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Bataille de Hattin


Sommaire

Présentation de la situation

Après le décès, à Acre, du jeune roi Baudouin V de Montferrat, âgé de 7 ans, le régent Raymond III de Tripoli fut destitué, et le trône de Jérusalem échu à Gui de Lusignan, nouvel époux de Sybille, la sœur du défunt roi Baudouin IV le Lépreux, décédé le 16 mars 1185 .

Au fin 1186 ou début de 1187, Renaud de Châtillon, seigneur de Kérak, brise la trève de 4 ans, qui était en vigueur entre Francs et musulmans depuis 1185, en s'empara d'une caravane voyageant sous forte escorte et qui se rendait du Caire à Damas, il emprisonna les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle, puis il attaqua d'autres caravanes de pélerins allant à La Mecque, projettant même d'aller détruire le lieu sacré de l'Islam.

Saladin (Salâh Ad-Dîn) essaya de se montrer patient et de faire preuve de diplomatie, d'autant plus qu'il voulait se consacrer entièrement à la gestion de son pays et à la remise en ordre de la situation délabrée de son empire à cause des nombreuses années de guerre civile entre seigneurs arabes, et contre les Croisés. Il venait d'achever l’unification des Musulmans, et même la ville de Mossoul, qu’il avait assiégée à plusieurs reprises, venait de signer en 1186 un traité de paix. Son but final était de lancer le Djihad mais seulement au bout des quatre années de la trêve qu'il avait personnellement signée avec Raymond III de Tripoli, et après s'être bien préparé.

Saladin envoya donc des émissaires avec un message d’indignation à Renaud de Châtillon, mais le menaçant, si la caravane n’étaient pas relâchée, les biens restitués et les prisonniers libérés. Renaud, seigneur de Kérak, lui fit répondre avec mépris : « Demandez à votre Muhammad de venir vous sauver ». Ne pouvant laisser cet affront impuni, il réunit un peu plus de 12 000 soldats musulmans à Damas, puis dès le mois de mars alla assièger la citadelle de Kérak qu'il prit, puis assiègea la citadelle de Shaubak qu'il prit aussi, avant de se diriger vers Banias près de Tibériade. Les troupes musulmanes tombèrent par hasard sur une délégation de barons francs, et les firent prisonniers ou les tuèrent.

De leur côté, les barons francs, étaient dans une période de pleine confrontation. En mars 1187, Raymond III de Tripoli, fort de la trêve de 4 ans qu'il avait signée avec Saladin et sûr de son soutien, avait refusé de prêter hommage au nouveau roi de Jérusalem, Gui de Lusignan.

En mai, 150 chevaliers de l'Ordre du temple qui s'étaient battus contre plusieurs milliers de musulmans à Séphorie (près de Nazareth), sont défaits, seuls trois d'entre eux purent s'enfuir, dont Gérard de Ridefort, leur Grand Maître. Suite à ce désastre Guy de Lusignan et Raymond III de Tripoli, décidèrent de se réconcilier pour se battre contre les musulmans.

Le 24 juin, les Francs sont prêts. Ils ont réuni une grande armée constituée de 2 000 chevaliers (dont 1200 chevaliers de l'Ordre du temple et des Hospitaliers) et 13 000 fantassins francs. Ils sont soutenus par 40 000 autres mercenaires de diverses origines, en majorité musulmans, donc non sûrs, comportant, entre autres, 2 500 cavaliers et 7 000 fantassins payés et armés par les templiers. En face, de nouvelles troupes ont rejoint Saladin qui dispose au total de plus de 60 000 soldats musulmans.

Le début de la bataille

Fin juin, les Francs avaient rassemblé aux alentours de la ville de Sephorie, environ 25 000 hommes, dont 1/5 de cavalerie. Regroupés sur la colline, ils sont à l'abri de toute attaque et disposent là de vivres à volonté et d'eau en quantité grâce aux fontaines de la cité.

Pour forcer les Francs à venir à lui, Saladin imagina un stratagème astucieux. Il fit attaquer la cité de Tibériade où se trouvait toujours la femme de Raymond III de Tripoli. Ses troupes réussirent à prendre la ville basse et poussèrent la population à se réfugier dans la forteresse, mais laissèrent passer des messagers afin qu'ils rejoignent l'armée francque pour obtenir du secours. Il y a 27 kilomètres entre Séphorie et Tibériade.

Dans un premier temps, les Francs ne souhaitaient se précipiter, Raymond III de Tripoli pensait que la forteresse pouvait résister le temps de battre les troupes de Saladin, de plus, il considérait comme périlleuse une telle entreprise, dans la mesure où la route était difficile et l’eau peu abondante. Renaud de Châtillon accusa Raymond de lâcheté : « Je ne doute pas un seul instant que tu aimes les Musulmans et que tu cherches à nous effrayer par leur nombre » et le grand maître des Templiers, Gérard de Ridefort, finit par convaincre le roi de Jérusalem de mettre l'armée en branle.

L'armée francque, divisée en trois corps, se mit en route le 1er juillet. Les troupes francques souffraient de la chaleur et leurs réserves d'eau furent vite épuisées. Tous les puits et trous d'eau avaient été comblés ou empoisonnés sur l'ordre de Saladin. Des groupes de cavaliers musulmans, des archers à cheval, les harcelèrent de tous côtés et firent tout pour ralentir leur marche, mais sans jamais engager le combat. Cette tactique réussit si bien, qu'au soir du 3 juillet, Guy de Tripoli propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l'un des rares points d'eau. Mais Saladin devinant leur projet en coupa l'accès. À la nuit, les Francs durent installer leurs camps là où ils se trouvaient, obligés de bivouaquer sur le sable desséché et parmi les pierres brûlantes, et sans eau, leurs outres sont vides. Ils furent harcelés tout la nuit par les soldats musulmans et ne dormirent point pour la troisième nuit consécutive.

La bataille décisive

Au matin du 4 juillet, la journée s'annoncaient encore plus chaude que la veille. De plus les Francs se trouvaient sous le vent par rapport à l'armée musulmane. Saladin positionna ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, et fit mettre le feu aux broussailles, le vent poussant la fumée et le feu vers les Croisés. Etouffés de chaleur sous leur imposantes cuirasses, sans eau pour se rafraîchir, les Francs n'en pouvaient plus, ils menèrent cependant des combats héroïques pour tenter de percer, avec l'énergie du désespoir, les lignes des assiégeants et de gagner les rives du lac de Tibériade.

Peu à peu, les Francs étaient repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. Raymond III de Tripoli réussit à se créer une sortie vers Séphorie en emmenant avec lui Raymond, fils du prince d'Antioche, ses chevaliers et quelques barons syriens. Quelques autres détachements des troupes francques réussirent aussi à percer les lignes et à s'enfuir vers Tyr.

Le reste des forces francques défendirent ardemment leur position élevée sur les Cornes de Hattin. Selon les récits des chroniqueurs d'époque la bataille fut terrible, il y eut beaucoup de morts parmi les croisés et il y eut également beaucoup de morts du côté musulman, çà et là agonisaient des milliers de blessés enchevêtrés dans les cadavres des chevaux. La chute de la tente royale symbolisa la défaite francque, alors que le roi et ses grands barons réussissaient à se réfugier dans la forteresse de Tibériade.

La victoire de Saladin

Le lendemain, 5 juillet, sans espoir de secours, ils sortirent de la forteresse et se rendirent à Saladin. Parmi les prisonniers de marque : Le roi de Jérusalem Guy de Lusignan et ses deux frères, le connétable Amaury de Lusignan et Geoffroy de Lusignan, le seigneur Renaud de Châtillon, responsable de cette défaite, Gérard de Ridefort, le Grand Maître de l'Ordre du Temple, Onfroy IV de Toron, le marquis Guillaume de Montferrat et beaucoup d'autres.

Les conséquences de cette bataille

Un peu plus de 30 000 soldats, en une journée, laissèrent la vie lors de la bataille de Hattin. La fine fleur de la chevalerie francque était anéantie. De plus, les Musulmans réussirent au cours de cette bataille à infliger une dure défaite psychologique aux Croisés, car ils purent mettre la main sur la relique de la Sainte Croix, l’emblème de la chrétienté.

La Palestine passa sous l’emprise de Saladin (Salâh Ad-Dîn). Lors du seul mois de juillet, il prit les cités de Saint-Jean-d'Acre, Jaffa, Césarée et Sidon. Le 6 août ce fut le tour de Beyrouth, avant celui d' Ascalon et de Gaza, le 5 septembre. Le 20 septembre, Saladin commence le siège de Jérusalem, qui n'est plus défendue que par 6 000 soldats; la ville sainte tombera le 2 octobre 1187.

La ville ne sera pas pillée, les habitants ne seront pas massacrés, mais libérés contre des sommes modiques. Même les templiers purent négocier leur sortie à bas prix. Cette attitude illustre la répugnance du conquérant Saladin à verser inutilement le sang. De même que Saladin avait permis aux chevaliers d'Acre et d'Ascalon de s'exiler à Tyr, ceux de Jérusalem rejoignirent aussi Tyr qui se transforma, grâce à tous ces renforts en une ville imprenable.

En novembre Saladin commença le siège de Tyr défendue par le baron Conrad de Montferrat, frère du défunt Guillaume de Montferrat (le 1er époux de Sibylle, la sœur de Baudouin IV le lépreux et la mère du défunt Baudouin V de Montferrat, qui avait ensuite épousé Guy de Lusignan). Les Francs réussissent à brûler une partie de la flotte musulmane, et Saladin finit par abandonner le siège de la ville, car à l'entrée de l'hiver, son importante armée devait être démobilisée. Cependant, sur le chemin du retour, il s'empara encore des villes de Lattaquié, Tartous, et Safed sur le territoire syrien.

Cette défaite francque, marqua le début de l'écroulement des États latins d'Orient. Seules résistèrent jusqu'en 1189-1190 les puissantes citadelles frontalières que les Francs n'avaient pas dégarnies de leurs troupes, mais que Saladin négligea dans un premier temps.

Fin 1187, les Francs ne possèdent plus que les cités de Tyr, Antioche et Tripoli, auxquelles s'ajoutent les trois forteresses isolées. Le sage Raymond III de Tripoli meurt à l'âge de 48 ans des suites d'une pleurésie.

Cette bataille a mis un terme à la deuxième croisade, cependant les guerres entre musulmans et Croisés vont se poursuivre encore pendant près d’un siècle. Elle a posé les bases d’un nouvel équilibre des forces, et cette défaite des croisés, une fois connue en Occident, va engender un fort mouvement, et des renforts considérables vont commencer à affluer. La troisième croisade commencait.

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