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Guerre civile de Côte d'Ivoire

La guerre civile de Côte d'Ivoire a commencé le 19 septembre 2002, et a repris en novembre 2004.

Sommaire

Forces en présence

Il existe trois grandes forces armées :

Origine du conflit

Le règne de Félix Houphouët-Boigny

Sous le règne de Félix Houphouët-Boigny (de 1960, jusqu'à sa mort en 1993), la Côte d'Ivoire est un pays très bien intégré dans le commerce mondial. Les principales recettes de l'État viennent de l'exportation des matières premières, comme le cacao (la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial), le café, le coton, mais également le gaz naturel.

Ce commerce vers l'extérieur a permis au pays de se développer et de permettre aux citoyens d'avoir un bon niveau de vie. Ce paradis économique et social, dans une Afrique pauvre, attire de nombreuses immigrants des pays voisins. C'est ainsi que notamment, les Burkinabés et les Guinéens s'établirent en masse dans le nord du pays pour travailler comme main-d'oeuvres dans les plantations.

A la mort de Houphouët-Boigny, le pays entra dans une crise multiforme. Ses successeurs n'avaient pas son aura, et ne surent pas faire face aux difficultés économiques dues pour une grande part à la dégradation des termes de l'échange entre pays du Tiers-Monde et pays développés.

Le concept d'ivoirité et son application politique

Dès 1993, Laurent Gbagbo, demande une révision du Code électoral pour ne permettre qu'aux Ivoiriens de souche de pouvoir voter et surtout, se présenter.

Le 8 décembre 1994, une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté.

Le 26 août 1995, Henri Konan Bédié, alors président depuis la mort d'Houphouët-Boigny, introduit le concept d'ivoirité. Selon lui, ce concept permet à la Côte d'Ivoire de mieux préserver son identité. En réalité, cela lui permet d'évincer son principal rival, Alassane Ouattara, d'origine burkinabée.

Ce rejet d'Alassane Ouattara s'appuyait sur le rejet ancien du dioula, l'homme du nord pour les Ivoiriens de la côte et du centre. À une différence ethnique, s'ajoute en effet une différence de religion : les Ivoiriens du nord, musulmans, sont soupçonnés d'être de mauvais Ivoiriens, et sont donc rejetés par les Ivoiriens du sud, chrétiens. Mais il aboutit à un sentiment d'exclusion des populations du nord, notamment les Malinkés, dont les patronymes ont le plus facilement une consonance étrangère. Ceux qui, ayant un tel nom et ne peuvent prouver leur nationalité, n'obtiennent que des cartes d'identité provisoires, et ne peuvent avoir de certificat de nationalité.

L'ivoirité permet également de reporter les raisons de la crise économique que connaît la Côte d'Ivoire sur les étrangers. Ainsi, l'ivoirité devient rapidement un concept xénophobe, qui consiste à rejeter tous les maux sur les étrangers, (en 1998, ils représentent 26 % de la population, les hommes politiques ivoiriens gonflant ce chiffre jusqu'à 40 %) et qui « volent » le travail des ivoiriens.

Le 22 octobre 1995, contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour suprême ou on boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire avec 96,44 % des voix. Fort de son succès, il effectue en 1998, une réforme de la propriété foncière. Avec cette réforme, seul les Ivoiriens de souche peuvent détenir des terres. Des milliers de paysans d'origine burkinabé et d'autres pays frontaliers, se retrouvent expulsés de leurs terres.

Le 24 décembre 1999, Henri Konan Bédié est renversé par l'armée, non pas à cause du concept d'ivoirité, mais pour une réforme de la Constitution, qui lui aurait permis de se présenter jusqu'à l'âge de 75 ans. L'ivoirité reste un concept tout à fait acceptable.

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir jusqu'à la tenue de nouvelles élections, l'ivoirité reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine douteuse ». C'est dans ces conditions que le 23 juillet 2000, une nouvelle Constitution est votée par référendum. Elle stipule que seul les Ivoiriens nés de parents ivoiriens puissent se présenter à une élection présidentielle. Une vaste "politique d'identification", destiné à définir la véritable citoyenté des Ivoiriens, est effectuée. Cette nouvelle Constitution n'empêche pas Alassane Ouattara de se déclarer candidat à l'élection présidentielle.

Dégradation du climat politique

Après trois décennies de dictature, le coup d'État du général Robert Guéï fut légitimé par la reconnaissance du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des Républicains (RDR) d'Alassane Ouattara. Dès lors, tout était permis pour prendre le pouvoir.

Les candidats du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) et du RDR à la présidence en 2000 furent éliminés par la Cour suprême, bien que remplissant toutes les conditions requises. Dès lors, la vie publique fut le théâtre de violences verbales et de plus en plus, physiques. Les responsables politiques attisèrent cet état de fait, provoquant des antagonismes de plus en plus graves et aggravant les rancœurs.

Le 22 octobre, Robert Gueï s'auto-proclame président de la république, ce qui déclenche d'importantes manifestations de la population, bientôt suivie par l'armée. Finalement, le 26 octobre, c'est Laurent Gbagbo qui est élu président, sur décision de la Commission électorale, le 26 octobre.

Suite aux manifestations, on découvre un charnier de 57 cadavres à Yopougon, près d'Abidjan.

L'approche des élections législatives est source de nouvelles tensions, c'est dans ces conditions que Laurent Gbagbo décrète l'état d'urgence le 4 décembre. Le 10 décembre, aux élections législatives, le FPI remporte 91 sièges sur 225, le PDCI de son côté en remporte 70, le RDR pour sa part a décidé de boycotter les élections.

La guerre civile

La rébellion

Les populations du nord entrent en rébellion le 19 septembre 2002. Leur principale revendication porte sur la nationalité ivoirienne, le droit de vote et leur représentation à Abidjan. Le concept d'ivoirité est tout ce qui en découlent est directement mis en cause par les rebelles.

Parallèlement, un coup d'État avorté a lieu à Abidjan, ce qui indique bien que l'on est pas dans une crise tribale (avec sécession), mais bien dans une crise de transition d'une dictature à une démocratie, avec les heurts inhérents à la définition de la citoyenneté.

Tout de suite, les rebelles sont bien armés, de façon possible par le Burkina Faso. La rebellion est préparée et entraînée au Burkina Faso par des militaires ivoiriens proches du général Guéï. Guillaume Soro, leader du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), parti principal des rebelles, est issu du syndicat étudiant proche du FPI de Gbagbo, mais a aussi été suppléant d'une candidate RDR aux élections législatives de 2000. Louis Dacoury Tabley a également été un des dirigeants du FPI.

Certains des militaires des Forcse armées nationales de Côte d'Ivoire, limogés début septembre par Laurent Gbagbo sur le critère de leur ivoirité, rejoignent la rébellion. Les rebelles progressent rapidement vers le sud et prennent le pouvoir dans le nord du pays, et se dirigent vers Abidjan, avec l'intention de renverser Laurent Gbagbo.

Intervention de la France

La France considère que les rebelles s'insurgent contre une humiliation. Cette humiliation serait liée au fait que le nord est désertique, alors que le sud est plus riche, car fertile et côtier. La discrimination ethnique et religieuse est également un facteur de rébellion. La notion d'ivoirité cristalisant le problème.

Pour Laurent Gbagbo, il s'agit de déserteurs de l'armée, soutenus par une ingérence du Burkina Faso, qui souhaite déstabiliser la région.

La principale différence d'interprétation porte sur la reconnaissance d'une cause juste à défendre. La conséquence en est que Paris souhaite la réconciliation, quand le gouvernement Côte d'Ivoire souhaite une répression militaire.

La France intervient le 22 septembre, pour protéger ses ressortissants et les occidentaux (quelques agents étatsuniens protégeant leurs propres ressortissants). Paris envoi alors 2500 militaires et demande à la CEDEAO d'envoyer des casques blancs, de manière à internationaliser la gestion de la crise.

Le 17 octobre, un cessez-le-feu est signé.

Le 28 novembre, le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le contrôle des villes de Man et Danané, dans l'ouest. La France pousse à la négociation, alors que rebelles et Gbagbo ne pensaient qu'à en découdre.

Les raisons de l'intervention française

Plusieurs raisons ont poussé la France à intervenir :

Toutes ces raison ont poussé la France à intervenir, mais elle fut très vite accusée de vouloir uniquement protéger ses intérêts et d'avoir des visées colonialistes.

Les accords Kléber (dits de Marcoussis)

Pour tenter un rapprochement, les parties en conflits sont invités par la France, à Linas-Marcoussis, à trouvé un compromis pour sortir de la crise. Le 26 janvier 2003, les accords Kléber (dits de Marcoussis), sont signés et prévoient que :

Dès le 4 février, des manifestations anti-françaises ont lieu à Abidjan, en soutien à Laurent Gbagbo, qui estime avoir eu la main forcée. La fin de la guerre civile est proclamée le 4 juillet. Une tentative de putsch, organisée depuis la France par Ibrahim Coulibaly, est déjouée le 25 août par les services secrets français.

L'ONU autorise la formation de l'ONUCI le 27 février 2004, qui regroupe les forces françaises et de la CEDEAO.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement, étant en désaccord avec le FPI (parti de Laurent Gbagbo) sur des nominations au sein d'administrations et d'entreprises publiques.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de Marcoussis, alors que les manifestations sont interdites par décret depuis le 18, est réprimée par les forces armées : il y a 37 morts selon le gouvernement, entre 300 et 500 selon le PDCI d'Henri Konan Bédié. Cette répression provoque le retrait de plusieurs partis d'opposition du gouvernement. Le rapport de l'ONU du 3 mai révèle l'implication des hautes autorités de l'État ivoirien et estime le bilan à au moins 120 morts.

Le gouvernement de réconciliation nationale, composé de 44 membres à l'origine, est réduit à 15 après le limogeage de 3 ministres, dont Guillaume Soro, chef politique des rebelles, le 6 mai. Cela entraîne la suspension de la participation au gouvernement d'union nationale de la plupart des mouvements politiques.

La France est dès lors dans une situation de plus en plus inconfortable, accusée par les deux camps de favoriser l'autre :

Le 25 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat gouvernemental près de Yamoussoukro.

En juillet, un sommet à Accra au Ghana rassemblé par l'ONU relance le processus de paix en donnant un nouveau calendrier.

Les exactions et crimes commis dans le nord

Bien que le nord de la Côte d'Ivoire soit considéré par les rebelles comme libéré, de nombreuses exactions ont été commises un peu partout. Plusieurs charniers et fosses communes ont été trouvé par l'ONU et des organisations non gouvernementales comme Amnesty International.

Parallèlement à cela, plusieurs pillages sont commis dans plusieurs succursales de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Il est à noter que plusieurs militaires français de l'Opération Licorne sont arrêtés pour avoir profité des attaques pour voler des sacs remplis de billets.

La reprise des combats

Le "chronogramme" des accords d'Accra n'est pas respecté. Les projets de lois prévus dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale. Les conditions d'éligibilité pour le scrutin présidentiel ne sont pas revues, car Laurent Gbagbo prétend choisir une procédure référendaire et non la voie des ordonnances, suggérée à Accra. Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces modifications constitutionnelles ne s'engage pas à la mi-octobre.

Des soldats de l'ONU ouvrent le feu sur des manifestants défavorables au désarmement des rebelles le 11 octobre. Les rebelles, qui ont pris le nom de Forces nouvelles (FN), annoncent, le 13 octobre, leur refus de se laisser désarmer face aux achats massif d'armes des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI). Elles ont en effet intercepté deux camions des FANCI plein d'armes lourdes faisant route vers la ligne de démarcation. Le 28 octobre, elles décrètent l'état d'urgence dans le nord du pays.

Le 4 novembre, l'aviation toute récente des FANCI commence des bombardements sur Bouaké. Des combats opposent les forces terrestres les jours suivants.

Le 6 novembre, l'aviation gouvernementale fait neuf morts et 39 blessés parmi les soldats français basés à Bouaké (2e RIMA, RICM, 505e régiment du train) et un civil étatsunien. Les forces françaises ont riposté en détruisant les deux Sukhoï sur la base de Yamoussoukro, 15 minutes après l'attaque.

Jacques Chirac donne l'ordre de riposter en détruisant également tout les moyens aériens militaire ivoiriens. Cette action a pour objectif d'empêcher toute nouvelle attaque des FANCI contre les rebelles, ce qui est contraire aux Accords de Marcoussis et également d'empêcher toute nouvelle attaque contre les positions françaises.

Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France de manière à établir un pont aérien.

Dans le même temps, les Jeunes patriotes d'Abidjan (voir Politique de la Côte d'Ivoire pour plus de détails sur les Jeunes patriotes), attisés par les médias d'État (radio, télé, mais aussi des journaux comme Le Courrier d'Abidjan ou Notre Voie), ont alors pillé de nombreux biens immobiliers de ressortissants français ou assimilés. Des viols, des passages à tabac ont été recensés, peut-être même des meurtres dans les jours qui suivirent. Les militaires français, assiégés par la foule, ont ouvert le feu sur elle (déclaration du chef-d'état-major Bentégeat, le soir du 7 novembre).

Plusieurs centaines d'Occidentaux, principalement des Français, se réfugient sur les toits de leurs immeubles pour échapper à la foule, ils sont alors évacués par des hélicoptères de l'armée française.

La France envoie en renfort 600 hommes venant du Gabon et de la France.

Développements récents

À partir de la semaine du lundi 8 novembre, certains expatriés occidentaux (Français principalement, mais aussi Marocains, Allemands, Espagnols, Britanniques, Néerlandais, Canadiens, et Étatsuniens) en Côte d'Ivoire choisissent de partir, pour certains définitivement. Ces départs font suite aux pillages, exécutions sommaires, viols, et menaces, subis par ceux-ci de la part des Jeunes patriotes, qui exposent explicitement leur idéologie xénophobe et raciste.

Le 13 novembre, le président de l'Assemblée nationale Mamadou Coulibaly (FPI), déclare que le gouvernement ivoirien ne porte aucune responsabilité dans le bombardement du samedi précédent (le 6), et annonce l'intention de porter plainte devant la Cour internationale de Justice :

Le même jour, dans un entretien accordé au Washington Post, Laurent Gbagbo remet en cause l'existence même des morts français. Enfin, le matin du 13, 2600 expatriés français étaient revenus en France, ainsi que 1600 expatriés européens. Au 17 novembre, ce chiffre étaient de 8332 pour les Français (sur les 14 000 présents début novembre). Les opérations d'évacuation ont couté environ cinq millions d'euros.

À la menace de plainte de Mamadou Coulibaly, répond une plainte officielle déposée en France par l'association Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d'Ouvéa pour « homicides volontaires avec préméditation et blessures volontaires avec armes et en réunion » contre Laurent Gbagbo, le colonel Philippe Mangou, commandant de l'opération de bombardement et depuis promu chef d'état-major des FANCI, ainsi que les pilotes des Sukhoi-25

Le 15 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du nord ou forces gouvernementales. Plusieurs pays africains ont rendu plus sévère cette interdiction.

Impact économique des départs des étrangers

Bien que la Côté d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, le départ de plusieurs milliers d'étrangers de Côte d'Ivoire et la fermeture de leurs entreprises, risque de priver le pays de nombreuses recettes fiscales.

Jean-Louis Billon (président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire) lors d'un entretien sur la radio de l'ONUCI déclare que "les entreprises ivoiriennes sont touchées" et le départ de plusieurs entreprises détenues par des étrangers risque d'avoir des impacts importants sur l'économie et le chômage en Côte d'Ivoire.

Citations

"On ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens, dit la sagesse populaire, mais on ne reste dans l'ambiguïté qu'à ses propres risques."

"Les Burkinabè vivent en ce moment en Côte d'Ivoire ce qu'aucun Africain ne vit en Europe. », déclaration du président sénégalais Abdoulaye Wade, au début de la guerre civile en septembre 2002

Voir aussi

Lien externe




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