomes est celui d'objet appartenant à l'horizon perceptible, non standard comme étant au-delà de l'horizon perceptible. Un ensemble peut donc être standard ou non standard (on dit aussi charmé), il ne peut être les deux.
Il y a deux types d'applications :
...Soit R(x,y) une relation classique (une relation classique est une relation ne faisant pas intervenir le nouveau prédicat "standard" dans son énoncé. Il s'agit donc d'une relation usuelle de nos mathématiques de tous les jours). L'axiome d'idéalisation affirme que les deux propositions suivantes sont équivalentes:
L'axiome signifie que, pour trouver un élément x qui vérifie une propriété relative à tous les éléments y standard, il faut et il suffit de trouver un tel x relatif aux éléments y de n'importe quel ensemble standard fini.
Nous voulons montrer que : il existe x entier, tel que, pour tout y standard entier, x > y. Soit donc R(x,y) défini par : x est entier et y est entier et x > y. La proposition 1 de l'axiome d'idéalisation est bien vérifié : si F est fini (standard ou non d'ailleurs), il existe bien un entier x supérieur aux entiers y éléments de F. Par conséquent, l'axiome d'idéalisation énonce que la proposition 2 est aussi vérifiée et celle-ci correspond à notre énoncé.
Il existe donc un entier x supérieur à tous les nombres entiers standard. Cet entier sera donc non standard, sinon, il serait
supérieur à lui-même. Nous venons donc de montrer qu'il existe au moins un entier non standard. Les entiers supérieurs à x sont a
fortiori non standard, sinon, x leur serait supérieur. Pour cette raison, dans l'ensemble
des entiers, les entiers non standard sont également qualifiés
d'inaccessibles, ou d'illimités, ou d'infiniment grands. Le terme "illimité" est peut-être mal choisi. Il pourrait faire croire
que de tels entiers sont infinis. Mais tous les entiers sont finis ! Nous préférons donc le terme d'inaccessible ou
d'infiniment grand.
Considérons la relation x différent de y dans un ensemble E infini. Pour chaque partie finie standard F, nous trouvons un élément x noté appartenant à E tel que x soit différent de y pour tout y appartenant à F, puisque E est infini.
L'axiome d'idéalisation fournit alors l'existence d'un élément charmé (ou non-standard) x appartenant à E et différent de tous les éléments standard y appartenant à E.
On en déduit la propriété suivante :
et par contraposition :
Soit E un ensemble infini.
E - {x} est aussi un ensemble infini et je puis à nouveau appliquer le raisonnement ci-dessus. Je peux aussi renouveler cette opération un nombre infini de fois.
Si l'on considère que cette opération épuise les éléments de l'ensemble, nous arrivons à la conclusion (1) que l'ensemble est fini, ce qui est une contradiction. Si on considère que l'on n'épuise pas les éléments de l'ensemble, nous arrivons à la conclusion que :
Tout ensemble infini possède une infinité d'éléments non standard.
Ce théorème énonce que, si E est un ensemble, il existe une partie finie X de E contenant tous les éléments standard de E. Les éléments standard d'un ensemble sont donc en nombre fini. On définit pour cela la relation R(X,y) suivante : X est inclus dans E, X est fini et si y est élément de E, alors y est élément de X. La proposition 1 de l'axiome d'idéalisation est bien vérifée pour toute partie finie F (standard ou non d'ailleurs) en prenant X l'intersection de F et E. Par conséquent, la proposition 2 de l'axiome d'idéalisation permet de valider le théorème de Nelson.
On notera que la partie X donnée par l'axiome est une partie interne ou classique. Elle ne se limite pas nécessairement aux seuls éléments standard de E, car, a priori, l'ensemble des éléments standard, défini à partir de la relation non classique "être standard" est un ensemble externe, c'est-à-dire étrangère aux mathématiques usuelles. Ainsi, dans les entiers, un ensemble X contenant tous les entiers standard est de la forme {0, 1, 2, ..., n} avec n non standard, et cet ensemble contient aussi des entiers non standard.
Dès que tous les paramètres d'une valeur classique F ont des valeurs standard
Autrement dit, pour vérifier qu'une formule usuelle dépendant de paramètres standard est vraie pour tout x, il suffit de la vérifier pour tout x standard. Intuitivement, nous ne pouvons accéder qu'aux éléments standard, et ceux sont eux qui nous permettront de vérifier une formule classique. Cet axiome peut aussi s'exprimer (par négation) :
Si une propriété classique est vraie pour un x, alors elle est vraie pour un x standard. En voici quelques conséquences. La
plus importante est le fait que si un objet mathématique est défini de façon classique de manière unique à partir d'objets
standard, il est nécessairement standard. C'est donc le cas de
pour n standard. De même, si E et F sont des
ensembles standard, il en est de même leur intersection, leur réunion, leur produit, de l'ensemble des applications de E dans F,
de l'ensemble des parties de E. Si a et b sont deux nombres standard, il en est de même de ab,
a+b, a–b, a/b, etc... Si n est standard, il en est de même de
n+1 ou de In = {1, ..., n}. Si A est une partie standard de
bornée, Sup A et Inf A sont standard. Si f est une fonction
standard (c'est à dire définie sur des ensembles standard et de graphe standard), alors l'image d'un élément standard est
standard.
Enfin, cet axiome permet de montrer que, pour voir que deux ensembles standard sont égaux, il suffit de vérifier qu'ils
possèdent les mêmes éléments standard. Ainsi, la seule partie standard de
contenant tous les entiers standard est
lui-même. Par contre, il existe des parties non standard
contenant tous les entiers standard, à savoir les parties {0, 1, 2, ..., n} avec n non standard.
Soit E un ensemble standard, soit P une propriété quelconque, faisant ou non intervenir le postulat "standard". Alors :
Cet axiome ne présente d'intérêt que si la propriété P est non classique (elle utilise le postulat "standard"). A n'est autre qu'un ensemble standard dont les éléments standard sont les éléments standard de E vérifiant la propriété P. Il se peut que A possède d'autres éléments, mais ils seront non standard. Par ailleurs, un ensemble standard étant défini de maniére unique par ces éléments standard, il en résulte que A est unique. On l'appelle le standardisé de l'ensemble non classique (ou externe) {x élément de E | P(x)}. L'interprétation intuitive qu'on peut donner à cet axiome est le suivant : l'ensemble non classique {x élément de E | P(x)} ne nous est pas directement accessible. Nous ne pouvons concevoir que son standardisé. A noter que, si la propriété P utilise le postulat "standard", cette propriété est étrangère à l'axiomatique de Zermelo-Fraenkel (puisque le mot "standard" ne fait pas partie de cette axiomatique), et donc que l'ensemble {x élément de E | P(x)} n'est pas un ensemble au sens de Zermelo-Fraenkel. C'est pourquoi nous le qualifions d'ensemble externe.
Par exemple, considérons E =
, et
P(x) la propriété x est standard. L'ensemble {x élément de E | P(x)} est l'ensemble (externe)
des éléments standard. Son standardisé est un ensemble standard contenant tous les éléments standard de
. Nous avons déjà vu qu'il s'agissait de
lui-même.
Considérons maintenant E =
, et
P(x) la propriété x est non standard. L'ensemble {x élément de E | P(x)} est l'ensemble
(externe) des éléments non standard. Son standardisé est l'ensemble vide.
Rappelons que nous qualifions d'internes ou classiques les propriétés ou les ensembles n'utilisant pas le mot
"standard". Nous appelons externes ou non classiques les propriétés ou les ensembles utilisant ce mot. Toutes les
propriétés connues classiques restent valides en Analyse non standard. Ainsi,
vérifie l'axiome de récurrence, pourvu que cet axiome soit
appliquée à une propriété classique.
En revanche, le prédicat standard étant non classique, l'axiome de récurrence ne s'y applique pas. Ainsi, 0 est standard ; si n est standard, n + 1 aussi. Cependant, il existe des entiers non standard supérieurs à tous les entiers standard. De tels entiers non standard sont appelés infiniment grand.
Tout entier standard est inférieur à tout entier non standard. Si n est non standard, il en de même des éléments
supérieurs à n et de n – 1. On peut voir
comme suit :
On ne peut parler du plus petit entier non standard, pas plus que nous ne pouvons parler du plus grand entier standard, car
ces ensembles ne sont pas classiques, et on ne peut donc pas leur appliquer les propriétés classiques de
.
Si P est une propriété quelconque, on montre que
vérifie le principe de récurrence restreint suivant :
On montre qu'on peut partitionner l'ensemble
des réels en :
Par exemple : 0,000...01 est infiniment petit si le nombre de 0 est un entier infiniment grand. Ce nombre est alors infiniment proche de 0.
Si n est un entier infiniment grand, alors 1/n est infiniment petit.
On montre également que, pour chaque réel limité x, il existe un unique réel °x standard tel que la différence x – °x soit infinitésimale. °x s'appelle partie standard de x.
Par exemple, 0,3333.....333 où le nombre de 3 est un entier infiniment grand est un réel limité non standard, dont la partie standard est 1/3.
Tout réel limité se décompose de manière unique sous la forme standard + infinitésimal.
La continuité d'une fonction dans
se
définit plus simplement avec l'analyse non standard : est continue si pour tout
infiniment petit et pour tout , est infiniment proche de .


