Erreurs historiques célèbres
L'erreur est humaine et comme le disait un humoriste la prédiction est un art bien difficile, surtout en ce qui concerne
l'avenir. L'histoire a gardé la trace de ce qui nous apparait aujourd'hui comme des erreurs célèbres, parfois à tort,
parfois à raison.
Classification des erreurs de prédiction
Une prédiction erronée procède parfois d'une mauvaise estimation par celui qui s'y risque des changements prévisibles du
monde, mais parfois aussi d'un glissement de sens des mots faisaient dire à une déclaration ancienne des absurdités si
on les applique aux mots ayant leur sens actuel.
Ainsi la célèbre phrase « Il y a sur la planète un marché pour peut-être cinq ordinateurs » concerne les machines de
trente tonnes coûtant autant de millions de dollars, fragiles et ne pouvant être programmées que par une armées de spécialistes,
qui portaient alors ce nom. L'appliquer en donnant au mot ordinateur le sens qu'il a pris dans nos PC actuels serait
sans doute manquer de fair-play.
Quelques exemples
Avant 1940
- « Racine passera comme le café » (phrase résumant une position de la Marquise de Sévigné selon laquelle le café ne représentait qu'un mode passagère, et que le
travail de Racine ne résisterait pas au jugement des siècles).
- « La chimie est sur le point d'être achevée », Marcelin Berthelot, XIXe siècle. Berthelot faisait bien entendu allusion à l'achèvement du tableau périodique des
éléments et à la loi d'action de masse. Il faut sans doute entendre sa phrase dans le sens où l'on dirait :
« La machine et le papier sont là, on peut maintenant écrire ».
- « Les aéroplanes sont des jouets scientifiques intéressants, mais ne présentent pas de valeur militaire ». Maréchal
Ferdinand Foch, 1911
- « Croyez-moi, l'Allemagne est financièrement incapable de faire face à une guerre ». David LLoyd George, ancien
premier Ministre britannique, 1er août 1934. La phrase était parfaitement exacte au moment où elle a été prononcée, mais le monde des années 1930 changeait très, très vite.
- « La télévision n'aura de succès que pendant six mois. Le public se lassera vite de regarder passivement un meuble en
bois tous les soirs ». Darryl Zanuck, directeur de la Twentieth Century Fox.
- « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », Paul
Reynaud, 1939. Interrogé après la fin de la guerre sur cette phrase, Paul Reynaud affirma avoir toujours eu en tête qu'il s'agirait d'une
guerre mondiale, continuation de la première.
Après 1940
- « Je pense qu'il y a un marché mondial pour quelque chose comme 5 ordinateurs. » Thomas Watson, président d'IBM, 1943 (voir cependant les précaution oratoires
ci-dessus, qui peuvent peu ou prou s'appliquer dans les affirmations péremptoires ci-dessous)
- « Avant dix ans, un ordinateur sera champion du monde d'échecs » (Herbert Simon, 1960, encouragé par la réussite de
son programmes de dames à auto-apprentissage ; en 2004, la prédiction ne s'est
toujours pas réalisé, Deep Blue n'ayant pas battu Gary Kasparov dans les conditions exigées lors des championnats.
- « Un particulier n'a aucune raison d'avoir un ordinateur chez lui ». Ken Olsen, président de la société DEC, 1977.
Ce qui était exact à l'époque, les logiciels à destination du grand public étant
assez rares.
- « 640 K octets devraient pouvoir suffire à tout un chacun ». William Gates, lors de l'annonce du PC et de PC-DOS. En 1981, en effet, une mémoire de 128 Ko était déjà considérée comme quelque chose d'énorme pour un
micro-ordinateur, la plupart se contentant avec bonheur de 32 Ko, taille jugée « très confortable ». Le premier
Macintosh sera en 1984 la première machine à disposer de 128 Ko en standard (plus 64 Ko de
ROM bourrés de sous-programmes utiles) ; malgré cela, on verra dans la presse des protestations selon lesquelles la machine
est inutilisable professionnellement avec aussi peu de mémoire.
...et le reste
- « Les groupes ne correspondent plus aujourd'hui à la demande du public », explications de Decca à
Brian Epstein lors du rejet des Beatles.
- « Pour la majorité de la population, l'usage du tabac a des effets
bénéfiques ». Dr Ian McDonald, chirurgien à Los Angeles, cité dans Newsweek le 18 novembre 1963.
- « 1968 s'annonce sous les auspices de la stabilité » (Charles de Gaulle, vœux à la nation, 31 décembre 1967) <! L'idée y
est, mais vérifier les termes exacts employés !>. C'était l'année où devait aboutir son grand projet de participation, « un ordre social nouveau, je veux dire vers la participation
directe des travailleurs au résultat, au capital et aux responsabilités de nos entreprises françaises ». En fin de compte,
troubles sociaux aidant, la réforme sera dégradée en simples augmentations salariales classiques assorties de commisions
paritaires, assez éloignées du projet initial.
- « Je serai présent au second tour. J'en suis intimement convaincu ». Jacques Chirac, campagne des élections présidentielles de 1981. Il est difficile de savoir si l'auteur des
propos y croyait réellement lui-même ; si c'était le cas, de toute façon, il n'aurait pas été habile d'en faire état au
risque de démoraliser ses troupes.
- « J'envisage beaucoup de possibilités, mais celle-là, tout de même pas (rire) ». Lionel Jospin, en réponse à une question évoquant le fait qu'il pût être éliminé
au premier tour des présidentielles de 2002.
Sans doute la plus belle de toutes
... et exprimée par un spécialiste indiscutable :
- « La bourse a atteint ce qui apparaît comme un plateau durable ». Irving Fisher, professeur d'économie, Université
de Yale, 17 octobre 1929 !

