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On nomme diabolisation le procédé consistant à décrédibiliser une personne, un groupe ou une idée en faisant en sorte que sa seule évocation suscite une réaction de rejet. Cette personne, ce groupe ou cette idée sont nommées ici objet de la diabolisation.
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En 1486 les inquisiteurs Jacques Sprenger et Henri Institoris font paraître à Strasbourg le Malleus maleficarum (le Marteau des sorcières). C'est un véritable changement de perspective de l'Église : alors que jusque là les sorcières étaient pourchassées pour hérésie et que l'Église voyait leurs pratiques comme de simples superstitions sans fondements, elles seront maintenant considérées comme des possédées et une incarnation du démon. Cela a lieu deux ans après la bulle Summis desiderantes affectibus du pape Innocent VIII appelant à intensifier la lutte contre la sorcellerie. On peut y voir une volonté de légitimation de la chasse aux sorcières. Quoi qu'il en soit, le mot « diabolisation » évoque « l'invocation d'un rapport avec le diable ».
Les procédés utilisés sont ceux de la désinformation :
La dégradation des mots permet également d'associer un mot à des réflexes de rejet, de peur ou de haine. Par exemple, par un glissement sémantique utilisant la connotation, (Manger du cadavre, à votre place, ça me dégoûterait). Autres exemples possibles :
La diabolisation peut être vue comme l'inverse de la sacralisation ou de la victimisation.
L'objectif d'une campagne de diabolisation est de créer un tabou : un sujet qui soit si négativement considéré que son évocation même devienne problématique. La publicité recourt fréquemment à de tels procédés depuis l'après guerre (on se souvient dans les années 1950 d'une marque de margarine évoquant à propos du beurre un préjugé ridicule qui coûtait cher; aujourd'hui on diabolise plutôt le cholestérol), mais ne peut - par nature - trop forcer sur les messages négatifs, souvent rejetés par l'inconcient quand ils ne sont pas pris par lui à contresens.
La majorité des sociétés étudiées par les ethnologues utilisaient des procédés similaires pour limiter des déviances par rapport à la norme risquant de remettre en cause la viabilité même du groupe. En se sens, la diabolisation n'est rien d'autre que l'exploitation plus ou moins consciente d'un mécanisme naturel.
Les personnes utilisant le terme diabolisation déclarent s'en estimer victimes ou défendre des personnes qui ont été tellement décrédibilisés par ces pratiques qu'elles ne peuvent plus le faire elle-même. Pourtant, se prétendre diabolisé peut être également un moyen de faire passer des accusations légitimes pour une tentative de destabilisation issue de cette hypothétique diabolisation.
C'est ainsi que partisans et opposants des sectes se renvoient mutuellement des accusations de diabolisation. Par exemple, les défenseurs des sectes présentent leurs opposants comme des apostats ou des proches délaissés qui règlent des comptes personnels de façon perverse en decrédibilisant ces nouveaux mouvements dits religieux. Ceux-ci rétorquent que les gourous sont des manipulateurs exacerbant les tendances paranoïaques de leurs adeptes en présentant le monde extérieur comme dangereux et malfaisant.
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !, constatait amèrement Voltaire en son temps. Dans l'ensemble, le procédé de diabolisation est aujourd'hui si répandu que son effet s'est quelque peu émoussé (peut-être trop), et déclenche maintenant plus volontiers une réponse de dérision (voir point Godwin). Reste que comme le spam, la diabolisation constitue une forme d'encombrement en général non sollicité des canaux de communication.
Catégories: Organisation humaine


