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Fachoda, aujourd'hui Kodok est une ville du Soudan,
située sur la rive droite du Nil Blanc. Elle est restée célèbre sous ce nom pour un incident
anglo-français den 1898 qui faillit déboucher sur une guerre.
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L'Afrique, principal champ de l'expansion coloniale européenne du XIXe siècle, était le théâtre d'une concurrence entre les États européens. Alors que la France envisageait une conquête territoriale suivant un axe est-ouest de Dakar à Djibouti, le Royaume-Uni visait la constitution d'une continuité territoriale entre Le Caire et Le Cap, c'est-à-dire suivant un axe nord-sud. La croisée de ces deux axes donna lieu à la confrontation de Fachoda, en 1898. Fachoda était une ancienne garnison égyptienne qui avait été abandonnée en 1884, c'est donc une ville en ruine que se disputèrent les puissances européennes. Mais elle représentaient la principale place de tout le Bahr-al-Ghazal, immense territoire d'une superficie équivalente à celle de la France.
En 1897, le capitaine Jean-Baptiste Marchand partit de la côte atlantique de l'Afrique pour une expédition vers l'Est, à travers la forêt tropicale avec 13 officiers et sous-officiers blancs, 150 tirailleurs sénégalais et plusieurs milliers de porteurs. Deux autres expéditions devaient le rejoindre depuis l'Éthiopie mais subirent différentes vicissitudes qui les en empêchèrent. Cependant deux membres de l'une d'entre elles se trouvèrent à Fachoda en compagnie du Négus d'Éthiopie 40 jours avant l'arrivée de Marchand et y plantèrent même le drapeau français, drapeau que ne découvrit pas Marchand. Marchand parvint donc sur le Nil en juillet 1898 et il occupa Fachoda le 13 juillet. Le 25 août un combat les opposa à 3.000 derviches madhistes montés sur deux steamers le Safieh et le Tewfikieh.
Une expédition belge commandée par le baron Francis Thanis était également parti de Stanleyville au Congo belge vers Fachoda en septembre 1896 avec 5.000 fantassins indigènes et 37 canons. Elle atteignit le lac Albert en février 1897. Cependant l'avant-garde ne tarda pas à se rebeller en avril et ses hommes, de l'ethnie cannibale des Tetela se retournèrent contre leurs officiers puis le 18 mars attaquèrent le gros de la colonne dont les hommes se rangèrent du côté de leurs congénères. Les Belges mirent trois années à réprimer cette révolte, ce qui les mit hors de la course.
Les deux protagonistes avaient profité d'un apparent désintérêt anglais pour le Soudan. Les Britanniques défendaient les intérêts égyptiens mais avaient perdu le Soudan depuis la révolte madhiste et la mort du général Gordon à Khartoum le 26 janvier 1885.
À la même époque une armée britannique de 20 000 hommes, sous les ordres de Lord Kitchener remontait le Nil pour affronter l'armée mahdiste. Partie le 18 mars 1896 la force britannique - qui faisait construire une ligne ferroviaire sur son trajet -, atteignit la capitale soudanaise, Omdurman le 30 août 1898 au terme d'une longue campagne, et, le 2 septembre, vainquit les 45.000 derviches à la bataille d'Omdurman. Quelques jours après les Anglais capturaient le Tewfikieh qui revenait de Fachoda et leur apprit la présence d'Européens. Le 18 septembre, Kitchener parvenait dans la ville, rencontrait Marchand pour protester au nom du khédive. Kitchener plaça la région sous la loi martiale en attendant une décision diplomatique.
Paris, sous le gouvernement de Henri Brisson (sous la présidence de Félix Faure), reçut aussitôt un ultimatum de Londres lui intimant de faire se retirer la colonne Marchand. La France était alors en pleine Affaire Dreyfus, dont l'une des thématiques était la trahison nationale, et l'opinion publique appela à en découdre avec l'ennemi héréditaire. De son côté l'opinion anglaise acceptait mal qu'une poignée de Français s'attribuent les bénéfices de la défaite des mahdistes acquise par l'Angleterre.
Le rapport de force était trop inégal et Théophile Delcassé, le ministre des Affaires étrangères, visait avant tout à reprendre un jour l'Alsace et la Lorraine aux Allemands : il lui fallait obtenir une alliance avec le Royaume-Uni. Par conséquent, il donna le 10 novembre l'ordre à Marchand de se retirer pour des « raisons sanitaires », alors même que l'opinion publique commençait à se désintéresser de l'Afrique pour porter toute son attention sur l'Affaire Dreyfus. Le 11 décembre 1898, le drapeau égyptien flottait sur Fachoda.
Un accord signé entre les deux pays en 1899 confirma le renoncement de la France à toute ambition sur la vallée du Nil.
Les historiens considèrent généralement que cette affaire permit le rapprochement politique de la France et l'Angleterre, qui aboutit à l'Entente Cordiale le 8 avril 1904.


