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État-providence


L'État-providence désigne l'État qui prétend apporter à chacun la solution à ses problèmes, à commencer par problèmes médicaux et les difficultés économiques (maladie, chômage et vieillesse), à l'instar de la providence divine qui pourvoit à tout.

C'était le cas en 1830 pour les jeunes États-Unis d'Amérique (par rapport aux attentes européennes de la même époque) et Alexis de Tocqueville ironise sur cette question dans son ouvrage « De la démocratie en Amérique » (Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu'il entend se substituer à eux dans l'organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu'à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d'eux-mêmes ?). Il manifeste enfin sa désapprobation : « Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui ».

La notion est distincte de celle d'état redistributeur des richesses entre les classes sociales, et aussi de celle de l'état interventionniste dans l'économie, mais en pratique les trois choses sont liées. En effet, l'état-providence a besoin de ressources, ce qui conduira à une taxation élevée, et ce sont les cas des besoins les plus criants, ceux des « plus démunis », qui serviront à justifier l'action providentielle, même si en pratique les bénéficiaires seront bien plus nombreux (en nombre suffisant pour assurer une assise électorale, typiquement). D'autre part, la providence prendra souvent la forme d'une intervention dans l'économie par des réglementations avantageuses pour les salariés.

Cette attitude de régulation sociale est apparue dans des contextes de développement capitaliste et de prévention contre l'extension des idéaux socialistes. Au XIXe siècle, les premiers systèmes d'assurances maladie et vieillesse apparaissent avec le Sozialstaat de Bismarck, dès 1883, en Allemagne pour protéger la classe ouvrière, éviter la propagation des idées plus radicales, et rendre plus risquée la révolution pour les employés (en effet, l'ouvrier qui sait qu'il aura une retraite hésite à lacher cet espoir pour un hypothétique mieux-être révolutionnaire). Le bien-être des membres de la société est alors fondé sur la garantie des revenus.

La crise économique des années 1930 et les idées de Keynes affinent cette conception. Celui-ci considère que seul l'État, par son intervention « est en mesure de rétablir les équilibres fondamentaux », et l'état-providence donne au système économique une plus grande inertie, supposée jouer un rôle d'amortisseur des crises : ainsi l'intervention économique et les aides sociales sont doublement efficace. Beveridge est le symbole de l'âge d'or de l'État-providence, après-guerre, en réponse à l'expansion soviétique. Il crée la notion de Welfare State, un système universel, uniforme et unitaire.

Mais le système est construit à crédit et difficile à adapter aux circonstances car plus dépendant de critères politiques que des réalités sociales et financières (paris ratés sur une croissance irréalistement forte qui comblerait le trou, droits généreusement accordés à des populations initialement réduites mais en croissance et inversement cotisations assises sur des populations nombreuses mais en forte réduction, régimes spéciaux attribués en fonction de rapports de force plus que justice sociale, etc.). Les problèmes s'accumulent (endettement public, contestation du bien-fondé de certaines dépenses, divergences sur le champ d'intervention, critiques sur les effets secondaires de « l'assistanat », etc.), et l'état-providence se fait contester au même titre que l'état interventionniste. En outre, avec la globalisation du marché et le développement de nouvelles autorités comme L'Union européenne, l'état perd un certain nombre de leviers d'action.

La notion d'état-providence évolue donc, mais reste un sujet sensible. Les partisans de l'état-providence considèrent qu'il s'appuie sur et agit pour une société solidaire, en renforçant son autorité dans la vie économique et sociale. Ses opposants considèrent à l'inverse qu'il chasse et remplace les solidarités, isole les individus, exclut les gens trop mal au fait de leurs « droits sociaux » et décourage les producteurs de richesse.

Bibliographie

- Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique

- François Ewald : Histoire de l'État-providence, Grasset 1986/1996

- Pierre Rosanwallon : La crise de l'État-providence, Points politique, 1984 ; La nouvelle question sociale. Repenser l'État-providence, Seuil, 1995

- Gosta Esping-Andersen : Les trois mondes de l'État-providence - essai sur le capitalisme moderne, PUF, 1999

- François-Xavier Merrien : L'État-providence, PUF, 1998

- Jacques Donzelot : L'invention du social, essai sur le déclin des pas, Seuil, 1994



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