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Génocide au Rwanda : Les causes profondes du génocide

La compréhension du génocide exige cependant d’aller beaucoup plus loin que l’implication de la France, de la Belgique, de la communauté internationale et l’attentat du 6 avril 1994. La plupart des observateurs s’accordent pour dire que si l’attentat a été un détonateur, le génocide aurait probablement de toute façon eu lieu.

Il est très difficile de prétendre expliquer les causes d'un phénomène aussi inaccessible à la raison commune que l'organisation de l'extermination de toute une population en raison de critères acquis par la naissance. Dans son rapport, la mission parlementaire française écrit, (page 292 de sa version PDF): « Cette volonté d'éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l'armée composée uniquement de Hutus. Le Général Jean Varret, ancien chef de la Mission militaire de coopération d’octobre 1990 à avril 1993 a indiqué devant la Mission comment, lors de son arrivée au Rwanda, le Colonel Rwagafilita, lui avait expliqué la question tutsie : “ ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider ”.

Sommaire

L'histoire du Rwanda

L'"ethnisme"

Tutsi, Hutu et Twa ne sont pas des ethnies au sens propre du terme, mais sont des catégories socioprofessionnelles (agriculteurs, éleveurs, potiers). Tous les Rwandais parlent la même langue, ce qui est peu fréquent dans les pays d’Afrique, ont la même foi traditionnelle en un dieu unique, Imana, la même culture, vivent mélangés sur les collines, et se marient parfois entre eux malgré les pressions politiques existant depuis les indépendances. L’ethnisme rwandais ne répond donc pas à des caractéristiques ethnologiques fondées

Un parallèle serait celui d’une France dont le secteur privé et le secteur public, auraient été instrumentalisés à des fins politiques, l’un étant majoritaire et voulant exterminer l’autre, étant entendu que le fait de naître de père fonctionnaire, par exemple, constituerait un motif d'assassinat.

Les Rwandais expliquent, qu'il y avait traditionnellement d'autres références sociales : les clans, qui regroupaient toutes les catégories socioprofressionnelles et faisaient aussi ressortir des clivages régionaux.


L'influence belge et de courants idéologiques occidentaux du début du XXe siècle

L’ethnisme, structuré du temps du colonisateur belge, a été le moteur de cette tragédie. Dans les années vingt, les ethnologues belges analysèrent (mesurèrent les crânes, etc., catégoriseront) des milliers de Rwandais sur des critères raciaux analogues à ceux que les Nazis utiliseront plus tard. C'est toute la science sociale occidentale du début du XXe siècle qui est en cause. En 1931, une identité ethnique est officiellement décrétée et des documents administratifs précisent systématiquement la catégorie « ethnique » de chaque personne, comme on spécifiera l'identité juive quelques années plus tard en Allemagne. Chaque Rwandais portera une carte d'identité ethnique. Les Belges considèreront les Tutsi comme race supérieure et imposeront systématiquement leur autorité sur les Hutu à travers l'administration coloniale et l'accès aux études, engendrant de grandes frustrations chez les autres Rwandais.

On écrivit une histoire du Rwanda qui justifiait l'existence de ces races. (voir Histoire du Rwanda). On ne trouve pour l'instant aucune trace historique, archéologique, ni surtout linguistique dans la langue rwandaise, qui confirme cette histoire officielle. On créa un stéréotype de chaque race, les Tutsi sont grands et minces, les Hutu petits et trapus, etc. En fait comme le remarquent des chercheurs il n'y a pas plus de différence de taille entre les Tutsi et les Hutu qu'entre les classes sociales françaises dans les années cinquante. Le mode d'alimentation expliquerait en grande partie ces différences fréquentes mais pas systématiques : les Tutsi, éleveurs, boivent traditionnellement plus de lait que les Hutu, cultivateurs.

Des observateurs ont aussi vu dans le problème rwandais une réplique induite du conflit linguistique belge. Il est indéniable que les Wallons, qui étaient majoritaires au début au Rwanda, et les Flamands continueront sur le sol Rwandais leurs luttes idéologiques et d'influence. Dans les années 50-60, le basculement du soutien belge aux Tutsi vers un soutien aux Hutu est articulé à la fois sur les demandes Tutsi d'indépendance politique, comme partout en Afrique, et sur le développement de la présence des Flamands au Rwanda qui verront dans les Hutu un peuple opprimé comme eux. (Cela rapelle le Génocide Arménien).

La lecture révolutionnaire de la société rwandaise et une forme de théologie de la libération

La Révolution française a aussi servi de référence dans ce basculement politique entre les Tutsi et les Hutu. Il est édifiant de lire à ce sujet le livre de Dominique Franche : Rwanda. Généalogie d’un génocide

L'Église catholique, belge surtout, plus influente peut être que dans aucun autre pays, avait consacré le Rwanda au « Christ roi ». Le Rwanda fut d'une certaine manière crucifié, comme une justification de cette consécration... même s'il serait hasardeux d'y voir une relation de cause à effet et surtout une préméditation. Mais on ne peut pas abstraire les considérations religieuses dans une analyse du Rwanda, tant ce pays est imprégné de sentiments religieux, et tant la place sociale de l'Église catholique était importante dans les structures politiques, sociales et éducatives de ce pays.

Les autorités de l'Église catholique au Rwanda développeront à la fin des années cinquante une prédication de libération du peuple Hutu opprimé par les Tutsi, à l'instar des discours contre la noblesse française à la fin du XVIIIe siècle. On rappelle fréquemment la Lettre pastorale du 11 février 1959 de Monseigneur Perraudin, qui participa à une justification morale de la chasse aux Tutsi qui apparaitra quelques semaines plus tard.

La transformation de l'ethnisme en guerre civile

Les résonances entre les évênements du Burundi et ceux du Rwanda

Le courant des exilés Tutsi et la création du F.P.R.

Le courant Hutu Power

Une minorité, appelée « HUTU POWER », groupe proche de la famille du président Habyarimana et de celle de son épouse, a animé le gouvernement intérimaire rwandais, constitué dans les jours qui suivirent l’attentat. Ce gouvernement a entraîné dans son action exterminatrice un grand nombre de paysans, instituteurs, médecins, universitaires, commerçants, juges, religieux, bourgmestres, préfets, grâce à une campagne médiatique puissante et efficace pendant environ deux ans et la formation simultanée d’une milice de jeunes, les Interahamwe. Le nombre de tueurs est tel que les autorités rwandaises, à la suite d’expériences pilotes de justice traditionnelle, les gacaca, estiment actuellement le nombre de personnes présumées coupables à environ cinq cent mille.

La grande densité de population

D’autres ont fait remarquer que la densité de population et le niveau de natalité sont des facteurs aggravants de conflits entre toutes les communautés (« Les riches ont des richesses, les pauvres ont des enfants », dit un dicton).

L'enclavement géographique et culturel du Rwanda

Les pressions des démocraties riches

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