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Demosthène, en grec ancien Δημοσθένης Dêmosthenês (Athènes -384–Calaurie -322), l'un des grands orateurs attiques, homme politique athénien.
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Démosthène naquit dans une famille athénienne riche mais commerçante, ce qui lui valait le mépris des vieilles familles atistocratiques. Son père, Démosthène de Péanie, possèdait en effet une manufacture d'armes. Sa mère était d'origine scythe, ce qu'Eschine lui reprochera plus tard. À sept ans, il devint orphelin. Son père, par testament, l'avait confié à trois tuteurs : deux de ses neveus, Aphobos et Démophon, et un certain Therippide. Ses tuteurs dilapidèrent sa fortune, que ce fût par erreur de gestion ou par intention malhonnête. Lle jeune homme se retrouva sérieusement appauvri.
À seize ans, il assista par hasard au procès intenté à Callistratos, en -367. Il fut fasciné par le talent de l'orateur, et décida d'apprendre la rhétorique. Il devint alors l'élève d'Isée, un autre orateur attique, spécialisé dans les affaires de succession. Selon la tradition, lors de son premier discours en public, le public se moqae de son problème d'élocution (apparemment, une difficulté à prononcer la lettre r) et de ses gestes maladroits. Démosthène s'efforça alors de rectifier ces défauts, allant jusqu'à, comme le rapporte Démétrios de Phalère, s'entraîner à parler avec des petits galets dans la bouche. Il s'enfermait régulièrement chez lui pour étudier le style de Thucydide. À cause de toutes ces préparations, et de sa réticence à improviser, les autres orateurs lui reprochèrent souvent de « sentir la lampe » et n'avoir pas de dons naturels.
Démosthène se lança une série de procès contre ses anciens tuteurs, avec son premier discours judiciaire, Contre Aphobos. Il commença ensuite une carrière de logographe, qu'il mena avec un certain succès puisqu'il eu comme clients certains des plus riches Athéniens, comme Phormion, pour lequel il écrivit le Pour Phormion L'affaire portait sur la somme considérable de 20 talents.
À 25 ans, il refit une apparition publique avec deux discours politiques. Les deux, Contre Leptine et Contre les immunités, étaient dirigé contre une proposition de loi interdisant d'excepter aucun citoyen des liturgies, sauf les descendants d'Harmodius et d'Aristogiton (c'étaient les tyrannoctones, les assassins du tyran Hipparque).
À partir de -350, Démosthène s'attaqua à un défi d'une toute autre ampleur : il s'efforça de combattre le pouvoir grandissant de Philippe II de Macédoine. En -351, ce fut la première Philippique, suivie en -349 et -348 des Olynthiennes, puis la deuxième et troisième philippique en -344. Malgré l'alliance avec Thèbes, Athènes et les cités grecques furent vaincues à Chéronée en -338.
Démosthène continua à plaider en faveur de la résistance au Macédonien, par exemple dans son Oraison funèbre des morts de la guerre. Nommé commissaire chargé de la surveillance des travaux de reconstruction des fortifications, Démosthène y contribua sur sa propre fortune. En -337, Ctésiphon proposa que la cité lui décernât une couronne d'or, lors des Dionysiaques, pour ses mérites. Eschine, un autre des orateurs attiques, attaqua le projet comme illégal dans son Contre Ctésiphon : Démosthène n'avait pas rendu de compte à l'issue de son mandat. Si Eschine avait raison d'un point de vue juridique, il s'agissait plutôt d'attaquer Démosthène sur ses idées politiques.
Démosthène écrivit lui-même le discours de son admirateur, ce fut Sur la couronne, probablement son chef-d'œuvre. Eschine, désavoué, dut s'exiler, mais en -324, ce fut au tour de Démosthène lui-même, dans l'affaire d'Harpale : il fut accusé d'avoir détourné une partie de l'argent laissé à AThènes par le trésorier d'Alexandre. Il dut s'exiler à Trézène. Il fut rappelé à Athènes par le peuple en -323, suite à la mort d'Alexandre le Grand, mais dut s'enfuir de nouveau l'année suivante, en compagnie de l'orateur Hypéride, pour échapper aux soldats d'Antipater. En -322, il s'empoisonna dans l'île de Calaurie, au large de l'Argolide tandis qu'Hypéride était mis à mort par les soldats macédoniens.
À sa mort, Démosthène possédait 14 talents, somme considérable qui le mettait en position d'être astreint aux liturgies. Pour l'essentiel, il s'agissait d'esclaves, de matières premières et de créances maritimes.
Nous avons de Démosthène une soixantaine de discours, et un ensemble de six lettres adressées au peuple athénien. Cependant, l'authenticité d'une grande partie d'entre eux est discutée, surtout en ce qui concerne les discours civils écrits en tant que logographe.
Les discours délibératifs (λόγοι συμβουλεύτικοι logoi symbouleutikoi) traient de questions politiques, et sont donnés devant une assemblée. Cette catégorie comprend :
Les discours judiciaires (λόγοι δικάνικοι loigoi dikanikoi) sont des plaidoiries d'accusation ou de défense. On peut distinguer ceux qui ont rapport avec les affaires de l'État, et les discours civils. Les seconds sont les cinq discours prononcés par Démosthène dans ses procès contre ses tuteurs, ainsi que son travail de logographe, comprenant onze discours. Parmi les premiers, le plus important est le Sur la couronne (Περὶ τοῦ Στεφάνου), qui est également son dernier discours public.
Les discours ce genre (λόγοι ἐπιδείκτικοι logoi epideiktikoi) ont pour but de faire changer d'avis le public, à influencer ses valeurs et ses croyances. Nous n'avons que deux discours de Démosthène de ce type. Le premier est l'Oraison funèbre pour les morts de Chéronée, le second une apologie de la beauté du jeune Épicrate.
Pour les Grecs, Démosthène est le plus grand des orateurs, on l'appelle même simplement « l'Orateur », comme on dit « le Poète » pour Homère. Cicéron en fait le premier des orateurs grecs, et le pseudo-Longin, dans son Traité du Sublime, en fait un des phares qui éclairent le travail de l'écrivain.
Curieusement, l'art rhéorique de Démosthène est rien moins qu'orthodoxe. Ses discours bouleversent l'ordre traditionnel des parties du discours (exorde, narration, preuve et épilogue). Il joue beaucoup des métaphores, comparaisons et autres paradoxes. Surtout, il compte sur les changements de ton, tantôt familier, tantôt solennel, tantôt jouant sur les sentiments, tantôt calme et posé comme Thucydide, dont il admire la prose. Il n'hésite pas à manipuler son public, l'invectivant ou l'interrogeant tout à tour.
Ulpien raconte une anecdote plaisante sur son plus célèbre discours, Sur la couronne : au cours de son discours, Démosthène accuse Eschine d'être acheté par Alexandre le Grand :
S'adressant au public, il demande : « Athéniens, Eschine vous semble-t-il être le salarié ou bien l'hôte d'Alexandre ? ». Ce faisant, il prononce volontairement mal le mot μισθωτός (misthôtos), « laquais, stipendié », accentuant l'ante-pénultième syllabe au lieu de la dernière. Sur ce, dans la foule, des cris s'élèvent aussitôt pour rectifier l'erreur : « μισθωτός! μισθωτός! » — et Démosthène de conclure : « Tu entends ce qu'ils disent ».
Aujourd'hui encore, le terme de « philippique » désigne une harangue hargneuse contre quelqu'un, et le nom de Démosthène symbolise l'éloquence.
Les extraits de Sur la couronne sont issus de la traduction de Georges Mathieu, Collection des Universités de France.
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