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Candide est le conte philosophique le plus achevé de Voltaire. Il paraît à Genève en janvier 1759.
Le mot « candide » vient du latin candidus qui signifie blanc ; une des interprétations possible du nom est l'expression de l'innocence, voire la naïveté du personnage.
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À cette époque, Voltaire vit dans la propriété des Délices à Genève, véritable « palais d'un philosophe avec les jardins d'Épicure ». Deux événements l'ont récemment bouleversé: le tremblement de terre de Lisbonne (1er novembre 1755) et le début de la guerre de Sept ans (1756) qui lui inspire cette réflexion: « Presque toute l'histoire est une suite d'atrocités inutiles » (Essai sur l'histoire générale, 1756).
Depuis sa retraite suisse, Voltaire parcourt la planète en imagination. Peu à peu, il dessine certains axes dans un espace symbolique: Berlin et l'Allemagne au nord; le Pérou à l'ouest, Venise au sud, Constantinople à l'est. Ce sont déjà les lieux principaux du conte, les grandes étapes du voyage initiatique de Candide. Il reste à les relier: l'Allemagne, par exemple, est liée à la Turquie par un même despotisme et à l'Amérique du Sud par les jésuites allemands qui font la guerre au Paraguay. Les chemins sont maintenant tracés et les personnages peuvent prendre la route. Il faut bien sûr créer Candide... Certains critiques ont vu dans ce personnage l'incarnation de la naïveté de l'auteur lui-même. Frédéric II est sans doute ce baron entiché de ses titres qui va exclure Candide du « jardin d'Eden ». Or, en novembre 1757, Frédéric se couvre de gloire lors de la victoire de Rossbach. Voltaire prend conscience de sa naïveté, lui qui croyait à la défaite de son ancien protecteur. Le conte serait alors une revanche sur l'humiliation initiale, sur la brouille qui l'a séparé du roi de Prusse en 1753. Voici un extrait d'une lettre de Voltaire à Mme Denis où le philosophe, invité à Berlin, exprime son amère déception:

Le jeune Candide vivait heureux chez le baron de Thunder-ten-tronckh, en Westphalie. Dans le même château, le précepteur Pangloss, disciple de Gottfried Leibniz, professait un optimisme béat. Candide partageait cette plénitude d'autant plus qu'il était amoureux de Cunégonde, fille du baron. Un jour, ce même baron surprend leurs amours et chasse Candide.
Son existence ne sera plus qu'une suite de malheurs. Enrôlé de force, il assiste a une horrible bataille, déserte et passe en Hollande. Il y retrouve son précepteur rongé d'une affreuse maladie, et apprend que tous les habitants du château ont été massacrés. Recueillis par un bon anabaptiste, ils arrivent à Lisbonne juste au moment du terrible tremblement de terre; le navire fait naufrage, leur bienfaiteur est noyé: la Providence n'épargne qu'un criminel... Les deux hommes errent parmi les cadavres et les décombres; une parole imprudente les fait condamner par l'Inquisition. Pangloss est pendu; quant à Candide, après avoir été supplicié, il est sauvé... par l'intervention de Cunégonde, miraculeusement échappée du massacre de sa famille. Candide est alors entraîné à tuer deux personnes et s'enfuit en Amérique. Il doit abandonner Cunégonde et se réfugie auprès des Jésuites du Paraguay dont le colonel n'est autre que le frère de Cunégonde, lui aussi survivant. Pourtant, une dispute s'élève entre eux, et Candide, pour la troisième fois meurtrier, pourfend son adversaire.
Il échappe de justesse aux sauvages Oreillons et séjourne au merveilleux pays d'Eldorado où les cailloux sont des diamants. Il en repart comblé de trésors et rencontre, à Surinam, un malheureux esclave. Après bien d'autres mésaventures, il arrive à Venise où il dîne avec six rois détrônés, venus au carnaval oublier leurs déboires. À Constantinople, il libère Pangloss miraculeusement sauvé, lui aussi, mais devenu galérien. Candide ruiné retrouve enfin Cunégonde enlaidie et aigrie par ses malheurs; il l'épouse néanmoins et s'installe avec ses compagnons dans une métairie où, renonçant à « pérorer », ils seront heureux grâce au travail qui éloigne « trois grands maux: l'ennui, le vice et le besoin ».
L'optimisme de Pangloss n'est pas seulement une déformation de la pensée providentialiste de Leibnitz. Il renvoie à tous les
dogmes, à tous les systèmes métaphysiques que Voltaire refuse. Sur ce
point, il a été intarrissable: « Tout dogme est ridicule, funeste; toute contrainte sur le dogme est abominable. Ordonner de
croire est absurde. Bornez-vous à ordonner de bien vivre » (Remarques sur le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau)
Ainsi la leçon finale du derviche: « - Que faut-il donc faire? dit Pangloss. - Te taire, dit le derviche. - Je me flattais,
dit Pangloss, de raisonner un peu des effets et des causes, du meilleur des mondes possibles, de l'origine du mal, de la nature
de l'âme et de l'harmonie préétablie. Le derviche, à ces mots, leur ferma la porte au nez. »
Le thème symbolique du jardin structure le conte. Au début, le jeune et naïf Candide est protégé, à l'ombre des valeurs - fausses, la suite le prouvera - du château de Thunder-ten-tronckh. Comme Adam, le héros est expulsé de l'Eden. Cette chute le précipite dans un monde absurde où les hommes se joignent à la nature pour transformer la vie en enfer (fanatisme, esclavage, guerres, orgueil, passions). Au milieu du conte et du voyage, Candide découvre un autre paradis, l'Eldorado ou le type même de la société idéale. Cependant, son degré de réalité dépendra de la volonté des hommes, il n'est qu'une étape dans l'apprentissage de Candide. Le dernier jardin est à « cultiver » parce qu'il ne reste plus d'illusion.
« Le Seigneur Dieu l'expulsa du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris. » dit la Genèse. Voltaire
transforme la punition en source de bien-être: le travail intelligent et libre est la dignité de l'homme. Le philosophe n'a cessé
de le dire: « (...) je m'aperçois tous les jours qu'il [le travail] est la vie de l'homme, il ramasse les forces de l'âme et
rend heureux. »
Ce jardin est peut-être aussi celui d'Epicure, qui nous incite à trouver le bonheur dans le retrait du monde et dans la
jouissance modérée des plaisirs simples de la vie. Lieu de travail, de création, d'action et d'ouverture, le jardin de Voltaire
est aussi un refuge contre les atrocités, les catastrophes et les ambitions.
Un candide est une personne étrangère à un domaine et qui y apporte un regard neuf. On utilise par exemple souvent un candide dans un débat entre spécialistes retransmis par les médias, dont le rôle est de demander des éclaircissements lorsque les porpos sont obscurs.


