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François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis (22 mai 1715 à Saint-Marcel d'Ardèche–12 brumaire an III, i.e. 3 novembre 1794), homme d'Église et diplomate.
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Né dans une famille de noblesse ancienne mais pauvre, il fit ses études au collège Louis-le-Grand, à Paris, avant d'entrer au grand séminaire de Saint-Sulpice. Excellent élève, il était également ambitieux et mélancolique. Mgr de Fleury, d'abord son protecteur, se retourna ensuite contre lui et brisa nette sa future carrière ecclésiastique. Bernis écrivit ainsi dans ses Mémoires :
Jusqu'à l'âge de 35 ans, il écrivit et publia de la poésie, ce qui lui valut, de la part de Voltaire, le sobriquet de « Babet la bouquetière », ou encore « Belle Babet ». À 29 ans, en 1744, il entra à l'Académie française.
Ses vers galants lui valurent prestige et amis. C'est ainsi qu'il rencontra, par l'intermédiaire de Mme d'Estrades, cousine de Mme Le Normand, marquise de Pompadour. Cette amitié le tira de la pauvreté et lui valut une pension royale de 1500 livres, ainsi qu'un appartement aux Tuileries.
En 1752 demanda une ambassade. Le roi lui proposa la Pologne, il refusa, on lui accorda Venise. La Sérénissime n’était plus alors un poste important, la ville brillait surtout par ses courtisanes et son carnaval. Bernis fit semblant de le croire, sans être dupe : « Je n'étais guère à craindre à Venise, et tout ce qui pouvait m'y arriver de pis, c'était d'y être oublié. ».
Il menait grand train de maison, son cuisinier était fameux, toute l’Europe passa à Venise pour s’y divertir, tout ce qui comptait était invité chez l’ambassadeur de France. Certes, Bernis toute sa vie aima mener une vie de plaisir, mais il y entrait aussi du délibéré :
Il s’informait, entretenait des agents doubles ou triples, sa faveur crût. Quand il fut rappelé à Versailles en 1755, on songeait à lui pour l'ambassade d'Espagne, poste prestigieux.
Bien qu'il eut formulé des réserves à ce sujet, il fut chargé de négocier avec le comte de Staremberg le retournement d'alliances entre le Frédéric II de Prusse et l'impératrice d'Autriche. Choiseul fut désigné ambassadeur à Vienne, il y consentit à condition que l'on nommât Bernis ministre des Affaires Étrangères. La suggestion pouvait paraître amicale, elle était sournoise : un tel ministère dans une telle période, c’était une nasse, c’était se perdre. En 1757, il entra donc au conseil du Roi. Il collectionna les faveurs : abbaye des Trois-Fontaines de l'ordre de Cîteaux, membre de l'ordre du Saint-Esprit. Il jouit alors de 40 000 livres de rente.
Le traité de Versailles fut signé en 1756, il conduisit à la guerre de Sept Ans. Le destin des armes se révéla catastrophique. On renvoyait des ministres, Bernis s’offrit à démêler cette crise : il demanda le fauteuil de Premier ministre, le roi refusa ; Bernis demande alors le chapeau de cardinal, afin d'être, au moins sur le plan de l'étiquette, le premier des ministres. Le roi accepta le marché. Bernis parut parvenir, lui le pacifique, le conciliateur, au sommet du pouvoir. Quinze jours plus tard, il reçut une lettre de cachet du Roi, lui enjoignant de rendre sous deux jours dans sa résidence de Vic-sur-Aisne et de n’en plus sortir. C’était l’exil.
Il prononça enfin ses vœux, planta des vignes, traça des routes, s'occupa à ses charités et se révéla un excellent administrateur. Il put encore, grâce à de copieux bénéfices ecclésiastiques, mener grand train.
Le pape Clément XIII mourut bientôt : un conclave fut convoqué, Bernis partit pour Rome. Il était chargé d'une mission : trouver un candidat anti-jésuites. La Compagnie traversait alors une mauvaise passe : elle était interdite au Portugal, en Espagne, en France, le nouveau pape aurait pour tâche de la dissoudre. Bernis trouva un ancien cordelier qui fit l’affaire. En récompense, on le nomme ambassadeur dans la ville éternelle. Il y fit l’élection d’un autre pape, Clément XIV, joua les amphitryons avec volupté, fit travailler le meilleur le cuisinier de la ville (même si la goutte le condamnera aux légumes bouillis), connut la fameuse douceur de vivre d’avant la Révolution.
Il apprit le pillage de son château ancestral en Ardèche, subit la confiscation de ses biens, la destitution (pour avoir refusé la Constitution civile du clergé) et il n’eut plus pour vivre que la pension que lui versa la cour d’Espagne. Il mourut en proscrit dans la Ville éternelle.
Bernis est resté fameux pour ses Mémoires, écrits dans le style plaisant de l'époque, où il conte les aventures de sa vie, dénonçant ses ennemis comme Mgr de Fleury et restant fidèle à ses amitiés, par exemple avec Mme de Pompadour. Il s'y montre plus vertueux qu'il ne l'est : affirme ainsi avoir toujours répugné à la débauche, ce que le témoignage de ses contemporains, comme Casanova, ne confirme pas vraiment.
« Si je préfère aller au ciel pour le climat, je préfèrerais l’enfer pour sa fréquentation. »


