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Le bombardement stratégique a pour but de passer la ligne de front ennemie et d'attaquer plutôt l'économie du
pays en détruisant ses mines, ses usines, ses infrastructures voire ses villes.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, les avions sont utilisés pour larguer des engins explosifs sur l'ennemi. Environ un an après apparaissent les premiers avions spécialisés dans le bombardement. C'était l'apparition du bombardement tactique dont le but était de frapper directement les troupes ennemies, les points forts ou les équipements généralement à une distance relativement courte de la ligne de front. Parfois, ils attaquaient systématiquement les ressources vitales de l'ennemi, c'était le commencement du bombardement stratégique.
Les bombardiers stratégiques sont donc de gros avions à long rayon d'action tandis que les bombardiers tactiques sont plus petits. Les bombardiers stratégiques attaquent plutôt les cibles comme les usines, les chemins de fer, les installation de communication ou bien encore les champs de pétrole ou les villes, et ont pour but de gêner ou d'empêcher les communications et les approvisionnements adverses, ou de saper le moral de la population ennemie, soutien indispensable de l'armée présente au front. Le bombardement tactique attaque les concentrations de troupes, les aérodromes, les réserves de munitions, a pour but d'empêcher l'adversaire d'attaquer ou de se défendre, et fait directement partie des troupes combattantes. Mais la distinction ne tient ni vraiment dans le type de l'avion, ni dans la cible : le bombardement tactique veut détruire les forces armées de l'adversaire, le bombardement stratégique veut anéantir la structure économique d'un pays. Ainsi, par exemple, les armes nucléaires rentrent plutôt dans ce type de catégorie, dans sa forme ultime.
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Dans la période de l'entre-deux-guerres, les militaires ont compris que le bombardement était une façon logique d'employer les avions. En Europe, le général Giulio Douhet affirmait que le principe de base du bombardement stratégique était l'offensive et qu'il n'y avait aucune défense possible contre un bombardement massif ou une attaque aux gaz. Il trouva des disciples en France, en Allemagne et aux États-Unis d'Amérique où des extraits de son libre, The Command of the Air (1921) furent publiés.
Mais les stratèges militaires sur-estimèrent les dommages que pourraient causer une poignée de bombardiers et sous-estimèrent la résistance des populations.
Les Allemands contrairement aux Anglais abandonnèrent l'idée de produire des bombardiers stratégiques, et l'intégration de la Luftwaffe à l'armée allemande, ainsi que les bénéfices de l'expérience pratique de la guerre moderne en Espagne firent que les Allemands utilisèrent leurs bombardiers comme artillerie aéroportée pour l'armée, avec des chasseurs pour les escorter. Lorsque la guerre commença, les trois grandes puissances européennes (la France, l'Angleterre, et l'Allemagne) se lancèrent dans le bombardement stratégique. Les Stukas allemands et les bombardiers de classe moyenne étaient très efficaces. L'Armée de l'Air française déchirée par des conflits internes était incapable d'employer correctement son grand nombre d'avions modernes.
Après la réddition de la France, ce fut la Bataille d'Angleterre. La majeure partie de la bataille fut presque entièrement tactique : la Luftwaffe devait préparer la voie pour l'invasion par l'infanterie (ou sinon, de détruire les capacités de résistance de la RAF afin d'amener le Royaume-Uni à conclure une paix négociée). Puis les Allemands se mirent à bombarder directement les villes, particulièrement Londres, ne réalisant pas combien ils avaient été près de leur but. D'autres villes comme Liverpool, Bristol, Belfast et Cardiff furent également dûrement touchées, voire prise volontairement pour cible, l'objectif en réduisant une ville comme Coventry en poussière étant de terroriser la population et de la pousser à appeler son gouvernement à négocier. Le principal but était tactique : la destruction des ports et des installations industrielles, mais il ne fait aucun doute que détruire le moral de la population était un des buts majeurs, peut-être même le but majeur.
Mais peu à peu, devant faire face à de nombreuses pertes d'avions, aux canons de DCA et aux accidents, la Luftwaffe s'engagea dans des bombardements nocturnes.
L'année d'après, les Anglais développèrent les radars d'une part, tandis que dans le camp opposé, les scientifiques allemands improvisèrent des aides par radionavigation afin d'aider les pilotes à trouver leurs cibles dans le noir. Enfin, le travail des casseurs de codes à Bletchley Park permit aux Britanniques de prévenir les attaques allemandes en surveillant leurs transmissions et donc de concentrer leurs défenses aux endroits stratégiques.
Les Anglais répliquèrent avec leur propre campagne de bombardements nocturnes qui commença symboliquement en 1940 pour culminer de façon massive à la fin de la guerre. Mais à cause d'une visée peu précise, ces campagnes eurent peu de succès. Deux mesures furent prise : au lieu de viser précisémment des cibles particulières, les Anglais se mirent à faire du bombardements dans des zones à forte concentration humaine afin de faire le plus de dégâts matériels et tuer le plus de travailleurs possibles, tout en cassant le moral des habitants. D'autre part, les équipages furent entrainés, les avions pourvus d'aides électroniques et une force d'"éclaireurs" fut créer afin de marquer les cibles pour les bombardiers.
Les bombardiers quadrimoteurs lourds étaient produits en série au Royaume-Uni, dans une telle proportion que d'autres secteurs vitaux de l'industrie d'armement manquaient de ressources. Jusqu'en 1944, les effets de ces bombardements sur la production allemande étaient relativement faibles et ne justifiaient pas cette mobilisation des ressources pour les bombardiers. Mais cet effet devint de plus en plus significatif : chaque destruction allégeait quelque peu la tâche des Russes sur le Front de l'Est.
Les États-Unis d'Amérique firent leur entrée à mi-guerre pour commencer leur propre campagne de bombardement stratégique qui se faisait de jour. Les avions américains avaient un chargement plus faible, mais plaçaient leurs bombes de manière plus précise sur les cibles. L'USAAF d'ailleurs clamait qu'elle faisait du bombardement de précision de cibles militaires, mais en réalité ces campagnes étaient très meurtrières pour la population.
Les régions allemandes industrielles comme la Ruhr ainsi que les villes comme Hambourg et Dresde subirent ces océans de feu faisant à chaque fois des centaines de milliers de morts surtout civil.
L'exemple de la ville de Dresde en février 1945, en est l'exemple typique : le but du commandement était réellement d'anéantir une ville (le bombardement fit 50000 morts en une nuit), pensant avancer ainsi de quelques mois la fin de la guerre. Les bombardiers anglo-étatsuniens procédaient par tapis de bombes : volant en formation serrée et larguant leurs bombes en même temps indistinctement, afin d'aplatir la ville. Inutile de préciser la terreur ressentie par la population sous un tel déluge de feu et d'acier (voir à ce sujet Cavanna, Les Ruskoffs); cependant celle-ci semble avoir été plus résolue avant qu'après le bombardement.


