Bataille des Ardennes
On appelle Bataille des Ardennes, les opérations militaires qui se sont
déroulées dans les Ardennes
belges et le nord du Grand-duché de Luxembourg pendant l'hiver 1944-1945. La bataille commence le 16 décembre
1944 par une attaque surprise allemande à
laquelle on a donné le nom d'« Offensive von Rundstedt ». Ironie de l'histoire, le vieux Maréchal y était opposé; il estimait
que l'objectif était trop ambitieux. Les Anglo-Américains
l'appellent « Battle of de Buldge » (Bataille du Saillant) vu la forme de coin que la ligne de front avait prise
lorsque la pénétration allemande fut arrêtée. La bataille des Ardennes se termine fin janvier 1945 lorsque les Allemands furent rejetés au-delà de leur ligne de départ.
Notions préliminaires
La division
- La division est la grande unité tactique de référence pour les opérations
militaires de la Seconde Guerre mondiale.
- La division d'infanterie US (Div Inf) a un effectif de 14 000 hommes et un
charroi de 1400 véhicules. Elle comprend principalement des fantassins armés de fusils, mitrailleuses et bazookas, une soixantaine de canons antichar et un appui
d'artillerie propre d'une soixantaine d'obusiers.
- La division
airborne US (Div Abn) est une division d'infanterie légère de 10 000 hommes pouvant être aéroportée.
- La division
blindée US (Div Bl) a un effectif de 11 000 hommes. Elle comprend 195 chars moyens,
77 chars légers, de l'infanterie blindée et des unités d'appui. L'appellation américaine est « Armored Division »
tandis que la Div Bl britannique s'appelle « Armoured Division ».
- Les divisions britanniques et allemandes ont des moyens plus ou moins équivalents.
Les échelons au-dessus de la division :
- Le Corps d'armée est une grande unité dont la composition
n'est pas fixe. Il comprend un commandement, un certain nombre de divisions (2 à 7) et des unités d'appui et de logistique.
- L'Armée comprend un nombre variable de corps d'armée. Les Allemands utilisent le terme Panzer Armee (Pz Armee) lorsque le nombre
de divisions blindées (Pz Div) affectées est important.
- Le Groupe d'armées comprend un certain nombre d'armées.
Sur le front occidental :
- les groupes d'armées alliés dépendent du S.H.A.E.F. (état-major du Général Eisenhower) qui dispose également de moyens aériens.
- les groupes d'armées allemands sont sous les ordres du Feldmarschall von Rundstedt. Suite à la défaite de Normandie, il avait été
remplacé par von Kluge mais ce dernier,
impliqué dans l'attentat contre Hitler, s'était suicidé. Von Rundstedt fut ainsi
rétabli dans ses fonctions. Cet officier compétent n'a jamais été nazi et fut libéré en
1949. Son implication dans l'offensive des Ardennes fut réduite. Le commandement suprême
allemand (OKW), dépendant de Hitler, traitait directement avec le commandant du Groupe d'armées B, le Feldmarschall Model, chargé
de l'offensive.
Situation des Alliés début décembre 1944
Le front occidental le 15 décembre 1944
Le front occidental s'est étendu. Après l'échec d'Arnhem, il suit d'abord une ligne est ouest coupant les Pays-Bas en deux et ensuite une ligne nord sud suivant très approximativement la frontière allemande jusqu'en
Suisse. Depuis les ports français, les lignes de communication sont longues et Anvers vient seulement d'être dégagé. Les Alliés manquent de moyens mais, pour ne pas permettre
à l'ennemi de se ressaisir, ils doivent continuer leur offensive. Au nord, une attaque vient d'être lancée pour s'emparer des
barrages de la Roer afin d'empêcher les Allemands de déclencher d'éventuelles inondations.
Au sud, la 3e Armée de Patton prépare une offensive vers Francfort. Pour réunir les moyens nécessaires, le front a été dégarni dans les Ardennes
où quatre divisions US tiennent 120 km de front.
Le dispositif des Alliés comprend :
- de la Zélande jusqu'au nord de Maastricht : le 21e Groupe d'armées (Maréchal Montgomery) avec la 1re Armée canadienne et 2e Armée britannique
- de Maastricht à Sarrebruck : le 12e Groupe d'armées (Général Bradley) avec du nord au sud : la 9e Armée US (Général Simpson), la 1re Armée US (Général Hodge) couvrant toutes les Ardennes belges et le
Grand-duché de Luxembourg et la 3e Armée US (Général Patton)
- de Sarrebruck à la frontière suisse : le 6e Groupe d'armées (Général
Devers) avec la 7e Armée US et la 1re Armée
française
- en réserve générale : six divisions mais dont seules les 82e et 101e Division
Airborne à Reims sont disponibles immédiatement.
Au total, cela représente 69 divisions.
Situation des Allemands début décembre 1944
Pour les Allemands, les lignes de communication et la longueur des fronts se sont réduites ; ce qui permet de regrouper
les forces et même de constituer quelques réserves. Les fronts d'Italie et de Russie sont stabilisés. La mobilisation de tous les hommes entre 16 et 60 ans permet de
rétablir les effectifs. La défense de la patrie ressaisit le moral de ceux qui ne sont pas encore résignés. La production de
matériel militaire est satisfaisante. Une nouvelle 6e SS Panzer
Armee a même pu être constituée. Toutefois, il faut agir rapidement car les bombardements stratégiques alliés deviennent
inquiétants et les réserves en carburant s'amenuisent.
Quatre groupes d'armées sont déployés face aux Alliés :
Avec les réserves, le total est de 74 divisions soit un nombre équivalent à celui des Alliés.
Le plan allemand
Fin septembre 44, Hitler charge un état-major restreint sous le contrôle du Général Jodl de préparer une offensive en
Ardennes. Cette opération reçoit le nom de « Wacht am Rhein » (Garde au Rhin). Des mesures draconiennes sont prises
pour le maintien du secret. Les maréchaux von Rundstedt et Model sont informés le 24 octobre. Ce dernier est un fidèle du régime;
il commande le Groupe d'Armées B qui sera chargé de l'attaque et dont les unités auront du nord au sud les objectifs
suivants :
- la 15e Armée fixera l'ennemi en front
- la 6e SS Pz Armée sera chargée de l'effort principal. Nouvellement constitutée, elle sera mise en place au dernier moment.
Elle franchira la Meuse au sud-ouest de Liège, protégera elle-même son flanc nord, coupera les forces alliées du nord de leur
ligne de communication et s'emparera d'Anvers.
- la 5e Pz Armée franchira la Meuse dans la zone de Namur et avancera jusqu'à Bruxelles pour protéger le flanc sud au-delà de
la Meuse.
- la 7e Armée attaquera pour protéger le flanc sud à la hauteur d'Arlon jusqu'à la Meuse.
L'opération sera appuyée par :
- le parachutage de nuit au nord de Malmedy de l'unité du Colonel von der Heidte chargée de bloquer les routes venant du nord
(Opération Stösser).
- l'infiltration en Ardennes de l'unité spéciale du Colonel Skorzeny composée de militaires allemands en uniforme américain
parlant l'anglais et chargée de créer la confusion dans les lignes américaines. (Opération Greif).
La bataille
Ardennes 16 décembre 1944
Samedi 16 décembre 1944
Dès 05h30, une importante préparation d'artillerie est déclenchée. Dès 06h00, des patrouilles de combat allemandes
s'infiltrent entre les points d'appui américains afin de s'emparer de quelques passages obligés.
A 08h00, dans le brouillard, la véritable offensive allemande commence :
- À la 6e SS Pz Armée
- Au nord, l'avance est rapidement bloquée, suite, principalement, à l'action de la 2e Div Inf US et à la réaction de
l'artillerie américaine.
- Au sud, la progression de l'infanterie est freinée par l'ouverture des champs de mines et la résistance des points d'appui
américains. Les blindés « piétinent » d'impatience surtout la 1re SS Pz Div qui dispose de 164 chars dont 45
« Royal Tigre » et 38 « Panther ». Sa colonne principale est commandée par le jeune Lieutenant-colonel SS
Peiper (29 ans). Fin d'après-midi, il en a marre d'attendre, traverse volontairement un champ de mines en perdant quelques
blindés et continue sa progression de nuit.
- Devant la 5e Pz Armée, quatre malheureuses divisions du VIIIe Corps US déployées sur un front de 120 km résistent mais elles
sont attaquées par des forces largement supérieures.
- Plus au sud, la 7e Armée pénètre dans Echternach mais ne réalise qu'une percée de 5 km ; la 4e Div Inf US, solidement
appuyée par l'artillerie, parvient à se maintenir.
En fin d'après-midi, Eisenhower et Bradley qui sont en réunion à Versailles, sont informés de l'attaque. Ils n'en mesurent pas
encore l'ampleur mais Bradley donne des ordres à la 9e et à la 3e Armée pour envoyer respectivement les 7e et 10e Div Bl vers la
1re Armée. Ces unités commenceront leur mouvement dans la nuit.
Dimanche 17 décembre 1944
Vers 03h00, des Junkers 52 larguent un millier de parachutistes sous le commandement du Colonel von der Heydte sur le plateau
des Fagnes au nord de Malmedy. La dispersion est extrême ; les colis avec l'armement lourd sont rarement retrouvés. L'action
sera peu efficace. Beaucoup d'hommes seront capturés assez rapidement. Non rejoints, les derniers se rendront aux Américains le
23 décembre.
Les hommes de l'unité Skorzeny (Allemands habillés et équipés à l'américaine) coupent les lignes téléphoniques et créent la
confusion, surtout dans les mouvements US. Ils n'auront toutefois pas l'effet espéré.
Au nord de la pénétration, la colonne Peiper qui a déjà fait de nombreux prisonniers, s'empare vers 07h00 d'un dépôt US à
Bullange et peut faire le plein de carburant. Elle reprend ensuite sa progression vers l'ouest. La 7e Div Bl US qui descend vers
Saint-Vith passe quelques kilomètres devant la tête de la colonne allemande. À 12h30, Peiper capture, à Baugnez près de Malmedy,
une centaine d'artilleurs de la colonne de la Div US. Ceux-ci sont rassemblés dans une prairie mais, vers 14h00, avec les troupes
SS qui suivent, un officier déclenche la tuerie des prisonniers. Plusieurs peuvent s'enfuir et pour certains même rejoindre leurs
lignes. L'information du «massacre de Baugnez» parviendra rapidement aux unités US qui, au lieu d'être terrorisées, penseront
surtout à venger leur camarades. Le soir, la 1re SS Pz Div rejette vers le nord la jeune 99 Div Inf US et la colonne Peiper
arrive devant Stavelot.
Au centre, soumis à l'attaque de la 5e Pz Armée :
- à Saint-Vith, la 106 Div Inf US composée de jeunes recrues résiste comme elle peut. Presque encerclée, elle attend avec
impatience le renfort de la 7e Div Bl US dont les premiers éléments arrivent vers 16h00. Il faut bien se rendre compte que le
mouvement d'une Div Bl avec plus de 1000 véhicules dont des chenillés, dans les conditions qu'on imagine, constitue à lui seul
une véritable opération.
- En avant de Clervaux, la 28e Div Inf
US, commandée par le Major General Cota (célèbre depuis son action à Omaha
Beach) est déployée sur un large front. Ce sont des vétérans mais ils sont attaqués par des forces cinq fois supérieures. Les
points d'appui sont encerclés mais ils résistent et freinent ainsi la progression allemande.
Au sud, le flanc de la pénétration allemande est contenu sur la ligne Echternach-Diekirch.
A Reims, vers 20h30, les 82e et 101e Div Abn reçoivent leurs ordres de mouvement et partent dans la nuit.
Les 18 et 19 décembre 1944
Au nord :
- Avec les renforts qui arrivent, le commandant de la 1re Armée US organise sa ligne de défense de la région d'Elsenborn vers
le sud-ouest.
- Le 18, la colonne Peiper prend Stavelot mais ne peut s'emparer d'un dépôt US qui est incendié à son approche. Elle s'engage
dans la vallée encaissée de l'Amblève, prend La Gleize et s'avance vers Stoumont. Elle est immobilisée par une attaque aérienne,
ce qui permet au génie US de faire sauter un pont devant les premiers chars, les obligeant à faire demi-tour. Dès le 19, des
unités US dont la célèbre 82e Div Abn qui vient d'arriver, la stoppent à Stoumont et attaquent même ses arrières.
Au centre :
- Dans la région de Saint-Vith, isolés, deux des trois régiments de la 106e Div Inf ont été fait prisonniers mais la 7e Div Bl
tient fermement une position en forme de fer à cheval. Elle oblige les Allemands à adapter leurs plans et à engager prématurément
des renforts.
- Du nord de Clervaux à Diekirch, les points d'appui de la 28e Div US luttent jusqu'à l'extrême. Les rescapés des deux
régiments nord s'exfiltreront vers Saint-Vith et Bastogne où ils continueront le combat.
- A Bastogne, le 18 à 16h00, le groupement blindé B de la 10e Div Bl US et un bataillon antichar se sont déployés. À partir de
22h30, venant de Reims, la 101e Div Abn les rejoint. Le lendemain, ils subiront les
premières attaques sérieuses.
Au sud :
- Le 109e Régiment de la 28e Div, commandé par le Colonel Rudder (le chef des rangers de la pointe du Hoc) mène le combat retardateur depuis Diekirch. Il tiendra jusqu'à l'arrivée des
renforts.
Au haut commandement allié :
- Le 19, Eisenhower a réuni Bradley, Devers et Patton. Il prescrit à Devers d'étendre le front de son 6e Groupe d'armées vers
le nord afin de permettre à Patton de regrouper des unités en vue d'une attaque sur le flanc sud du saillant. Il charge Bradley
d'agir de manière similaire au nord. Ces directives du commandant en chef auront pour effet le déplacement de centaines de
milliers d'hommes. Lorsque Ike demande à Patton le temps qui lui sera nécessaire pour tourner son armée de l'est vers le
nord, ce dernier répond promptement 2 jours. Ce délai irréaliste fait sourire les généraux présents. Ce qu'ils ignorent, c'est
qu'avant de recevoir les instructions de Ike, Patton a déjà donné des ordres pour préparer le mouvement. La célérité de la 3e
Armée sera surprenante.
Les 20, 21 et 22 décembre 1944
Depuis le 19 et jusqu'au 22, le temps bouché empêche toute action importante de l'aviation.
Au nord
- Peiper est coupé de ses arrières. À Stoumont, le 20 et le 21, la bataille est féroce. La nuit, il y a des combats corps à
corps entre les parachutistes et les SS. Peiper doit se replier sur La Gleize.
- La 6e SS Pz Armee est définitivement arrêtée et les Américains ont même repris Stavelot
Au centre
- A Saint-Vith, les Allemands attaquent en force et prennent la ville le 21 vers minuit. La 7e Div Bl se rétablit à l'ouest
mais reçoit l'ordre de se replier. Sa remarquable défense de Saint-Vith a brisé la marée allemande et a surtout permis aux autres unités américaines de venir former la
digue nord du saillant.
- Entre Saint-Vith et Bastogne, les 116e et 2e Pz Div de la 5e Pz Armee, après
avoir attendu un ravitaillement en carburant, atteignent le 22 respectivement Hotton et Marche. Elles se heurtent à la 84e Div US
qui y a pris position la veille.
- A Bastogne, dès le 20, les « Panzer » allemands contournent par le nord et par le sud. La nuit du 21 au 22, la
ville est complètement encerclée. Les Allemands mènent successivement mais infructueusement plusieurs attaques pour s'emparer de
ce nœud routier particulièrement important. La place est défendue par 18 000 Américains comprenant la 101e Div Abn, un groupement
blindé de la 10e Div Bl, un bataillon antichars, deux bataillons d'artillerie et des rescapés de la 9e Div Bl et de la 28e Div.
La 101e Div est normalement commandée par le Général Taylor mais il est aux États-Unis. C'est le Brigadier général Mac Auliffe
qui assure l'interim. On lui a confié le commandement de toutes les unités encerclées. Officier d'artillerie, il utilise de
manière remarquable le feu des sept bataillons d'obusiers dont il dispose (cinq organiques, deux en renfort). Le 22 à 12h00, les
Allemands exigent la reddition de la ville sous menace de destruction. La réponse de Mac Auliffe est ferme et brève :
« Nuts » (Version yankee du mot de Cambronne).
Au sud
- Le 22, la Pz Lehr Div qui a contourné Bastogne par le sud, s'empare de Saint-Hubert
Plus au sud
- Depuis le 20, la 4e Div Bl US s'est déployée dans la région d'Arlon. Le 22 à 06h00, sans attendre l'arrivée de toutes ses
unités, Patton démarre sa contre-attaque en direction de Bastogne.
Au haut commandement allié
- Le 20 décembre, Eisenhower décide de confier le commandement temporaire des unités US nord du saillant, soit la 9e Armée et
la 1re Armée (sauf son VIIIe Corps), à Montgomery. Vu la situation, Ike juge que ces forces échappent désormais au
contrôle de Bradley. Il estime aussi que c'est la meilleure manière d'obtenir un engagement franc du XXXe Corps britannique,
seule grande réserve tactique disponible.
- Le XXXe Corps se porte en effet rapidement vers le sud afin de garantir d'abord la sûreté des passages sur la Meuse.
- La décision de Monty sera mal accueillie par Bradley et d'autres généraux américains qui n'apprécient pas
l'orgueilleux maréchal anglais.
Les 23, 24 et 25 décembre
Dès le 23, le temps s'éclaircit et l'aviation alliée passe à l'attaque. Le 24, il y a 5 000 sorties alliées contre seulement 1
000 sorties allemandes
Au nord
- La ligne de défense alliée est fermement installée.
- Le 24, avant l'aube, Peiper, abandonné, fait sauter ses véhicules et s'exfiltre à travers bois. Il laisse à La Gleize ses
blessés et des prisonniers US. Tous ses chars sont perdus, la 1re SS Pz Div est brisée.
Au centre
- Bastogne subit de violentes attaques. Les défenseurs qui disposent de moyens de communication, guident les attaques aériennes
rapprochées. Chaque jour, plus de cent tonnes d'approvisionnement (surtout des médicaments et des munitions d'artillerie) leur
sont parachutés.
- Plus à l'ouest, les blindés allemands ont progressé dans la trouée entre Marche et Dinant mais avec lenteur car ils manquent
de carburant et subissent sur leur flanc nord le harcèlement d'une brigade blindée britannique. Le 24, la 2e Pz Div prend Celles
(8 km à l'est de Dinant) ; la Meuse est en vue. Hasard d'appellation, en face se
trouve la célèbre 2e Div Bl US surnommée « Hell on wheels » (l'enfer sur roues) renforcée par une brigade
blindée anglaise.
- Le jour de Noël, la percée atteint son point extrême ; elle n'ira pas plus loin. La 2e Div Bl US débute une manœuvre en
tenaille et, dans les trois jours qui suivent, avec l'appui de l'artillerie et de l'aviation, mettra fin au rêve de la 2e Pz Div
d'atteindre la Meuse.
Au sud
- Les unités de Patton attaquent et la 4e Div Bl pousse sur la route Martelange Bastogne. Le 24, elle est bloquée à 10 Km au
sud de Bastogne et doit effectuer un débordement par l'ouest. Elle ne pourra pas atteindre Bastogne pour la Noël comme
espéré.
Tristesse
- La veille de la Noël, une tragédie s'accomplit à Bande (à 8 km de Marche). Chargée par Himmler de missions de représailles,
la Gestapo arrête 35 hommes (de 16 à 32 ans) et les abat un par un ; un seul parvient à s'échapper.
- Les 23, 24 et 25 décembre, la ville de Malmedy est bombardée, par erreur, par des avions alliés. Il y a plusieurs centaines
de tués parmi la population belge et les militaires américains.
Du 26 au 31 décembre 1944
Chaque jour l'aviation alliée fait des milliers de sorties. Le 26, Saint-Vith considéré comme un objectif capital est
complètement détruit. Les sorties allemandes sont de moins en moins nombreuses; elles dépassent rarement quelques centaines.
Sur le bord nord du saillant
- Dix divisions alliées sont en ligne et deux en réserve. Le XXXe Corps britannique peut intervenir à bref délai et la 6e Div
Abn UK est arrivée à Dinant
A Bastogne,
- Les ravitaillements par air continuent. Plusieurs planeurs atterrissent dont un amenant une équipe de chirurgiens.
- Le 26 à 16h45, l'avant-garde de la 4e Div Bl US parvient à réaliser la jonction. Le couloir est extrêmement étroit et les
combats seront âpres pour l'élargir.
- Le 27, un convoi d'ambulances peut évacuer des blessés. Le général Taylor a rejoint sa division. Après avoir remercié et
congratulé Mac Auliffe, il reprend le commandement.
- Les jours suivants, munitions, équipements chauds, cigarettes et même, avec un peu de retard, dindes de Noël arrivent à
Bastogne.
A Celles,
- La 2e Pz Div, encerclée par la 2e Div Bl US, laisse 1500 prisonniers et de nombreux véhicules.
A l'OKW,
- Le 28, Hitler finit par admettre qu'Anvers ne peut être atteint et change la
mission : détruire les forces alliées dans les Ardennes.
- Le 30, la 5e armée de von Manteuffel lance une attaque importante pour essayer de couper le corridor vers Bastogne.
Janvier 1945
Le 1er janvier, la Luftwaffe exécute une riposte remarquablement conçue et
exécutée ; il s'agit de l'opération Bodenplatte. Volant en rase-mottes, l'aviation allemande attaque une trentaine de bases
alliées. Selon certaines sources, 800 avions sont détruits ou endommagés ; 300 selon d'autres mais pour ne pas inquiéter la
population, les services d'information alliés ont minimisé les faits.
Le même jour, profitant du déforcement du groupe d'armées Devers, les Allemands lancent une attaque de diversion en Alsace.
Cela n'aura toutefois aucune répercussion en Ardennes.
En ce mois de janvier 45, les conditions atmosphériques sont épouvantables. Dans les Ardennes, il y a beaucoup de neige et la
température est tellement basse qu'il faut faire tourner régulièrement tous les moteurs pour que l'huile ne gèle pas. C'est dans
ces conditions que démarre le 3 janvier la contre-attaque de Montgomery. En fait, il s'agit de l'attaque du VIIe corps US du
général Collins qui a été relevé sur ses positions par le XXXe Corps britannique. Elle démarre de la région de Hotton en
direction de Houffalize. Elle sera appuyée sur sa droite, à partir du 6 janvier, par des unités britanniques (Welsh Div et la 6e
Abn Div). La jonction avec la contre-attaque de Patton qui a commencé 12 jours plus tôt est prévue dans la région d'Houffalize.
Les opérations sont lentes car les journées sont courtes et les Allemands se sont bien retranchés derrière des canons antichar et
de nombreux champs de mines. La jonction aura lieu le 16 janvier. À la même date, le XXXe Corps britannique retourne vers le
front de Hollande.
Le 17 janvier, la 1re armée US est replacée sous le commandement de Bradley mais la 9e reste sous celui de Montgomery.
Le Commandement suprême allemand (OKW) ordonne le repli car, après trois mois d'arrêt, les Soviétiques ont repris
l'offensive.
Le 24 janvier, Saint-Vith est repris et le 30, les Allemands sont rejetés au-delà de leur ligne de départ.
Conséquences et conclusions
Tout en reconnaissant la précarité des a posteriori, les historiens militaires estiment que les Américains ont commis
deux erreurs :
- sur le plan du renseignement, malgré le remarquable secret du plan allemand, les Alliés disposaient d'informations qui
auraient dû les mettre en garde mais ils les ont parfois ignorées, parfois mal interprétées ;
- sur le plan du dispositif, le déploiement en Ardennes constituait un fameux coup de poker.
Quant aux Allemands qui avaient connu un succès foudroyant sur le même terrain en mai 1940, ils n'ont pas tenu compte (Hitler,
du moins) des conditions qui avaient changé :
- un hiver rigoureux a remplacé un printemps radieux ;
- la suprématie aérienne a changé de camp ;
- la coordination char-artillerie-aviation de la blitzkrieg n'existe
plus ;
- le ravitaillement, particulièrement en carburant, n'est pas assuré ;
- le commandement et les troupes allemandes et adverses sont tout autres.
La bataille des Ardennes aura des conséquences militaires majeures pour les Allemands puisqu'ils y perdront leurs meilleures
unités. Elle aura aussi des conséquences politiques importantes car en attaquant sur le front occidental, Hitler a fait le jeu de
Staline. L'armée rouge pourra ainsi franchir rapidement l'Oder et atteindre l'Elbe avec les
suites que l'on connaît.
Le vainqueur de la Bataille des Ardennes, c'est le Général Eisenhower qui, de nouveau, a assumé avec compétence les énormes
responsabilités qui lui étaient confiées. Le véritable héros reste néanmoins le soldat américain qui, dans des conditions
extrêmement difficiles, a rempli sa mission avec courage et avec la conséquence, pour beaucoup d'entre eux, d'y perdre la vie.
Pour témoigner leur reconnaissance, les Belges ont érigé à Bastogne un énorme monument appelé le Mardasson. Au cœur de ce
mémorial, on peut lire la phrase latine «Populus belgicus memor liberatoribus americanis».(Le
peuple belge se souvient de ses libérateurs américains). Le 16 juillet 1950, lors de l'inauguration, le président de la
cérémonie ajouta : « Puisse cette inscription dans la pierre, l'être également dans les mémoires ».
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- Soldats américains massacrés à Baugnez (Malmedy) le 17 décembre 1944
Régions concernées:
Les environs de Bastogne, Clervaux, Diekirch, Houffalize,
Malmedy, Rochefort, Stavelot, Saint-Vith, Vianden,Wiltz ...
Bilan humain
| Touchés |
Morts
|
Disparus
|
Blessés
|
Total
|
|
Allemands
|
17 236
|
16 000
|
34 439
|
67 675
|
|
Americains
|
8 607
|
21 144
|
47 139
|
76 890
|
|
Civils
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2 500 Belges
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?
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?
|
?
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Musées
- Diekirch; Musée national d'histoire militaire, section «Bataille des Ardennes»
- La Gleize; Musée December 44, Une des plus belles collections d'Europe. Présence du Tigre Royal 213 abandonné par Jochen
Peiper.
Liens

