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Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers


L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers paraît en France, de 1751 à 1772, sous la direction de Denis Diderot et Jean d'Alembert. Cette œuvre est une somme du siècle des lumières : elle compte alors vingt-huit volumes (tomes I à XVII et onze volumes de planches).

Page de couverture de l'Encyclopédie
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Page de couverture de l'Encyclopédie

De 1782 à 1832, une édition complétée paraîtra en cent soixante-six volumes. Cet ouvrage, énorme pour l'époque, a occupé mille ouvriers pendant vingt-cinq ans ; il a eu 2 250 souscripteurs et un tirage de 4 250 exemplaires (nombre dérisoire aujourd'hui mais, au XVIIIe siècle, un tirage « normal » ne dépassait pas les 1 500 exemplaires). Vu le prix d'achat élevé, on peut en déduire que le lecteur était issu de la bourgeoisie, de l'Administration, de l'armée ou de l'Église. Comme les cabinets de lecture se multipliaient, il est possible qu'un public plus large y ait consulté l'ouvrage.

Sommaire

Publication

Ci-dessous, fragment du frontispice de l'Encyclopédie: on voit la Vérité rayonnante de lumière; à droite, la Raison et la Philosophie lui arrachent son voile (peint par Charles-Nicolas Cochin et gravé par Bonaventure-Louis Prévost en 1772).

Encyclopedie frontispice section 256px.jpg

Frontispice dans sa totalité

En 1745, le « libraire » (éditeur) Le Breton confie à Denis Diderot la tâche de traduire la Cyclopædia de l'éditeur anglais Chambers. La France, en effet, ne possédait à l'époque aucun dictionnaire couvrant les métiers et les arts mécaniques tenus pour mineurs. Diderot va élargir le projet : animé d'un désir de vulgarisation, il va synthétiser les connaissances de son époque. Le philosophe visite les ateliers ; avec d'Alembert, qui sera codirecteur jusqu'en 1759, il s'occupe de l'édition et d'une partie de la commercialisation en recueillant, dès 1750, mille souscriptions. Le milieu intellectuel français se joint à lui : d'Alembert rédige le Discours préliminaire et plusieurs articles dont Genève sur le théâtre en cette ville ; Helvétius, Montesquieu, Daubenton, Marmontel, Condillac, Quesnay, Turgot, d'Holbach, Jaucourt, Voltaire et Rousseau (musique et économie politique) furent parmi les collaborateurs les plus connus.

Cependant, cette Encyclopédie est aussi une œuvre de combat qui veut « tout remuer sans exception et sans ménagement ». Pour atteindre ce but, Diderot devra lutter contre la censure. Les jésuites reprochent à la thèse de l'abbé Prades de contenir des propositions hérétiques et ils réussissent à dresser un autodafé. En février 1752, le Conseil d'État interdit de « vendre, d'acheter ou de détenir l'Encyclopédie ». Pourtant, Malesherbes, directeur de la librairie et, donc, chargé de la censure, est un défenseur des philosophes et il autorise la reprise de la publication. Madame de Pompadour, favorite de Louis XV, est également une alliée de Diderot.

En 1757, après l'attentat de Robert François Damiens (armé d'un canif) contre Louis XV (le roi fut égratigné ; Damiens, écartelé en place de Grève), le parti dévot saisit l'occasion de signaler le laxisme de la censure et démontre que le but de l'Encyclopédie est d'ébranler le gouvernement et la religion. En 1758, De l'Esprit d'Helvétius est mis au bûcher pour matérialisme ; à cette occasion, le procureur dénonce l'Encyclopédie. Le pape Clément XIII, les jésuites de la cour, les jansénistes du Parlement de Paris et même des pasteurs genevois, tous la condamnent et un nouvel arrêt du Conseil d'État en interdit la vente et la possession. Le Breton doit rembourser les souscripteurs (aucun ne se présente) et Diderot fait imprimer clandestinement les articles dont il a la charge.

En 1764, le vent politique change : un arrêt du Parlement expulse les Jésuites. C'est ainsi que, en 1765, les dix derniers volumes peuvent être distribués. Toutefois, Le Breton fera un séjour d'une semaine à la prison de la Bastille pour avoir envoyé clandestinement quelques exemplaires à Versailles. La ténacité finit par vaincre : les deux derniers volumes des planches paraissent sans difficulté en 1772. Panckoucke publiera encore un Supplément de quatre volumes et un tome de planches. Une Table alphabétique paraîtra en deux volumes, en 1780.

L'esprit encyclopédique

Esprit philosophique

En ce siècle des Lumières, l'évolution de la pensée est liée à l'évolution des mœurs. Les récits de voyages - celui de Bougainville, par exemple - incitent à la comparaison entre les différentes civilisations : la morale et les habitudes apparaissent relatives à un lieu et à un temps. De nouvelles valeurs s'imposent : la nature qui détermine le devenir de l'homme, le bonheur terrestre qui devient un but, le progrès par lequel chaque époque s'efforce de mieux réaliser le bonheur collectif. Le nouvel esprit philosophique qui se constitue est basé sur l'amour de la science, la tolérance et le bonheur matériel. Il s'oppose à toutes les contraintes de la monarchie absolue ou de la religion. L'essentiel est alors d'être utile à la collectivité en diffusant une pensée concrète où l'application pratique l'emporte sur la théorie, et l'actualité sur l'éternel.

Esprit scientifique

Cette attitude s'inspire de l'esprit scientifique. Les méthodes expérimentales, appliquées à des questions philosophiques, aboutissent à l'empirisme selon lequel toute notre connaissance dérive, directement ou indirectement, de l'expérience par les sens, sans activité de l'esprit.

En outre, l'esprit scientifique se manifeste par son caractère encyclopédique. Le XVIIIe siècle ne se spécialise pas, il touche à tous les domaines : science, philosophie, arts, politique, religion, etc. Ainsi s'explique la production de dictionnaires et de sommes littéraires qui caractérise ce siècle et dont l'Encyclopédie est l'ouvrage le plus représentatif. On peut citer : L'Esprit des lois de Montesquieu (31 livres), l'Histoire naturelle de Georges Buffon (36 volumes), l'Essai sur les origines des connaissances humaines de Condillac, le Dictionnaire philosophique de Voltaire (614 articles). Fin du XVIIe siècle, Fontenelle, dans Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), et Pierre Bayle, dans le Dictionnaire historique et critique (1697), vulgarisaient déjà cette pensée fondée sur le fait, l'expérience et la curiosité pour les innovations.

Esprit critique

Quant à l'esprit critique, il s'exerce principalement contre les institutions. À la monarchie absolue, on préfère le modèle anglais (monarchie « tempérée »). La critique historique des textes sacrés attaque les certitudes de la foi, le pouvoir du clergé et les religions révélées. Les philosophes s'orientent vers le déisme qui admet l'existence d'un dieu sans église.

Le pendant positif de cette critique est l'esprit de réforme. Les encyclopédistes prennent parti pour le développement de l'instruction, l'utilité des belles-lettres, la lutte contre l'Inquisition et l'esclavage, la valorisation des arts « mécaniques », l'égalité et le droit naturels, le développement économique qui apparaît comme source de richesse et de confort.

Pour défendre leurs idées, les auteurs ont oscillé entre le ton polémique (voir l'article Prêtres de d'Holbach ) et des techniques d'autocensure qui consistaient à s'appuyer sur des exemples historiques précis. L'examen scientifique des sources leur permettait une remise en question des idées léguées par le passé. L'abondance des annotations historiques décourageait une censure à la recherche d'idées subversives. Certains encyclopédistes ont préféré faire passer des vues iconoclastes par des articles apparemment anodins. Ainsi, l'article consacré au capuchon est l'occasion de ridiculiser les moines.

Même si la quantité a parfois nui à la qualité, il faut souligner la singularité de cette aventure collective que fut l'Encyclopédie : pour la première fois, on y décrit à égalité avec les savoirs « nobles » tous les savoir-faire : la boulangerie, la coutellerie, la chaudronnerie, la maroquinerie. Cette importance accordée à l'expérience humaine est une des clefs de la pensée du siècle : la raison se tourne vers l'être humain qui en est désormais la fin.

Citations

Liens externes



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