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Breton



Le breton (ar brezhoneg en breton) est une langue celtique insulaire du groupe brittonique. Le breton est reconnu par l'UNESCO comme langue à part entière.


Sommaire

Histoire

C'est une langue celtique de la branche brittonique, proche cousine du gallois et surtout du cornique. Certains l'ont supposé proche du gaulois disparu au milieu du VIIe siècle, mais aucune preuve ne peut étayer cette ressemblance car on connaît peu l’état du breton à l’époque des migrations des Bretons insulaires vers l’Armorique, et encore moins l’état de la langue gauloise à l'époque.

On distingue différentes périodes dans l'évolution du breton:


Le breton a toujours été une langue propre à la Bretagne armoricaine. Aujourd'hui, il est parlé et écrit à l’ouest d’une ligne reliant, grosso modo, Plouha et Vannes. À noter encore que des groupes de bretonnants existent dans toutes les grandes villes de France, ainsi qu'au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Parler des élites de l'État breton jusqu'au XIIe siècle, il ne fut ensuite plus que celui du peuple de Bretagne Occidentale (Breizh Isel en breton, litt. « Basse-Bretagne ») quand successivement la noblesse, puis la bourgeoisie bretonnes se francisèrent. Pour l'écrit, le duché de Bretagne employa le latin puis le français (XVe siècle). Il faut noter que le vieux breton nous a laissé un précieux vocabulaire (rare) qui sert encore aujourd'hui à produire des termes en breton dans le domaine de la philosophie et des sciences humaines. Mais ces termes restent incompréhensibles à tous ou presque, aussi il serait plus approprié d’adapter des termes empruntés à d’autres langues comme le français, tout comme l’anglais, le français et l’allemand s’empruntent mutuellement des termes techniques nouveaux.

Les personnes qui parlent breton sont dites « brittophones » ou « bretonnantes » (cette expression étant plus répandue).


Tentatives d'éradication du breton


La monarchie n'ayant jamais vraiment combattu les autres langues du territoire, c'est à partir de l'époque révolutionnaire que fut menée en France une politique de nivellement linguistique afin de faire disparaître les autres langues dites actuellement « régionales » (ou plus péjorativement « patois ») de l'Hexagone, dont le breton, au moyen notamment de pratiques humiliantes à l'encontre des écoliers dans les écoles publiques et confessionnelles. Cette politique autoritaire d'éradication du breton s'est poursuivie jusque dans les années 1960.


Aujourd'hui, malgré la politique française visant à imposer pour des motifs idéologiques la langue française comme langue de la République, le breton est encore parlé et compris par environ 300 000 personnes (environ 1 300 000 en 1930). Pour illustrer la vigueur de cette politique liberticide, il fut longtemps affiché une phrase dans certaines écoles primaires : « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton ». La juxtaposition de ces deux interdictions illustre bien la nature des moyens employés pour parvenir à réaliser un linguicide en Bretagne. Au début du XXe siècle, la moitié de la population de Basse-Bretagne ne connaissait que le breton, l'autre moitié étant bilingue breton-français. Ils n'étaient plus que 100 000 monolingues bretons en 1950.


Renouveau de la langue Bretonne

En 1839, Villemarqué publie le Barzaz Breiz, recueil de chants traditionnels en breton, présentant une « Histoire poétique de la Bretagne ». Cependant on sait aujourd'hui que certains des textes collectés ont été revus et modifiés par l'auteur, et certains autres textes ont été entièrement composés par lui.


À partir de 1925, grâce aux efforts du professeur Roparz Hémon, poursuivant l'idéologie du premier Emsav (Mouvement Breton), la revue Gwalarn a vu le jour. Au cours de ses dix-neuf années d'existence, elle a tenté d'élever cette langue au niveau des autres grandes langues « internationales » en créant des œuvres originales couvrant tous les genres et en proposant des traductions du patrimoine littéraire de l'Humanité.

Mais la langue utilisée et prônée par Hémon cherche ouvertement à se couper de ses origines populaires pour des raisons idéologiques : le mouvement breton est avant tout bourgeois et citadin à l’origine, et développé presqu’exclusivement par des francophones ayant appris plus ou moins bien le breton (dans les livres) sur le tard. Le mépris des membres du mouvement breton pour les bretonnants de la campagne est assez généralisé, dans la mesure où peu de militants veulent admettre qu’un paysan ou un pêcheur puisse mieux parler breton qu’eux, qui ont fait des études. La langue utilisée par les militants, qui est aussi celle qui est enseignée et diffusée presque partout, est très éloignée du breton populaire.


Le breton populaire ne dédaigne pas l’emprunt au français (le breton, comme toutes les langues du monde, a toujours fait des emprunts aux langues voisines : latin, puis ancien français, moyen français et français moderne ; la majorité des emprunts sont méconnaissables à présent car ils ont évolué selon la phonétique et la morphologie originales du breton), mais son vocabulaire reste en majorité celtique, sa phonétique est éloignée de celle du français (en particulier son accentuation et sa ligne mélodique), sans parler de sa syntaxe très originale et de ses tournures idiomatiques extrêmement éloignées de celles du français.


Le breton utilisé et diffusé par le mouvement breton en revanche refuse tout emprunt visible au français. Une Commission constituée d’employés plus ou moins compétents est chargée de créer des mots nouveaux. Ils préfèrent toujours l’emprunt au gallois (langue celtique historiquement proche) voire à l’irlandais (avec lequel la parenté est beaucoup plus lointaine) à l’emprunt au français (pourtant plus logique et historiquement naturel). Etant généralement anti-français (comme les militants bretons en général), ils n’acceptent pas les emprunts à cette langue. Souvent, ils ne cherchent pas non plus à savoir s’il existe déjà des termes en breton populaire pour les réalités nouvelles. Du point de vue de la syntaxe et de ses modes d’expression, le breton des militants est souvent calqué inconsciemment sur le français. Les seuls locuteurs de breton sachant parler de façon naturelle et avec des tournures idiomatiques bretonnes sont les locuteurs de naissance (souvent, nous l’avons dit, des paysans ou des pêcheurs), mais ceux-ci ne sont presque jamais consultés par les militants ni par les professeurs. La prononciation de ces néo-bretonnants suit le système phonétique du français appliqué au breton écrit (en d’autres termes : les néo-bretonnants ont presque tous appris le breton à partir de l’écrit, et on pris l’habitude de prononcer le breton écrit comme si c’était du français, et reproduisent cette erreur quand ils parlent. Naturellement, le breton prononcé avec un fort accent français est incompréhensible aux bretonnants de naissance tout comme l’anglais prononcé à la française est très difficile à comprendre pour un anglophone qui n’y est pas habitué).


Ainsi, deux langues bretonnes coexistent :




L’intercompréhension entre ces deux variétés de breton est presqu’inexistante spontanément, tant les façons de s’exprimer, le vocabulaire, la prononciation sont différents. Il faut à chacun un temps d'adaptation assez long pour s'habituer à la prononciation de l'autre, et le néo-bretonnant doit généralement abandonner tous les néologismes qu'il utilise (il y en a parfois beaucoup!) afin d'être compris par un locuteur natif.


En 1946, ce fut Al Liamm qui prit la suite de Gwalarn. D'autres revues existent et font de la langue bretonne une langue à littérature plutôt fournie pour une langue minoritaire. Skol Vreizh, Emgleo Breiz, Al Lanv, Ar Skol Vrezoneg, Mouladurioù Hor Yezh, An Here, Evit ar brezhoneg et d'autres encore. Comme nous l’avons dit précédemment, la quasi-totalité de la « littérature » (au sens large, tout ce qu’on imprime) contemporaine en langue bretonne se fait en « néo-breton ».


Créées en 1977, les écoles Diwan (le germe) pratiquent la méthode par immersion pour l'apprentissage du breton, et ses écoles scolarisent des milliers de jeunes de la maternelle au lycée. Un autre mode d'immersion, bilingue, est proposé par les classes Div Yezh (deux langues). Là encore, dans la quasi-totalité des cas, on enseigne uniquement le néo-breton. Les professeurs sont mal formés le plus souvent, surtout au niveau de la qualité de leur breton, dans la mesure où ils sont formés par des militants, le gouvernement n’ayant pas mis en place de structure sérieuse et d’autorités compétentes en linguistique afin de s’assurer que les professeurs savent bien parler.


Aujourd’hui, presque tous les élèves formés dans des établissement bilingues ou Diwan ne connaissent et ne parlent que le néo-breton. Chacun pourra constater en allant en Bretagne, que presque tous les élèves ayant fréquenté ces établissements sont incapables de tenir une conversation en breton avec leurs grands-parents (quand ils sont bretonnants), tant la différence est grande entre leurs façons de s’exprimer.


État actuel du breton

Certains poètes, linguistes et écrivains d'expression bretonne possèdent maintenant une renommée internationale, tels Yann-Ber Kalloc'h, Anjela Duval, Pierre-Jakez Hélias. Ces trois écrivains font partie des derniers écrivains bretonnants à avoir le breton comme langue maternelle, et dont la qualité de la langue est appréciable.


La langue bretonne est aujourd'hui la seule langue celtique à ne disposer d'aucun statut, l'État français refusant de modifier l'article 2 de la Constitution ajouté en 1994 qui déclare que « La langue de la République est le français ». Chaque année, des rassemblements de plusieurs milliers de personnes demandent l'abrogation de cette loi unique en Europe.


Dernièrement, l'association des écoles Diwan a déposé une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir des autorités publiques qu'elles respectent les droits linguistiques de la population bretonne. À noter encore que des groupes de bretonnants existent dans toutes les grandes villes de France, ainsi qu'au Royaume-Uni et en Amérique du Nord.


Néanmoins, le ministère de la Culture ainsi que la région Bretagne financent des organisations culturelles pour la promotion et la diffusion de la langue bretonne. Les dirigeants de ces organisations culturelles sont tous nationalistes et néo-bretonnants (mais le ministère et les organismes gouvernementaux qui les financent l’ignorent), aussi ils ne promeuvent que le néo-breton, et le breton traditionnel est une fois de plus ignoré. Seules quelques organisations indépendantes (et souvent bénévoles) comme des radios locales ou quelques cours du soir de breton, dans les villages et petites villes, font ce qu’elles peuvent pour transmettre le breton populaire.


Histoire du recensement lexical breton

Le premier dictionnaire breton, le Catholicon, est aussi le premier dictionnaire français. Il a été rédigé par Jehan Lagadec en 1464. C'est un ouvrage trilingue breton, français et latin. Aujourd'hui, des dictionnaires bilingues anglais / breton, allemand / breton, espagnol / breton montrent bien la volonté de la nouvelle génération de bretonnants d'inscrire la langue dans le paysage linguistique international. Il existe aussi un dictionnaire unilingue, qui reprend à la fois quelques termes populaires et un nombre très important de néologismes (empruntés au gallois ou mal construits, voir plus haut). Pour trier les termes inventés et les termes authentiques, une recherche approfondie et compliquée est nécessaire (et personne ne la fait, car presque personne n’est conscient de la supercherie que représente le néo-breton). D'autres travaux lexicographiques plus savants sont en cours, notamment un Dictionnaire sanskrit / breton, à l'initiative de Paskal Geneste. Il est à noter que tous ces travaux se font quasiment de façon bénévole. Pour ce qui est de la néologie, il nous semble nécessaire de recommencer entièrement le travail, de rechercher tous les mots créés par les bretonnants traditionnels, et le cas échéant, procéder soit à des périphrases bretonnes afin de traduire les termes nouveaux, soit à des emprunts aux langues internationales comme le français ou l’anglais, car c’est ainsi que se créent les néologismes dans la majorité des langues du monde ; du moins dans celles où la néologie n’est pas mêlée à des notions de pureté du vocabulaire, aspect lié à l’idéologie et à la politique plus qu’à la linguistique et à la science !


Dialectes

Comme la quasi-totalité des langues de l'humanité, la langue bretonne varie selon l'endroit où on se trouve. En breton, ces différences dialectales touchent avant tout la prononciation et une partie du vocabulaire. Certains dialectes présentent aussi une syntaxe un peu différente. Les différences sont généralement faibles de proche en proche, mais plus on s'éloigne d'un point, plus le breton est différent. En règle générale, il n'y a pas de frontière nette entre dialectes, mais un changement progressif.


Le vannetais est bien différencié des autres dialectes, à de nombreux points de vue, et on peut le distinguer d'un ensemble KLT (abréviation de Kerne, Leon, Treger : Cornouaille, Léon, Trégor). Mais dans ce domaine KLT, si le dialecte du Léon est assez différencié, il n'y a pas de limite claire entre cornouaillais et trégorois. On constate au contraire une grande zone intérieure, le Kreiz-Breizh, allant grosso modo des environs de Guingamp à ceux de Rosporden, zone qui est linguistiquement relativement homogène. La séparation entre parler vannetais et KLT correspond depuis plusieurs siècles à deux langues littéraires et à deux conventions orthographiques bien disjointes. Elles ont fait l'objet d'une tentative d'unification graphique, qui a donné naissance au breton BZH (abréviation de BREIZH, unification des mots 'Breiz' en KLT et 'Breih' en vannetais).


Caractéristiques grammaticales notables


Aspect duratif / non duratif

Comme en gaélique, pour chaque temps verbal en breton, il existe deux formes qui se distinguent par l'aspect, selon que l'action est habituelle ou non. On retrouve là une caractéristique qui existe en anglais. Ainsi au présent distingue-t-on la forme d'habitude de la forme progressive :


Le verbe ‘’être’’ et le verbe ‘’avoir’’ en revanche présentent deux formes distinctes sans périphrase « verbe être + o/é + nom verbal » :


Prépositions « conjuguées »

Comme dans les autres langues celtiques modernes, le breton « conjugue » les prépositions selon la personne (prépositions fléchies), c’est à dire que les pronoms fusionnent avec la préposition qui les précède. Si l'on regarde rapidement les pronoms :


On peut comparer avec les prépositions. Là où l’irlandais emploiera :


Le breton emploie respectivement (exemples en breton du Léon):


Mutations consonantiques



Tableau lexique comparatif


Le tableau au-dessous permet de comparaître les apparentés linguistiques entre le breton et le cornique, le gallo et le français. Notons quelques similarités de construction entre le breton et le gallo, par exemple les expressions pour l'« écureuil », kazh-koad et chat-de-boéz, qui signifient « chat-de-bois » dans les deux langues.


Cornique Breton Gallo Français
gwenenenn gwenanenn avètt abeille
kador kado(e)r chaérr chaise
keus formaj fórmaij fromage
yn mes er-maes desort sortie
koedha kouezhañ cheir tomber
gaver gavr biq chèvre
chy ti ostèu maison
gweus gweus lip lèvre
ganow genoù góll bouche (gueule)
niver niver limerot numéro
perenn perenn peirr poire
skol skol escoll école
gwiwer kazh-koad, gwiñver chat-de-boéz écureuil
sterenn ster(ed)enn esteill étoile
megy butuniñ betunae fumer
hedhyw hiziw anoet aujourd'hui
whybana c'hwibanañ, c’hwitellat, sutal… sublae siffler



Bibliographie


Méthodes d'apprentissage de breton populaire

Dictionnaires

Histoire de la langue

Histoire de la langue bretonne, Fañch BROUDIC, Editions Ouest-France, 1999, 64 p. Suivre le lien pour une présentation détaillée



Voir aussi



Liens externes

Échantillons de breton populaire parlé par des locuteurs natifs

Échantillons de néo-breton



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