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Arrêt Blanco

L'arrêt Blanco, rendu le 8 février 1873 par le Tribunal des conflits, est considéré comme le fondement du droit administratif français.

Sommaire

Circonstances de l'espèce

Agnès Blanco, âgée de 5 ans, est renversée et grièvement blessée par un wagonnet poussé par quatre ouvriers. Le wagonnet appartient à une manufacture de tabac de Bordeaux, exploitée en régie par l'Etat. Le père de l'enfant saisit donc la juridiction judidiciaire d'une action en dommages-intérêts contre l'Etat, estimé civilement responsable de la faute commise par les quatre ourvriers. Un conflit s'élève entre les juridictions judiciaire et administrative et le Tribunal des conflits est chargé de trancher.

La question est de savoir « quelle est, des deux autorités administrative et judiciaire celle qui a compétence générale pour connaître des actions en dommages-intérêts contre l'Etat » (conclusions du commissaire du gouvernement).

Arrêt

« Considérant que l'action intentée par le sieur Blanco contre le préfet du département de la Gironde, représentant l'Etat, a pour objet de faire déclarer l'Etat civilement responsable, par l'application des articles 1382, 1383 et 1384 du code civil, du dommage résultant de la blessure que sa fille aurait éprouvée par le fait d'ouvriers employés ar la manufacture des tabacs ;

Considérant que la reponsabilité, qui peut incomber à l'Etat pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu'il emploie dans le service public, ne peut être régie par les principes qui sont établis dans le code civil, pour les rapports de particulier à particulier ;

Que cette responsabilité n'est ni générale, ni absolue ; qu'elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier les droits de l'Etat avec les droits privés ;

Que dès lors, aux termes des lois ci-dessus visées, l'autorité administrative est seule compétente pour en connaître ; ...

[arrêt de conflit confirmé]

Le Conseil d'Etat déclaré compétent rend un arrêt le 8 mai 1874, octroyant une rente viagère à la victime.

Commentaire

L'arrêt Blanco fait figure, selon l'expression du doyen Léon Duguit, de « pierre angulaire » du droit administratif français. En effet, il définit à la fois la compétence de la juridiction administrative et le contenu du droit administratif. Cette approche est extrémement discutée. En effet deux écoles doctrinales s'affrontent à ce sujet : l'école du service public (Duguit) et celle de la puissance publique (Hauriou). La principale différence entre ces deux courants réside dans le critère de l'application du droit administratif.

Compétence

En référence aux lois de 16-24 août 1790 et du 16 fructidor an III qui proscrivent aux tribunaux judiciaires de « troubler, de quelques manière que ce soit, les opérations des corps administratifs », l'arrêt retient le critère de service public comme fondement de la compétence administrative. Ainsi, le commissaire du gouvernement déclare :

« [Les tribunaux judiciaires] sont radicalement incompétents pour connaître de toutes les demandes formées contre l'administration à raison des services publics, quel que soit leur objet, et alors même qu'elles tendraient, non pas à faire annuler, réformer ou interpréter par l'autorité judiciaire les actes de l'administration, mais simplement faire prononcer contre elle des dommages pécuniaires en réparations des dommages causés par ses opérations. »

Responsabilité

Le Tribunal des conflits rejette par cet arrêt des principes du code civil, pourtant établi par le législateur, en revendiquant des « règles spéciales », justifiées par les « besoins du service ».

Limites de l'arrêt

La loi et la jurisprudence postérieure ont précisé ou remis en cause les solutions apportées par l'arrêt Blanco :

Bibliographie




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