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Eugénisme

L'eugénisme (du grec eu, bien et gennân, naissance) signifie littéralement bien-naître. L'eugénisme est une technique cherchant aujourd'hui à se fonder sur la génétique ; elle cherche à améliorer la société humaine en fonction des connaissances dans le domaine.

À strictement parler, l'eugénisme existe depuis la nuit des temps : qu'est-ce en effet que le choix d'un conjoint sinon une forme légère (mais pas toujours exempte de violence !) d'eugénisme ? La plupart des animaux à sang chaud des deux sexes recherchent bien le « meilleur » partenaire et l'ouvrage de Geoffrey Miller « The mating mind » montre sur onze chapitres que ce choix se révèle chaque fois qu'on l'étudie associé à des traits génétiques utiles pour la survie de la lignée. Mais c'est là ce que l'on nomme eugénisme passif et qui n'est point controversé. Un point plus discutable est celui de l'eugénisme actif.

Les Grecs exposaient leurs enfants mal formés. Chez les Hébreux, la loi mosaïque était animée du désir de protéger la valeur des sujets. En Europe, l’Église catholique se contenta de s'opposer aux mariages consanguins soupçonnés d'être à l’origine de graves malformations (soupçon qui fut en grande partie confirmé lors de la découverte du mode de propagation des gènes mutants récessifs, comme celui de l'hémophilie).

Sommaire

Histoire du terme eugénisme

La signification du terme eugénisme a évolué depuis sa première utilisation. Le terme eugénisme est dérivé du terme eugénique. Le terme (the eugenics) a été popularisé par le psychologue et physiologiste anglais, Francis Galton, cousin de Charles Darwin. Avant l'utilisation du terme eugenics, F. Galton a également utilisé le terme viriculture.

En 1883, Francis Galton (ne connaissant pas les travaux de Gregor Mendel sur la transmission des caractères héréditaires) écrivit un ouvrage utilisant pour la première fois le terme the eugenics. À l'époque, Galton ne distinguait pas entre

Cette absence de séparation nette entre aspect génétique et aspect social ne s'est dissipée que progressivement. En 1936, J. Huxley définit l'eugénique comme l'ensemble des méthodes visant à améliorer les races humaines. Son objectif est de compenser sur le long terme l'effet antisélectif des systèmes sociaux comme politiques des pays développés. À cette époque, le terme d'eugénique semble avoir eu une définition beaucoup plus sociale que génétique.

Le principe initial défini par Galton était directement en rapport avec l'enseignement et les travaux de Darwin, lui-même très influencé par Malthus. Les mécanismes de la sélection naturelle sont contrecarrés par la civilisation humaine. En effet, un des objectifs de la civilisation est d'une certaine façon d'aider les défavorisés, donc de s'opposer à la sélection naturelle qui entraînerait la disparition des plus faibles. Mathématiquement et si les conditions de survie restent identiques entre toutes les époques (c'est ce point qui est largement contestable), la perte d'efficacité liée à la protection de la civilisation pourrait entrainer une augmentation progressive du nombre d'individus inadaptés. Les partisans de l'eugénisme ont donc proposé des compensations de ces effets au sein des sociétés dites évoluées.

Les principes de l'eugénisme sont posés sur cette conception de base - compenser la perte des mécanismes de sélection naturelle -; cette conception a inspiré plusieurs philosophies, théories et pratiques sociales.

Un humaniste comme Jean Rostand a mis en garde dans son ouvrages Pensées d'un biologiste contre le fait qu'une société qui prendrait sérieusement en mains la question de l'eugénisme pourrait bien s'assurer un avantage décisif sur les autres. C'est d'ailleurs ce qu'ont plus ou moins visé jadis les familles royales, et plus généralement les classes dominantes de toutes les nations à toutes les époques; et qui a encore lieu aujourd'hui.

Interprétations de l'eugénisme

La conception darwinienne n'a pas été reçue de la même façon dans tous les pays. Ainsi la France, par exemple, est restée longtemps réticente aux idées darwiniennes car marquée par le lamarckisme et influencée par la position de l'Église Catholique.

La théorie de Lamarck est réfutée depuis la découverte de la génétique. Il est cependant intéressant de la rappeler:

De bonnes intentions, des moyens discutables, un but incertain

Selon ses défenseurs l'eugénisme visait à assurer une humanité plus adaptée, donc en principe plus heureuse. Ce n'est donc pas sa fin en elle-même qui a été criticable, mais bien souvent les moyens choisis. Si le diabète, l'hémophilie et d'autres maladies héréditaires venaient être être éliminées par thérapie génique, tout le monde en serait ravi ; cette forme d'eugénisme ne pose pas les difficultés de sa variante du XIXe siècle et du XXe siècle.

Nous avons vu plus haut que les moyens utilisés avaient en revanche dépassé les bornes autorisées par nos propres valeurs.

Mais quid de l'orientation à choisir, même par des moyens licites ?

Et dans les deux cas en moins de six générations.

"Nous devons éviter que nos buts deviennent pour nos enfants leurs prisons", disait Myron Tribus (« We should ensure that our goals do not become their gaols). Bien plus que les moyens employés, qui peuvent dans certains cas être irréprochables, c'est probablement là que se trouve la principale impasse de l'eugénisme, dès lors que celui-ci s'attache à autre chose qu'à la simple élimination - en observant une stricte éthique - des maladies héréditaires. Et encore, qui peut savoir si dans certains cas particuliers ce qui est considéré comme une maladie aujourd'hui ne deviendra pas un facteur de survie demain ? Que l'on repense par exemple à la célèbre mutation noire d'un papillon blanc, handicap qui se révéla brusquement atout lors de la révolution industrielle du XIXe siècle.

Position de pays tels que la France ou l'Union Soviétique sur l'eugénisme

Droit français

La question de l'eugénisme est traité par le code pénal:

À l'Assemblée nationale, le scrutin n°167 sur l’ensemble du projet de loi relatif à la bioéthique, a été adopté avec modifications en deuxième lecture séance du mardi 8 juin 2004 (310 votants, 304 suffrages exprimés, 187 pour, 117 contre).

Position des pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques

Stérilisations forcées en Suède et aux États-Unis pendant l'entre-deux-guerres.

Position de l'Église Catholique

Le cas de l'eugénisme nazi

Jusqu'en 1933, l'eugénisme était considérée comme une technique de l'arsenal scientifique. Il s'agissait d'améliorer telle ou telles souches humaines à travers le contrôle de la reproduction. À travers l'eugénisme, les scientifiques espéraient éliminer les pathologies héréditaires (on parle d'eugénisme médical) ainsi que les déviances sociales qui pourraient avoir une origine héréditaire, par exemple la criminalité là où celle-ci se révèlerait congénitale.

Une politique eugéniste particulière propre à l'Allemagne nazie s'est mise en place dès 1933. Elle consistait

L'Allemagne a cherché à lutter contre l'avortement pour les femmes considérées comme supérieures, alors que dans le même temps la circulaire secrète de 1934 autorisait l'avortement pour les femmes devant être ultérieurement stérilisées. Le décret secret de 1940 a été plus loin en rendant obligatoire l'avortement pour les femmes « inférieures ». Cette attitude est proche de celle d'autres pays poussant aujourd'hui leurs « femmes inférieures » (en entendant par là celles des classes modestes!) vers l'avortement en ne leur donnant pas accès à un moyen d'élever correctement leurs enfants.

Un autre exemple est celui de l'homosexualité, considérée par cette mouvance comme une maladie. L'Allemagne eugéniste proposait aux homosexuels le choix entre la castration volontaire ou la mise en camps de concentration. En 1952, l'Angleterre ne traita pas beaucoup mieux le mathématicien Alan Turing

Avant même l'arrivée d'Hitler au pouvoir, une majorité de scientifiques et d'hommes politiques étaient favorables à l'eugénisme. La loi de 1934 portant sur la stérilisation eugénique s'est mise en place à l'aide de la participation active du docteur Gütt (médecin haut fonctionnaire), de Falk Ruttke (juriste) et Ernst Rüdin (psychiatre génétique suisse). Cette loi impose la stérilisation obligatoire pour les malades atteint de neuf maladies considérées comme héréditaires ou congénitales (cécité, alcoolémie, schizophrénie...). On estime que 400 000 Allemands ont été stérilisés entre 1934 et 1945. Ces stérilisations ont fait l'objet d'un quasi consensus dans la communauté médicale allemande.
D'autres pratiques, hors cadre légal, ont été utilisées pour éliminer les personnes indésirables, camps de concentration pour les alcooliques, criminels, délinquants, asociaux divers, castration des criminels sexuels et homosexuels, stérilisation des enfants métis nés de mères allemandes et pères africains, nord africains, indochinois de l'armée d'occupation française, extermination des tziganes et des juifs.

L'eugénisme allemand et ses variantes suédoise et étatsunienne n'étaient pas des actes isolés de pervers, mais au contraire le résultat d'un processus d'élimination systématique, basé sur des techniques scientifiques, et organisé par l'administration.

Il est également intéressant de noter que cette forme d'eugénisme avait remis en avant une notion déjà considérée mythique : celle de « race aryenne » ; les anthropologues de l'époque parlaient plutôt de race nordique ou de race alpine.

Quelques positions

Platon

Platon, dans « La République », décrit une politique destinée à éviter qu’une union se fasse au hasard dans la cité.

« Former des unions au hasard (…) serait une impiété dans une cité heureuse. (…) Il est donc évident qu'après cela nous ferons des mariages aussi sains qu'il sera en notre pouvoir ; or les plus sains seront aussi les plus avantageux. (...)

Quant aux jeunes gens qui se seront signalés à la guerre ou ailleurs, nous leur accorderons, entre autres privilèges et récompenses, une plus large liberté de s'unir aux femmes »

Aristote

« Passons au problème des enfants qui, à leur naissance, doivent être ou exposés [= sacrifiés] ou élevés : qu’une loi défende d’élever aucun enfant difforme. Mais, dans les cas d’accroissement excessif des naissances (comme le niveau des mœurs s’oppose à l’exposition de tout nouveau-né), une limite numérique doit dès lors être fixée à la procréation, et si des couples deviennent féconds au-delà de la limite légale, l’avortement sera pratiqué avant que vie et sensibilité surviennent dans l’embryon. »

Charles Darwin

« Nous autres hommes civilisés, au contraire [des sauvages], faisons tout notre possible pour mettre un frein au processus de l’élimination ; nous construisons des asiles pour les idiots, les estropiés et les malades ; nous instituons des lois sur les pauvres ; et nos médecins déploient toute leur habileté pour conserver la vie de chacun jusqu’au dernier moment. […] Ainsi, les membres faibles des sociétés civilisées propagent leur nature. Il n’est personne qui, s’étant occupé de la reproduction des animaux domestiques, doutera que cela doive être hautement nuisible pour la race de l’homme […].

Nous devons par conséquent supporter les effets indubitablement mauvais de la survie des plus faibles et de la propagation de leur nature ; mais il apparaît ici qu’il y a au moins un frein à cette action régulière, à savoir que les membres faibles et inférieurs de la société ne se marient pas aussi librement que les sains ; et ce frein pourrait être indéfiniment renforcé par l’abstention du mariage des faibles de corps et d’esprit, bien que cela soit plus à espérer qu’à attendre »

Friedrich Nietzsche

« Nous recherchons ceux dont l’existence nous est une joie et nous les encourageons, alors que nous fuyons les autres – voilà la vraie moralité ! Faire disparaître les geignards les contrefaits les dégénérés, telle doit être la tendance ! Ne pas conserver à tout prix ! Quelque soit la beauté des sentiments de clémence envers les gens indignes de nous, ou de l’aide apportée aux mauvais et aux faibles – (...) Nous dégénérons nous-mêmes à la vue et au contact du laid : jetons les digues ! Abaissons-le au niveau de l’utilisable ! ou chose du même ordre. »

Jean Rostand

Le biologiste et humaniste Jean Rostand a pris clairement, et à plusieurs reprises, position en faveur d'un eugénisme positif dans ses déclarations comme dans ses livres. Pour lui, le premier pays qui se préoccuperait sérieusement de la question prendrait sur les autres une avance décisive.

Il tempéra cependant ce propos en rappelant également quelques vérités d'importance :

Boris Vian

Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian écrivit un roman semé d'humour sur le thème de l'eugénisme : « Et on tuera tous les affreux ». L'épilogue en est tout à fait inattendu.

James Watson

« Et si nous pouvions un jour améliorer ces gènes afin de mettre un terme à la mesquinerie et à la violence, en quoi notre humanité s’en trouverait-elle diminuée ? Le slogan promotionnel que les créateurs de Bienvenue à Gattaca (film) avaient imaginé reprenait un des préjugés les plus profondément enracinés à l’encontre du savoir génétique : ‘Il n’y a pas de gènes pour l’esprit humain’. Le fait que tant de gens persistent à souhaiter qu’il en soit ainsi témoigne d’un aveuglement dangereux. Si la vérité que l’ADN a révélée pouvait être acceptée sans crainte, nous n’aurions plus lieu de désespérer du sort de ceux qui viendront. »

Stephen Hawking

« Il n’y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l’ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j’ai quelques doutes sur la possibilité d’y parvenir. L’ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu’un essaiera de l’appliquer aux hommes. À moins d’avoir un ordre mondial totalitaire, quelqu’un forgera des humains améliorés quelque part».


Bibliographie

Voir aussi

arrêt Perruche, homme amélioré, néo-malthusianisme



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