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La grammaire du vietnamien amène souvent le locuteur non natif à la considérer soit comme inexistante soit comme incroyablement complexe. En effet, la description de celle-ci la plus couramment usitée est calquée sur la description des langues occidentales et ne permet pas d'en saisir le fonctionnement.
Heureusement, il existe actuellement un mode de description logique qui correspond plus exactement au mode de fonctionnement réel de la langue: c'est le modèle objet en informatique.
En effet, la langue se structure en
Les classes remplissent les fonctions des articles, pronoms et noms.
Les classes désignent un ensemble logique de propriétés, ainsi xe désigne un « véhicule à roues ».
Ces propriétés sont héritables par les classes « enfants » et, par exemple, les véhicules à roues peuvent être:
Puis une classe particulière peut comporter des méthodes: chiếc xe đạp mầu xanh = le vélo bleu/vert
Et être instanciée: chiếc xe đạp mầu xanh của Nga = le vélo vert de Nga (Nga étant l'instance particulière appelée Nga d'un être humain féminin)
Le fonctionnement des classes s'apparente au fonctionnement des objets en programmation.
Exemple d'utilisation de classes dans les fonctions d'article et de nom:
D'où:
On voit donc que le même mot xe est amené à remplir deux fonctions grammaticales différentes. C'est la notion de classe.
les classes s'emboîtent les unes dans les autres à partir de deux classes de base qui sont:
Prenons l'exemple de con:
con : objets ou êtres ayant leur propre mouvement par eux-mêmes ; (généralement être vivant auxquels on ajoute les bateaux, qui dans leur élément habituel semblent avoir leur propre mouvement, et les couteaux, pour des motifs culturels).
Il peut donc s'appliquer aux chiens (chó), aux chats (mèo), aux oiseaux (chim), les humanoïdes (người), etc.
Les humanoïdes se divisent couramment sur terre entre les singes et les êtres humains:
Ensuite, par exemple, les êtres vivants étant sexués et ayant des petits, la classe d'une espèce donnée, comporte 3 sous classes:
Le procédé est symétrique pour la classe cái et les classes qui héritent d'elle:
Le concept important est que, dans cet exemple, chim hérite des propriétés de giấy, qui a hérité des propriétés de bàn, qui a hérité des propriétés de cái.
À aucun moment le concept d'oiseau chim ne contient en lui même la notion de vivant, c'est le fait de le classifier avec un mot héritant « d'une façon évidente » de cái qui permet de déterminer qu'on parle d'un objet.
Dans notre exemple, les mots bàn et giấy occupent successivement les fonctions d'articles définis et de noms, ce qui démontre l'aspect inopérant de ces concepts pour la langue vietnamienne.
C'est donc bien le concept de classe (également appelé classificateur) qui s'applique.
Les pronoms n'existent pas en vietnamien. Ils sont également remplacés par les classes.
Exemple sur les pronoms personnels:
Supposons que je soit une femme m'adressant à un homme plus âgé que moi (mais de peu) pour lui dire que je rentre chez moi et je lui demanda s'il a déjà mangé:
Lui m'informe qu'il sort et me demande de me dépêcher:
On voit clairement que la classe em pour une personne plus jeune est utilisée par moi comme l'équivalent de Je et par l'homme plus âgé comme l'équivalent de tu.
De même j'utilise la classe anh (se rapportant à un homme plus âgé) comme l'équivalent de tu, et il utilise le même mot comme l'équivalent de je.
Ainsi les classes font fonction de pronoms personnels mais n'en sont pas.
Tôi ou ce qui semble un cas particulier
Tôi est souvent utilisé comme équivalent de je dans les contexte froids et formels, mais tellement rarement utilisé comme équivalent de tu, ou il, qu'il peut passer pour un quasi pronom personnel, c'est une erreur de considérer cela car la classe tôi se rapporte à la domesticité. S'il est fort poli de se classer soi-même dans les serviteurs par rapport à l'interlocuteur, classer l'interlocuteur dans une telle catégorie n'est pas perçu comme très poli. C'est la raison pour laquelle cette classe n'est jamais utilisée pour désigner une autre personne que soi-même.
On a vu que les classes peuvent être utilisées comme « sujet », comme article et comme nom.
La classe spécificatrice (ou le spécificateur) est toujours placée avant la classe spécifiée, comme dans l'exemple giấy chim. On peut rajouter autant de spécificateurs que nécessaire au sens. Ainsi dans l'exemple giấy chim il est évident que giấy se rapporte à l'origine aux classes bàn et cái, elles ne sont donc pas portées dans la construction.
La spécification sert donc à rattacher la classe spécifiée à un ensemble de propriétés plus larges.
Elle est obligatoire en cas d'usage de numéraux portant sur la classe spécifiée.
Une classe peut être utilisé comme « sujet ». C'est-à-dire comme possédant des méthodes (qui peuvent correspondre aussi bien à des adjectifs qu'à des verbes ou des adverbes en français). une classe possédant des méthodes peut être spécifiée ou non.
Les cas de spécification explicite :
Les cas de non spécification explicite sont tous les autres cas.
Les méthodes recouvrent les fonctions des adjectifs, verbes et adverbes.
Leur fonctionnement s'apparente aux méthodes en informatique.
Le positionnement se fait selon les règles gốc việt ou hán việt (voir chapitre sur la construction de la phrase).
Le fonctionnement de ce qui est fonctionnellement un adjectif ou un verbe est exactement le même.
Il n'y a ni accords ni déclinaisons.
Lorsque l'usage porte sur une autre méthode, par exemple, l'équivalence de l'adverbe grandement dans je m'amuse grandement cela donne tôi cao chợi:
cao porte donc sur chợi en se plaçant entre la classe qui possède les méthodes (tôi) et la méthode « agissante » (chợi).
Les mots-outils sont des mots qui servent à agir sur:
Comme tous mots vietnamiens, ils ne sont portés dans la phrase qu'en cas de nécessité absolue.
Contrairement à ce qu'on peut trouver dans les guides de voyages les mots oui et non n'ont pas d'équivalent exact en vietnamien.
En effet :
Les concepts de confirmation ou d'infirmation se retrouvent donc uniquement par la présence ou l'absence des mots-outils s'appliquant à la méthode concernée.
Les mots-outils d'infirmation se positionnent avant la ou les méthodes qu'ils infirment.
Exemple :
Je ne m'amuse pas grandement donne tôi khong cao chợi:
không infirme donc le groupe de méthodes cao chợi.
Les mots outils d'infirmation :
Ces mots-outils s'appliquent aux méthodes.
Ces mots-outils s'appliquent à coordonner des ensembles « classe et méthodes possédées par la classe ».
Ces mots-outils s'appliquent à une phrase entière.
Ces mots-outils peuvent s'employer seuls ou ponctuer le discours.
C'est la catégorie de mots-outils qui est la plus difficile à saisir pour le locuteur non-natif. Les usages des mots vides sont:
Ce sont des mots vides de sens qui n'ont pas d'existence par eux-mêmes et sont construits et positionnés en fonction du contexte sonore de la phrase.
Ils peuvent s'appliquer aussi bien à des classes qu'à des méthodes.
La langue vietnamienne est globalement monosyllabique, mais certains concepts peuvent demander plusieurs mots, notamment s'il s'agit:
À l'origine ces concepts polysyllabiques étaient mis en valeur par des tirets entre chaque mot qui matérialisaient la pause plus courte (voire inexistante) les séparant dans le rythme d'élocution.
Suite à la réforme du vietnamien entreprise par Hồ Chí Minh, les tirets furent retirés car indiquant des mots savants (ou compliqués), voire étrangers ou chinois.
Néanmoins la réduction de la pause entre chaque mot subsiste dans la langue parlée et tend à être remplacée à l'écrit par l'agglutination en concepts sémantiques, ainsi les journaux un peu « populaires » voulant parler du « vélo vert de Nga » en écriront « XeĐặpXanhNga », sans espaces et avec majuscules, car ils se baseront sur la rapidité d'élocution et l'absence d'effet des majuscules sur la prononciation des mots qui caractérise le vietnamien. Les émigrés conservant quant à eux l'usage des tirets.
Exemple: người việt nam
Nota bene: En vietnamien, les majuscules et les ponctuations (sauf le point et la virgule) ont peu de sens, car il a longtemps été écrit avec des sinogrammes qui ignorent ces concepts, donc il y a d'autres façons d'exprimer les nuances introduites par ces graphies.
C'est donc un point sur lequel la langue vietnamienne hésite actuellement, espace, tiret ou agglutination des mots.
Toutes les langues humaines laissent une certaine place au contexte. Une particularité du vietnamien est que le contexte est géré de façon analogue aux variables informatiques :
Conséquences :
Plus concrètement :
Ainsi, tout mot susceptible de faire doublon avec une variable de contexte déjà définie est supprimé, sauf si c'est pour changer la dite variable de contexte du discours. De même les simplifications syntaxiques sont appliquées et peuvent être elles-mêmes simplifiées ou recomplexifiées tout au long du discour. Ces dernières sont également persistantes d'une fois sur l'autre.
La classe est portée avant ses méthodes.
Cette syntaxe est la syntaxe vietnamienne d'origine.
Les méthodes sont portées avant la classe qui les possède.
Cette syntaxe est importée du chinois.
La syntaxe hán việt se rapporte uniquement aux classes et méthodes d'origine chinoise qui ne sont pas encore perçues comme faisant pleinement partie du vocabulaire vietnamien.
L'usage trop fréquent de la syntaxe hán việt peut être perçu comme affecté et pédant, cependant que l'usage trop systématique de la syntaxe gọc việt peut être perçue comme la marque d'un manque de formation scolaire.
Structure de la langue vietnamienne de Trương Văn Chình, Imprimerie nationale, Libraire orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1970 - C'est le seul livre en langue occidentale présentant la grammaire vietnamienne à partir de concepts opérationnels et non à partir des concepts en vigueur pour décrire les structures de langues occidentales. Il est par contre difficile d'utilisation, lorsqu'on ne connaît pas la langue vietnamienne, ancien (1970) et ne reprend pas les derniers développements de l'étude de la langue (notamment développement des concepts de classe et de méthode)


