Corticoïde
Les corticoïdes ou corticostéroïdes sont des stéroïdes naturels (hormones) sécrétés chez l'homme par la glande corticosurrénale : elle produit
- les glucocorticoïdes (cortisone, hydrocortisone, prednisone) qui ont une action sur sur le
métabolisme protidique et glucidique ;
- les minéralocorticoïdes (aldostérone, corticostérone, désoxycortisone) qui agissent sur la régulation de l'eau et du sel dans le corps (rétention d'eau et de sodium,
élimination de potassium) ;
- enfin, les androgènes, qui ont
un rôle dans le développement des caractères sexuels.
Cet article étudie sélectivement les glucocorticoïdes, naturels et de synthèse : en effet, au sens habituel, les
« glucocorticoïdes de synthèse » sont appelés les « corticoïdes ».
Historique
Les corticoïdes de synthèse sont connus depuis les années 1950, où
ils ont pour la première fois été utilisée avec succès dans les maladies inflammatoires, et en particulier les affections rhumatismales.
Structure
La structure des corticoïdes est basée sur le noyau prégnane, sur lequel s'ajoutent des fonctions indispensables à l'activité
biologique et des fonctions modulant cette activité.
Prégnane :
Fonctions nécessaires à l'activité glucocorticoïde :
- cétone (C=O) en 3 et en 20
- double liaison en 4-5
- alcool (OH) en 11β
Quelques molécules (ajouter au prégnane les fonctions précédentes plus...) :
- cortisol : OH en 17α et 21
- prednisolone : id cortisol + double liaison en 1-2
- prednisone : id prednisolone sauf cétone en 11 (à la place de OH)
- méthylprednisolone : id prednisolone + méthyl (CH3) en 6α
- fludrocortisone : id cortisol + fluor (F) en 9α (9-alpha-Fluorocortisol)
Action des corticoïdes
- Augmentation du métabolisme glucidique et protidique
- anti-inflammatoire
- antipyrétique (font baisser la fièvre)
- analgésique (lutte contre la douleur)
- anti-allergique (action non immédiate contre les effets du contact avec un allergène chez un sujet allergique)
- baisse des défenses immunitaires (utilité dans la
lutte contre le rejet des greffes).
Tableau comparatif de l'efficacité des différents corticoïdes
| Molécule |
Action glucocorticoïde |
Action minéralocorticoïde |
Durée d'action (demi vie, en heures) |
| Hydrocortisone |
1 |
1 |
8 |
| Acétate de cortisone |
0.8 |
0.8 |
voie orale 8, intramusculaire 18+ |
| Prednisone |
3.5-5 |
0.8 |
16-36 |
| Prednisolone |
4 |
0.8 |
16-36 |
| Methylprednisolone |
5-7.5 |
0.5 |
18-40 |
| Dexamethasone |
25-80 |
0 |
36-54 |
| Betamethasone |
25-30 |
0 |
36-54 |
| Triamcinolone |
5 |
0 |
12-36 |
| Beclomethasone |
8 bouffées 4 fois par jour
correspondent à 14 mg
de prednisone (voie orale) |
- |
- |
| Fludrocortisone |
15 |
200 |
- |
| Acétate de désoxycorticosterone |
0 |
20 |
- |
| Aldostérone |
0.3 |
200-1000 |
- |
Indications des corticoïdes
- Maladies auto-immunes :
- Anémie hémolytique auto-immune
- Lupus érythémateux disséminé
- Dermatomyosites et polymyosites
- Périartérite noueuse
- Maladie de
Horton
- Sclérodermie
- Pemphigus et pemphigoïde
bulleuse
- Polyarthrite rhumatoïde
- Sclérose en plaques
- Rectocolite hémorragique et maladie de Crohn
- Allergie (souvent en association avec des traitements d'action rapide : adrénaline par exemple)
- Réactions inflammatoires sévères
Effets secondaires
Les effets secondaires d'un traitement par corticoïdes se rencontrent surtout en cas de traitement prolongé (plusieurs
semaines, voir plusieurs années). Ils peuvent être empêchés par certaines précautions (voir paragraphe suivant). Les effets
seconaires principaux sont :
- Troubles métaboliques : rétention hydrosodée, hypokaliémie, alcalose, ostéoporose (par augmentation du métabolisme protéique dans les os), fractures, retard de croissance (enfant), retard de
cicatrisation.
- Troubles endocriniens : dérégulation de la synthèse naturelle de glucocorticoïdes à la fin du traitement, troubles du
cycle menstruel (règles irrégulières), apparition (ou aggravation) d'une acné,
hypertrichose, fragilisation cutanée, ecchymoses.
- Troubles digestifs : aggravation d'un ulcère gastro-duodénal (les corticoïdes augmentent la secretion d'acide par l'estomac), hémorragie digestive en cas d'ulcère très profond, pancréatite aiguë.
- Troubles psychiques : euphorie, excitation, confusion.
Précautions d'emploi
Les précautions d'emplois sont donc systématiques dans les traitement longs, à dose élevée. Dans ce cas, on prescit les
mesures suivantes :
Régime alimentaire et supplémentations
- régime pauvre en sel et en glucides, riche en protéines
- apports de potassium
- apports de calcium (prévention des fractures)
- apports de vitamine D (même remarque)
Bilan avant de débuter le traitement
Par ailleurs, il convient de toujours rechercher un ulcère (et de le traiter le cas échéant), des troubles psychiatriques, une
ménopause, une hypertension (la rétention d'eau et de sodium liée aux corticoïdes augmente le volume sanguin, et donc la
tension), une infection virale ou bacterienne.
Pendant le traitement
- Surveiller la kaliémie (potassium dans le sang), natrémie (sodium dans le sang), le poids, la tension artérielle, l'état cutané, la glycémie, la tolérance et la bonne prise du traitement.
- Les corticoïdes, pour mimer la libération naturelle de leur équivalent non-synthétique, doivent être pris en une seule prise,
le matin.
- En cas de stress (infection, opération chirurgicale, traumatisme) : une augmentation des doses est indispensable
(physiologiquement, ces états introduisent une augmentation des hormones surrénaliennes).
Fin du traitement
Afin d'éviter de perturber la synthèse naturelle de corticoïdes par la glande surrénale, il faut toujours arrêter le
traitement très progressivement si ce dernier a été prolongé : plusieurs paliers de 8 à 15 jours, en surveillant la fonction
surrénalienne par des tests sanguins réguliers.
Contre indications
Il n'existe aucune contre-indication formelle à une corticothérapie brêve et vitale. Dans les autres cas, où les corticoïdes
peuvent être remplacés par d'autres médicaments, on évitera de les prescrire dans les circonstances suivantes :
- grossesse, allaitement
- maladie virale grave en évolution (herpès, zona, hépatite virale aiguë) car les corticoïdes entraînent une baisse de
l'inflammation et de l'immunité nécessaire à la lutte contre ces infections,
- ulcère gastro-duodénal en évolution (c'est-à-dire non traité),
- cirrhose sévère
- goutte
- états psychotiques

