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Séquence de sainte Eulalie

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Littérature
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Le premier texte littéraire écrit en français, alors nommé roman (ancêtre de l'ancien français et du français), est vraisemblablement la Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie. On le date de 880 ou 881 de notre ère et il est inclus dans une compilation de discours en latin de saint Grégoire, en plus de quatre autres poèmes, trois en latin et un en langue tudesque (langue germanique). Une telle séquence, ou poésie rythmique, était chantée lors de la liturgie grégorienne ; celle-ci l'a vraisemblablement été à l'abbaye de Saint-Amand (près de Valenciennes).

La Séquence comporte vingt-neuf vers :

Texte en roman Adaptation française

Buona pulcella fut Eulalia.
Bel auret corps bellezour anima.
Voldrent la ueintre li d[om] Inimi.
Voldrent la faire diaule seruir.
Elle nont eskoltet les mals conselliers.
Quelle d[om] raneiet chi maent sus en ciel.
Ne por or ned argent ne paramenz.
Por manatce regiel ne preiement.
Niule cose non la pouret omq[ue] pleier.
La polle sempre n[on] amast lo d[om] menestier.
E por[ ]o fut p[re]sentede maximiien.
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il[ ]li enortet dont lei nonq[ue] chielt.
Qued elle fuiet lo nom xp[ist]iien.
Ellent adunet lo suon element.
Melz sostendreiet les empedementz.
Quelle p[er]desse sa uirginitet.
Por[ ]os suret morte a grand honestet.
Enz enl fou la getterent com arde tost.
Elle colpes n[on] auret por[ ]o nos coist.
A[ ]czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roueret toilir lo chief.
La domnizelle celle kose n[on] contredist.
Volt lo seule lazsier si ruouet krist.
In figure de colomb uolat a ciel.
Tuit oram que por[ ]nos degnet preier.
Qued auuisset de nos xr[istu]s mercit.
Post la mort & a[ ]lui nos laist uenir.
Par souue clementia.

Bonne pucelle fut Eulalie.
Beau avait le corps, belle l'âme.
Voulurent la vendre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
« Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ni pour or, ni argent ni parure,
Pour menace royale ni prière :
Nulle chose ne la put jamais plier
À ce que la jeune fille toujours n'aimât le service de Dieu.
Et pour cela fut présentée à Maximien,
Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
À ce qu'elle fuie le nom de chrétien,
Qu'elle réunit son élément [sa force].
Mieux soutiendrait les chaînes
Qu'elle perdît sa virginité.
Pour cela elle fut morte en grande honnêteté.
En le feu la jettèrent, pour qu'elle brûle tôt :
Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Avec une épée il ordonna qu'on lui enlève le chef :
La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Veut le siècle laisser, si Christ l'ordonne.
En figure de colombe, vole dans le ciel.
Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qu'ait de nous Christ merci,
Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir,
Par sa clémence.

Notes :

Le texte est écrit en une forme de picard-wallon ; il utilise les articles (li inimi : « les ennemis », lo nom : « le nom », enl : agglutination pour « en lo », la domnizelle : « la demoiselle », etc.), inconnus du latin, montre que certaines voyelles finales du latin sont maintenant caduques (utilisation de e ou a pour rendre [ǝ] : pulcella : « pucelle (jeune fille) », cose : « chose », arde : « arde (brûle) », etc.) et que certaines voyelles ont diphtongué (latin bona > roman buona : « bonne », latin toti > roman tuit, etc.). C'est aussi dans ce texte qu'est attesté le premier conditionnel de l'histoire de la langue française (sostendreiet : « soutiendrait »), mode inconnu du latin, formé à partir du thème morphologique de futur (un infinitif, en fait) et des désinences d'imparfait.

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