Adolphe Crémieux
Isaac Moïse Crémieux, plus connu sous le nom d’Adolphe Crémieux, né le 30 avril 1796 à Nîmes (Gard), mort le 10 février 1880 à Paris, était un homme politique français.
Né dans une famille juive de condition modeste, mais descendante des Juifs du pape. Il se fait vite remarqué par sa
grande mémoire et sa vivacité d'esprit.
À la fois français, juif et franc-maçon, Adolphe Crémieux a joué, toute sa vie, un rôle déterminant dans ses trois appartenances
communautaires, vécues non comme étrangères l'une à l'autre, mais complémentaires. Il est notamment partisan de l'intégration des
communautés juives à la vie politique française.
Biographie
- Franc-maçon dès 1818, il fut président du Suprême Conseil Maçonnique de France jusqu'à sa mort.
- 1828, il participe à la rédaction du livret de l'opéra Guillaume Tell de Gioacchino Rossini.
- Avocat au barreau de Nîmes, puis à la Cour de cassation.
- 1830 : Installation à Paris.
- 1840, voyage en Syrie auprès de Mehemet Ali, accompli pour la défense des
Juifs de Damas, au côté de Sir Moïse Montefiore,
ambassadeur britannique. Ils étaient compromis et accusés dans l'affaire d'un crime rituel sur la personne du Père
Thomas, jésuite, et de son valet musulman Ibrahim, qui avaient tous deux disparu et dont on avait perdu la trace dans le quartier
juif de Damas.
- Député de Chinon de 1842 à 1848.
- 1843 : Président du Consistoire central israélite de Paris.
- Le 24 février 1848 la révolution
républicaine triomphe à Paris. Avocat de la famille Bonaparte, Crémieux conseille
au roi Louis-Philippe Ier d'abdiquer et de s'enfuir.
- Le lendemain 25 février 1848, il
entre comme ministre de la Justice (jusqu'au 7 juin 1848) dans le gouvernement provisoire qui s'autoconstitue et qui proclame la Deuxième République,
- Il prend immédiatement un décret qui décide que la justice sera désormais
rendue au nom du Peuple français.
- Le 1er mars, il supprime par décret le serment de
fidélité.
- Le 3 mars, dans l'affaire du procès de Saverne, où il est l'avocat du rabbin, il obtint ainsi de la Cour de cassation l'abolition du serment more judaïco,
contribuant ainsi à faire cesser la dernière discrimination légale à l'égard des Juifs de France.
- Dès le 31 mars, il demande la démission d'une vingtaine de hauts magistrats et
suspend ceux qui refusent d'obtempérer. De simples juges sont atteints sur sa décision ou à la demande des commissaires du
gouvernement (préfets provisoires).
- Le 9 mars 1848, Crémieux reçoit « une
délégation de nègres et de mulâtres des colonies françaises » et lui déclare que « la nouvelle République accomplira ce
que la République de 92 avait proclamé. Vous redeviendrez libre »
- Cependant, le 15 mars 1848, François Arago envoie aux colonies, une dépêche contenant « un
ajournement de l'émancipation, et les vagues promesses qui l'accompagnent ne sont guère que d'un Guizot républicain ».
- Représentant du peuple aux Assemblées constituante et législative de 1848-1849.
- Le 11 juin 1851, en tant qu'avocat, il
assiste Victor Hugo, dans la défense de son fils Charles Hugo, journaliste à l'Événement, et poursuivit devant la Cour
d'assises de Paris, pour avoir « avoir outragé la loi en décrivant l'exécution
d'un braconnier guillotiné à Poitiers ».
- 17 mai 1860, création de l'Alliance israélite universelle, à l'instigation de Crémieux, il en prendra la présidence en
1864.
- Député de la Drôme au Corps
législatif de 1869 à 1870.
- Membre du gouvernement de la Défense nationale du 4 septembre 1870 au 17 février 1871.
- Ministre de la Justice du 4 septembre 1870 au 18 février 1871.
- Alors que Paris est assiégé par deux armées allemandes, il fait promulguer six décrets réglementant la vie en Algérie,
dont :
- Décret mettant fin à l'administration militaire de l'Algérie.
- Décret interdisant la polygamie aux Juifs d'Algérie.
- le 24 octobre 1870, un décret, dit
Décret Crémieux, intégrant les 35 000 Juifs
d'Algérie dans la communauté française en leur accordant obligatoirement la citoyenneté française, et à eux seuls, en
déclarant : « Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés Français. En conséquence, leur statut réel et
leur statut personnel, seront ... réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance
contraires sont abolis ».
- Un sénatus-consulte du 1er juillet 1865 avait admis la naturalisation individuelle des Juifs qui le souhaitaient, mais avait trouvé peu d'écho.
- De fait, le décret Crémieux est vu par beaucoup comme une discrimination entre les Juifs d'Algérie, élevés au rang de
citoyens français, et les musulmans, qui seront profondément vexés par cette
attitude.
- Le décret Crémieux sera aboli par le régime de Vichy,
privant les Juifs algériens de la nationalité française.
- Député du département d'Alger de 1872 à
1875.
- En 1875, Crémieux réunit à Lausanne en
Suisse, une assemblée des Suprêmes Conseils, pour harmoniser le Rite Écossais Ancien et Accepté avec les « légitimes exigences de la civilisation
moderne ».
- Véritable acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne, cette déclaration de l'assemblée de Lausanne proclame
« l'existence d'un Principe Créateur ».
- Sénateur inamovible de 1875 à sa mort en 1880.
Divers
- Il est enterré au Cimetière du
Montparnasse.
- Portraits connus :
- Portrait d'Adolphe Crémieux par Jules Jean Antoine Lecomte du Noüy (Paris, 1842 - 1923)
- Photographie de Nadar.
Citations
- Mot d'ordre aux Loges de Crémieux en 1842 : « Comptez l'argent pour
rien, les places pour rien, la popularité pour rien ; c'est la presse qui est tout. Achetez la presse, et vous serez maîtres
de l'opinion, c'est-à-dire les maîtres du pays ».
- Déclaration réactive devant la victoire électorale des royalistes en 1871 :
« Majorité de ruraux, honte de la France ».
- Dans ses Carnets, Le révolutionnaire Proudhon est véhément contre Crémieux et les juifs :
« Quand Crémieux parle à la tribune, sur une question où le christianisme est engagé, directement ou indirectement, il a
soin de dire : votre foi, qui n'est pas la mienne ; votre dieu, votre Christ, votre évangile, vos frères du Liban.
Ainsi font tous les Juifs ; ils sont d'accord sur tout avec nous sur tous les points, à tant qu'ils peuvent en tirer
parti ; mais ils ont toujours soin de s'exclure - ils se réservent ! Je hais cette nation ».
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-373358,0.html
- Selon Robert Badinter, ancien président du Conseil
constitutionnel : « ...il faut rappeler que le décret Crémieux n'a nullement été un instrument de domination des
musulmans par les juifs d'Algérie, mais un moyen de libération de ces derniers, les plus opprimés des opprimés. »
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-373358,0.html

