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En linguistique, l'énonciation est l'acte individuel de production d'un énoncé, adressé à un destinataire, dans certaines circonstances.
Dans toute communication, aussi bien orale qu'écrite, on trouve à la fois un énoncé et une énonciation.
L'énoncé est le résultat linguistique, c'est-à-dire, la parole prononcée ou le texte écrit, tandis que l'énonciation est l'acte linguistique par lequel la langue est utilisée en vue de produire ledit énoncé : on dit généralement que l'énoncé est le dit, tandis que l'énonciation est le dire (pour résumer, c'est l'énonciation qui fait l'énoncé).
| Sommaire |
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3.1 Embrayeurs de la première personne 3.1.1 Marques de la première personne |
D'un point de vue strictement grammatical, on pourrait croire à priori que seuls les énoncés concernent cette discipline, et que par conséquent, l'énonciation est hors sujet. Ce n'est pas exact. En effet, d'abord, l'énonciation sert précisément à circonscrire les limites du champ de la morphosyntaxe, ensuite, son repérage est indispensable à l'étude de certaines catégories, telles que noms, pronoms, adverbes.
Pour désigner la situation dans laquelle a été émise une parole, dans laquelle a été produit un texte, les linguistes parlent volontiers de situation d'énonciation. Celle-ci permet, grosso modo, de déterminer qui parle à qui (ou : qui écrit à qui), et dans quelles circonstances.
Par ailleurs, l'acte d'énonciation met en scène des actants et des circonstants (on peut les résumer ainsi : JE, TU, ICI et MAINTENANT). Or, selon que les actants et les circonstants de la situation d'énonciation sont ou non présents dans un énoncé donné, celui-ci sera dit ancré ou bien coupé de la situation d'énonciation.
Les indices permettant de repérer la participation de l'énonciateur à la situation d'énonciation, la présence du destinataire, ainsi que les circonstances de lieu et de temps dans lesquelles est produit l'énoncé, sont appelés embrayeurs.
Les actants et les circonstants de l'énonciation ne sont pas toujours faciles à repérer.
Les actants de l'énonciation sont, d'une part l'énonciateur, c'est-à-dire, celui qui parle ou qui écrit, d'autre part le destinataire, c'est-à-dire, l'autre, celui à qui s'adresse l'énoncé, parlé ou écrit. De manière plus précise, ces deux actants seront appelés :
Les circonstants quant à eux, correspondent aux circonstances de l'énonciation.
L'énonciateur, celui qui dit (ou pourrait dire) JE, est également appelé émetteur ou destinateur, ou encore, sujet de l'énonciation. Remarquons en passant qu'il ne faut pas confondre le sujet de l'énonciation avec le sujet de l'énoncé, ce dernier correspondant plus ou moins au sujet grammatical :
L'énonciateur est toujours singulier : NOUS par exemple, ne contient qu'un seul JE.
Par ailleurs, l'acte de communication part incontestablement de la volonté de l'énonciateur : celui-ci en est le centre et en assume la responsabilité. En conséquence, il est toujours utile de s'interroger à propos de ses intentions (convaincre, émouvoir, distraire, faire rêver, etc.), que celles-ci soient manifestes ou latentes. C'est ainsi que tous les avatars qui viendront perturber l'énonciation (débit, ton, hésitations, lapsus…) feront partie de celle-ci, et nous renseigneront sur l'énonciateur, et par là, sur l'énonciation.
Le destinataire, celui à qui l'énonciateur dit (ou pourrait dire) TU, est également appelé receveur ou récepteur.
C'est évidemment le numéro deux de l'acte de communication. Le discours s'adresse à lui, mais il peut être plus ou moins impliqué dans celui-ci (les linguistes disent que son degré de présence peut varier).
Par ailleurs, et contrairement à l'énonciateur, le destinataire peut être multiple (quand on s'adresse à plusieurs personnes à la fois).
Les circonstants renvoient pour l'essentiel, aux circonstances de lieu et de temps, qui s'apprécient par rapport à l'acte d'énonciation :
Mais les circonstants désignent également, dans une acception plus large, l'ensemble des circonstances déterminant un acte d'énonciation (certains linguistes parlent de contexte énonciatif) :
Dans un dialogue (au théâtre, dans un roman…), à chaque nouvelle réplique, la situation d'énonciation change, puisque l'énonciateur et le destinataire changent aussi. Dans le récit, c'est un peu plus compliqué ainsi que nous allons le voir à présent.
Dans la dimension du récit (ou narration) l'énonciateur (plus précisément, l'auteur, puisque le plus souvent, un récit est écrit) devient le narrateur, c'est-à-dire, celui qui raconte. Il peut participer à l'histoire qu'il raconte. Quelquefois, il se confond avec l'auteur, dans le cas d'un récit autobiographique, par exemple. D'autres fois, au contraire, l'auteur fait son récit sous le nom d'un personnage, réel ou fictif : dans ce cas, il convient de distinguer l'auteur du narrateur.
Habituellement, le narrateur fait parler les personnages de son récit en rapportant leurs paroles. Ce procédé, appelé précisément discours rapporté, permet de faire entendre une pluralité de voix (certains linguistes à ce propos, parlent même de polyphonie !).
Le discours rapporté peut revêtir la forme directe ou indirecte. Le discours direct est la citation exacte (généralement entre guillemets) du discours prononcé par un tiers, tandis que le discours indirect est l'incorporation (avec transposition et sans guillemets) du discours d'un tiers dans la syntaxe du discours principal, celui du narrateur :
On fera donc les remarques suivantes :
Personnage réel ou fictif, l'énonciateur est toujours celui qui énonce (celui qui parle ou qui écrit, bref, celui qui adresse une parole, un discours), celui qui dit je, nous, mon, mes, notre… Donc, dans le récit et dans le discours rapporté direct, à chaque plan de discours correspond une situation d'énonciation distincte avec un énonciateur distinct.
Un embrayeur ou indice de l'énonciation, est un élément linguistique présent dans l'énoncé et ayant pour rôle de renvoyer à la situation d'énonciation.
Malgré son sens général assez vague, un embrayeur est apte à représenter la réalité extralinguistique, appelée référent. Mais cette représentation s'opère de manière tout à fait relative : en effet, l'identification de l'objet désigné ne peut être réalisée sans connaître la situation d'énonciation.
Les embrayeurs renvoient, soit aux actants, soit aux circonstants de l'énonciation. Un embrayeur renvoyant à l'énonciateur ou au destinataire est appelé embrayeur subjectif ou embrayeur personnel. Un embrayeur renvoyant au lieu est appelé embrayeur spatial (ou embrayeur locatif). Un embrayeur renvoyant au temps est appelé embrayeur temporel.
Le JE s'identifie par le seul fait que l'énonciateur prononce ce mot. La présence de l'énonciateur se manifeste par les embrayeurs suivants.
Cela concerne non seulement la première personne du singulier ou du pluriel, mais également, toute personne ayant cette valeur :
Ces embrayeurs concernent la terminaison des verbes conjugués, les pronoms personnels (je, me, moi, nous…) et les possessifs, adjectifs et pronoms (mon, ma, mes, notre, mien…).
Sont également concernés de nombreux termes relationnels ou affectifs pour lesquels est sous-entendu un possessif de la première personne :
Ces trois indices témoignent de la double présence de l'énonciateur et du destinataire.
Ce type d'embrayeur, généralement appelé modalisateur du discours, permet à l'énonciateur d'exprimer, vis à vis de son énoncé, ses émotions et ses jugements (affectivité et évaluation). Grâce aux modalisateurs, l'énonciateur va pouvoir nuancer la vérité de son énoncé, et exprimer le degré de certitude que celui-ci accorde à ses propres paroles. D'un point de vue sémantique, un modalisateur ne se rapporte pas à un élément de la syntaxe, mais à l'énonciation, plus précisément, au rapport entre énonciateur et destinataire.
N'étant pas une catégorie grammaticale précise, un modalisateur peut consister en :
Le TU s'identifie par le seul fait que l'énonciateur s'adresse au destinataire. La présence du destinataire se manifeste par les embrayeurs suivants.
Cela concerne non seulement la deuxième personne du singulier ou du pluriel, mais également toute personne ayant cette valeur, notamment, la première du pluriel lorsque NOUS = JE + TU :
Ces embrayeurs concernent la terminaison des verbes conjugués, les pronoms personnels (tu, te, toi, vous…) et les possessifs, adjectifs et pronoms (ton, tes, votre, tien…).
Sont également concernés de nombreux termes relationnels ou affectifs pour lesquels est sous-entendu un possessif de la deuxième personne :
Ces trois indices témoignent de la double présence de l'énonciateur et du destinataire.
Les circonstances de lieu de l'énonciation s'apprécient par rapport au lieu où le JE parle (ou écrit). Elles se manifestent par les embrayeurs suivants (qui peuvent être qualifiés de déictiques).
Il s'agit essentiellement de certains adverbes de lieu (Ici, là-bas, là-haut, céans, derrière, etc.) et de certains syntagmes nominaux compléments circonstanciels de lieu (A gauche, près de moi, etc.) :
On peut citer aussi les présentatifs voici et voilà :
Les adjectifs et pronoms démonstratifs peuvent être des représentants textuels, mais également, des véritables déictiques. Dans ce cas, ils sont souvent accompagnés d'un geste de monstration :
Il s'agit essentiellement du verbe venir [quand il signifie se rapprocher du lieu de l'énonciation] et des verbes aller et s'en aller [quand ils signifient quitter le lieu de l'énonciation] :
Les circonstances de temps de l'énonciation s'apprécient par rapport au moment où le JE parle (ou écrit). Elles se manifestent par les embrayeurs suivants.
Il s'agit essentiellement de certains adverbes de temps (Maintenant, hier, demain, actuellement, etc.), et de certains syntagmes nominaux compléments circonstanciels de temps (En ce moment, lundi prochain, le mois dernier, depuis une semaine, dans trois jours, etc.) :
Il s'agit essentiellement des terminaisons des verbes principaux (c'est-à-dire, les verbes autres que ceux des éventuelles propositions subordonnées) : présent d'énonciation, passé composé, futur, etc. :
Lorsqu'ils sont associés à la troisième personne, les temps du récit (passé simple et imparfait de l'indicatif) ainsi que le présent de vérité générale ou le présent de narration, ne constituent pas des déictiques temporels, parce qu'ils se trouvent ainsi hors discours oral, hors plan embrayé.


