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Génocide au Rwanda : Les événements initiaux

Sommaire

La semaine qui a suivi l'attentat

Les premiers jours du génocide ont été marqués par une suite d'événements significatifs et déterminants. Ceux qui ont auscultés ces premiers jours s'accordent pour dire que le Colonel Bagosora, directeur de cabinet au ministère de la Défense, qui avait autorité sur la Garde présidentielle, s'affirmera comme le chef d'orchestre des évênements rwandais.

Déclenchement des premiers massacres dès l'aube du 7 avril 1994

En quelques heures la garde présidentielle et les milices interahamwe entrent en action dans Kigali et dans certaines régions du Rwanda, notamment dans le Nord-Ouest. Même si l'événement de l'attentat n'était bien évidemment pas connu à l'avance, il semble que pour tous les Rwandais, de tout bord, il ait constitué un signal fort et unanime. Ceux qui allaient tuer savaient ce qu'ils avaient à faire, ceux qui étaient des Tutsi, ou des responsables hutu modérés, comprirent aussitôt qu'ils seraient attaqués.

Assassinat de Madame Agathe Uwilingiyimana, premier ministre et des principaux responsables Hutu modérés

Dans la nuit du 6 au 7 avril l'état-major des FAR et celui de la gendarmerie, menés par le Colonel Bagosora, s'affrontent verbalement avec le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, qui rappelle l'autorité légale du premier ministre pour prendre le contrôle de la situation. Le Colonel Bagosora conteste avec apreté son autorité. Le général Roméo Dallaire décide de donner une escorte de casques bleus à Madame Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin. Le matin la garde présidentielle investit la radio d'État et Madame Uwilingiyimana dut annuler son discours. Au milieu de la journée, elle fut assassinée par la garde présidentielle.
D'autres responsables modérés, favorables aux accords d'Arusha, ont été assassinés rapidement. Ils échouèrent dans l'assinat du premier minstre pressenti par les accords d'Arusha : Faustin Twagiramungu qui pût être mis en sécurité par la MINUAR.

Assassinat de dix casques bleus belges

Les quinze casques bleus devant protéger le premier minsitre, Madame Uwilingiyimana, ont été capturés par la garde présidentielle. Cinq d'entre eux, ghanéens, ont été rapidement libérés. Les dix autres étaient belges et ont été exécutés. Bagosora et son entourage ont ausitôt conseillé au Général Roméo Dallaire qu'il valait mieux que les Belges s'en aille car la radio des mille collines les accusaient d'être les auteurs de l'attentat contre l'avion présidentiel... ce qui expliquait, selon eux, la colère incontrôlable de cette unité. Le général Roméo Dallaire avait été informé dès janvier 1994, par un informateur qu'il nomma « Jean-Pierre », que le plan prévoyait de s'attaquer aux soldats belges pour faire partir la MINUAR, dont ils étaient l'élément majoritaire.

Evacuation des personnels étrangers par la Belgique et la France

La France et la Belgique constituèrent deux opérations militaires d'évacuation qui sont détaillées dans le chapitre sur le rôle de la communauté internationale. La France évacua aussi des dignitaires, des familles de dignitaires du régime Habyarimana et les enfants d'un orphelinat présidentiel.
Ces évacuations furent à l'origine de deux controverses très vives : L'une sur les capacités des forces occidentales de tuer dans l'oeuf le génocide. Des soldats américains étaient aussi présents au Burundi à deux cent kilomètres au sud de Kigali à ce moment là, et d'autres forces occidentales étaient à quelques heures d'avion. Des militaires affirment que toutes ces forces avaient la capacité de prendre le contrôle de Kigali... et d'apporter un soutien décisif à la MINUAR qui était maintenue dans un état de sous équipement lamentable. L'autre controverse concerna le refus net et catégorique, sur le terrain, d'évacuer des Tutsi. La Belgique évacua un très petit nombre de Tutsi qui avaient réussi par des négociations et un certain culot à s'infiltrer dans les populations évacuées.

Constitution du gouvernement intérimaire

Ce gouvernement s'est constitué à partir de l'assassinat de Madame Uwilingiyimana, premier ministre. Son premier ministre fut le premier condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda : Jean Kambanda, qui plaida coupable. Lire les sous-chapitre 14.4 à 14.8 du rapport de l'OUA. Ce gouvernement se caractérisa par la conduite du génocide. La plupart de ses membres ont été jugés ou sont en cours de jugement au TPIR. Il semble qu'il y ait eu une lutte d'influence entre le Colonel Bagosora, qui contrôlait la Garde présidentielle, et l' État-Major des FAR qui souhaitait instaurer un gouvernement civil. Ce gouvernement fut donc le résultat d'un compromis de circonstances et Bagosora, renonçant à un gouvernement militaire, « mit en place », selon les termes du rapport de l'OUA, un gouvernement de civil formés d'adeptes du Hutu Power, courant transversal aux partis politiques, motivé par l'extermination des Tutsi.

Relance de la guerre civile entre les F.A.R. et le F.P.R.

Les accords d'Arusha, conlus en août 1993, avaient permi l'installation dans Kigali de six cent militaires du FPR. Il semble que le FPR ait outrepassé le nombre prévu. La date de la reprise des combats entre le FPR et les FAR a fait l'objet de polémiques diverses, en partie liées à l'attribution des responsabilités dans l'attentat du 6 avril. Le général Quesnot, chef d'état major de l'Elysée au moment du génocide, a soutenu dans son audition devant les députés français, que le FPR s'était immédiatement mis en action après l'attentat. Les députés français, après divers recoupements, n'ont pas retenu cette version et ont fixé la reprise effective des combats par le FPR le 10 avril 1994. Dans son livre, le général Roméo Dallaire parle de provocations dès le 7 avril par les FAR à l'égard du bataillon FPR posté à Kigali.
Quoi qu'il en soit, le FPR a déployé dès les premiers jours du génocide tous ses combattants contre les FAR.

Les responsabilités dans l'attentat du 6 avril 1994

Les responsabilités dans l’attentat du 6 avril 1994 sont aujourd'hui encore mal élucidées. La provenance des missiles qui ont détruit l'avion présidentiel est soumise à controverse, controverse d'autant plus vive que cet évènement est le prélude à l'une des heures les plus noires du continent africain.

Plusieurs hypothèses ont été avancées et ont été examinées par les parlements belges [1] et français [2] et par l'OUA [3] . Les deux plus plausibles accusent l’une les extrémistes hutus, inquiets par l’évolution des négociations avec le FPR, et l’autre le FPR, adversaire politique et militaire du régime en place. Parmi les autres hypothèses examinées, l'une impliquerait des militaires français. D’où semble-t-il le grand intérêt des autorités françaises pour cette question.

Le FPR et le président Paul Kagame ont toujours nié toute implication dans l'attentat, mais une récente enquête française, menée par le juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière, a conclu au contraire (cf. Le Monde du 10 mars 2004 et les jours suivants). Le rapport du juge Bruguière a été commenté par le journal Le Monde, mais n'a pas été publié. L'affaire est donc en suspend.

L'ONU n'a pas fait d'enquête sur cet attentat. Devant le sénat de Belgique, la personne mandatée par l'ONU pour conduire cette enquête, M. Degni-Segui, déclarera n'avoir pu obtenir, ni de la France, ni des FAR, les éléments nécessaires à ce travail. D'autre part le capitaine français Paul Barril prétendit à la télévision française détenir la boite noire de l'avion. Il semble d'après des témoins tels que le Général Roméo Dallaire, que des militaires français se soient rendus auprès des débris de l'appareil aussitôt après l'attentat, bien qu'officiellement seule la garde présidentielle y ait eu accès. La complexité juridique et politique de cette affaire exigeant de nommer une commission d'enquête, l'ONU refusera « faute de budget ».

La « boite noire » de l'avion a fait l'objet d'un épisode médiatique rocambolesque en 2004. Retrouvée à l'ONU sur l'insistance apparemment bien renseignée du journal français Le Monde, une expertise révela qu'elle ne pouvait pas être celle de l'avion d'Habyarimana. De toute façon cette boite devenue mythique ne devrait rien révéler sur les tireurs des missiles.

Voir aussi

Exemple de discours des partisans de la thèse de la responsabilité du FPR dans l'attentat. Ce document se trouve sur le site « www.inshuti.org » considéré comme proche du courant des révisionnistes du génocide au Rwanda et de celui des partisans de l'ancien régime d'Habyarimana.

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