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La Confédération des VIII cantons désigne la période de l'histoire suisse entre 1353 (adhésion de Berne) et 1481 (adhésion de Fribourg et Soleure) où les cantons étaient au nombre de treize.
| Sommaire |
La victoire de Morgarten bouleverse les équilibres régionaux: les grandes villes, comme Lucerne ou Zurich, jusqu'alors plutôt alliées, dans le but de s'affranchir de la domination des grandes familles, à d'autres grandes villes comme Constance peuvent envisager un rapprochement avec les Waldstaetten, tout comme les régions rurales en lutte et contre la domination seigneuriale et contre celle des villes d'importance régionale ayant acquis l'immédiateté impériale.
En l'espace de quarante ans, un véritable réseau d'alliances défensives se forment : Lucerne en 1332, Zurich en 1351, Zoug en 1352, Glaris en 1352, et Berne en 1353. Cette dernière alliance avait également pour but d'empêcher tout revendication obwaldienne sur l'Oberland bernois, arrière pays rural, sujet de la ville.
C'est dès lors huit petits États qui sont reliés par un réseau d'alliance et on parle dès lors de la Confédération des VIII cantons.
Il ne faut néanmoins pas considérer cela comme un État unifié. Les alliances furent, au début, relativement lâches. Lucerne restait d'ailleurs aux mains des Habsbourg, Glaris et Zoug retournèrent même un temps sous la coupe de ces derniers.
En 1356, un important tremblement de terre rasa la ville épiscopale de Bâle : le toit du cœur de la cathédrale s'écroula sur l'autel et les cloches fondirent dans l'incendie qui suivit.
C'est en 1370 que le premier approfondissement de l'alliance eut lieu : la Charte des Prêtres. Celle-ci fut conclue entre les six cantons contrôlant le trafic du Gotthard : Zurich, Lucerne, Zoug, Uri, Schwyz et Unterwald. C'est un document important : elle unifie le droit existant et rend chaque homme égal devant la loi. La justice est rendue de la même manière, par des juges locaux, que l'on soit noble ou roturier, que l'on soit laïc ou religieux, seules les affaires matrimoniales et religieuses pouvant encore relever de tribunaux ecclésiastiques. De plus, les cantons décident s'accorder l'entraide judiciaire.
L'époque est troublée également par des bandes de pillards, soldats engagés dans la guerre de Cent Ans, qui, durant les années de répit des combats, se retournaient contre les populations. En 1375, le Français Enguerrand de Coucy s'installa dans le couvent de Saint-Urban, dans le canton de Lucerne, avec une telle bande, surnommées les Gugler. Devant les razzias, la ville de Berne du lancer une véritable guerre contre ces pillards et finit par les vaincre : ce fut la guerre des Gugler.
Mais les Habsbourgs n'avaient pas renoncé sur leurs prétentions. Par deux fois ils tentent de vaincre les cantons, par deux fois ils échouent. La première fois, en 1386, l'armée du duc d'Autriche Léopold III, qui y trouve d'aillerus la mort, est vaincue lors de la bataille de Sempach par les Schwyzois aidés des confédérés; en 1388, lors de la bataille de Naefels, ce sont les Glaronnais, aidés des seuls Schwyzois qui vainquent l'armée seigneuriale.
Cette double victoire consolide l'alliance des huit communautés. En 1393, elles signent le Convenant de Sempach qui confirme la Charte des Prêtres et définit des règles militaires de comportement durant, et après, les combats. Le convenant définit également la manière d'engager un conflit, qui ne peut l'être qu'après une délibération commune.
Les cantons suisses avaient alors plus ou moins assuré leur indépendance vis-à-vis des seigneurs locaux, tout en restant des sujets du Saint Empire romain germanique ; le XVe siècle verra une phase d'expansion des Confédérés qui vont conquérir les territoires avoisinants.
C'est tout d'abord un pays voisin, qui deviendra plus tard membre de la confédération, qui obtient son indépendance: les vallées d'Appenzell s'affranchissent de la domination de l'abbaye de Saint-Gall. Cette véritable guerre durera de 1401 à 1408 et les Appenzellois vainquirent l'armée du duc d'Autriche, venu aider son allié, à la bataille au Stoss en 1405.
Les Confédérés tissent également un réseau d'alliance avec les petits États avoisinants: en 1403, Uri, Unterwald et Lucerne passèrent une alliance avec l'évêque du Valais et les patriotes haut-valaisans; en 1411, le nouvellement indépendant Appenzell devient membre associé suivit, en 1412, par la ville de Saint-Gall. Ces deux entités avaient alors besoin des huit cantons pour consolider leur indépendance vis-à-vis de l'abbaye de Saint-Gall.
Parallèlement à cela, certains cantons achètent de nouveaux territoires : Uri, en 1403, s'approprie ainsi la Léventine, puis conquiert en 1407 et 1411 quelques vallées tessinoises supplémentaires.
Durant le Grand Schisme d'Occident, le Habsbourg seigneur de l'Argovie fut banni par l'Empereur pour ne pas reconnaître l'obédience du pape, mais de l'un des antipapes. L'empereur recommanda aux autres États allemands de lui confisquer ses terres. Les cantons confédérés décidèrent de suivre son avis et envahirent en 1415 l'Argovie. Au lieu d'accorder à ses habitants les mêmes droits qu'eux, ils organisèrent leur conquête en différentes zones sujettes : les bailliages communs (Baden et Freiamt) étaient sujets de plusieurs cantons, les bailliages particuliers d'un seul (Lucerne, Berne ou Zurich).
En 1419, les Uranais continuent leur expansion sur le versant sud du Gotthard en achetant la région de Bellinzone. Cette fois le duc de Milan ne reste pas sans réagir à cet expansionnisme au sud et, suite à sa victoire sur les Confédérés à la bataille d'Arbedo (1422), toutes les possessions au sud du Gotthard deviennent des possessions du Milanais.
En 1433, c'est Gersau, bourg-État au bord du lac des Quatre-Cantons qui s'allie aux Confédérés, il ne sera intégré à la Confédération qu'en 1798. Une seconde campagne uranaise reprend la Léventine aux Milanais en 1440.
À la mort du comte Frédéric VII de Toggenbourg, sans successeur, les Confédérés, particulièrement Schwytz et Zurich, vont s'entredéchirer pour se répartir le Toggenbourg. Ce fut l'ancienne guerre de Zurich qui dura de 1436 à 1450. Malgré la victoire française, alliés de Zurich, lors de la bataille de Saint-Jacques sur la Birse en 1444, Schwytz et Glaris contrôlent désormais, en tant que bailliages commun, Uznach et Gaster. Les territoires de Prättigau et de la vallée de Davois, toutes deux dans les Grisons actuels et appartenant aux comtes de Toggenbourg, s'allièrent en dix juridictions à l'extinction de la lignée et fondèrent ainsi en 1436 la Ligue des dix juridictions dernière des trois ligues grisonnes à être fondée.
Le pape Pie II excommunia Sigismond de Habsbourg, duc d'Autriche : les Confédérés en profitèrent pour s'emparer de la Thurgovie, en 1460, qui devint un bailliage commun de sept cantons (sans Berne). Peu après sept cantons (tous sauf Berne) érigèrent Sargans (1483) puis le Rheintal (1490) en bailliages communs.
L'ambition de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, d'étendre ses possessions et de recréer une véritable Lotharingie entraîna les pays voisins dans un conflit. Louis XI de France sut manœuvrer habilement pour entraîner les Confédérés dans le conflit : Berne directement menacé par le duc et son allié, le duché de Savoie mena les Suisses.
En 1474, le Pays de Vaud savoyard, officiellement neutre, fut pris entre les ultimatums et les coups de force bernois et les troupes italiennes qui le traversaient pour rejoindre les armées de Charles de Bourgogne.
En mai 1475, Berne s'assura le contrôle, en les occupant, des seigneuries de Grandson, Orbe, Montagny et Échallens. Prétextant du passage des mercenaires savoyards, les Bernois occupèrent également Aigle et le Chablais, sur la rive droite du Rhône.
Finalement, le 14 octobre 1475, les Confédérés déclarèrent la guerre au comte de Romont, allié des Bourguignons. L'ensemble du Pays de Vaud tombe sous la domination bernoise, les garnisons résistants étant massacrées. Malgré une contre-attaque savoyarde réussie au début de 1476, la triple défaite du duc de Bourgogne face aux Confédérés (bataille de Grandson, bataille de Morat et bataille de Nancy) permet à Berne d'en garder le contrôle. Le Bas-Valais, jusqu'à Saint-Maurice, quitte le giron savoyard à la fin de 1476 et devint sujet des dizains hauts-valaisans.
Néanmoins, lors de la paix qui suivit, Berne ne put garder que la région d'Aigle et, en temps que bailliage commun avec Fribourg Grandson, Morat et Échallens : les autres cantons ne désiraient pas que Berne contrôle tout le pays de Vaud, car il aurait été trop puissant.


