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La guerre de Cent Heures est également connue sous le nom de guerre du football. Cependant, il
convient de préciser que le football n'a été que le catalyseur, et non la cause, de cette guerre.
Il faut replacer ce conflit dans le contexte historique ou géopolitique (la révolution cubaine et la hantise de son extension en Amérique centrale), économique (la création du Marché commun centraméricain inspiré par les États-Unis et qui se révéla très favorable au Salvador, déjà industrialisé, au détriment du Honduras très sous-développé) et surtout démographique : la population rurale active au Honduras comprend 20 % d'immigrés salvadoriens non concernés par la réforme agraire qui commence alors timidement au Honduras, mais qui sont menacés d'expulsion vers leur pays très densément peuplé (123 habitants au kilomètre carré en 1961, pour 17 au kilomètre carré chez leur voisin).
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Cette guerre a eu lieu en juillet 1969, entre le Salvador et le Honduras, deux pays de l'Amérique centrale, voisins, et dont le premier donne sur le Pacifique, l'autre sur l'Atlantique :
Lorsque le Honduras mit en œuvre un programme de réforme agraire, les clandestins qui ne purent justifier d'une situation en
règle se virent confisquer les terres qu'ils occupaient, terres qui furent redistribuées aux citoyens du Honduras. La rancœur qui
en résulta les poussa à mener une résistance armée. Néanmoins, cette résistance armée n'alla pas plus loin que quelques
échauffourées à la machette entre paysans et autres incidents de même nature.
Cette situation se cumula à la tension entre les deux pays provoquée par les nombreux incidents frontaliers qui se sont succédé
depuis 1961. Ainsi, un citoyen hondurien nommé Martinez Argueta fut capturé et condamné à
vingt ans de prison par les Salvadoriens pour entrée illégale dans leur pays. En représailles, des soldats honduriens capturèrent
soixante-et-un soldats salvadoriens qui furent emmenés à Santa Rosa de Copan et emprisonnés. Ils ne furent libérés que lorsque le président américain Lyndon Johnson visita la région en 1968
et arrangea un accord qui permit de libérer Argueta et les soldats salvadoriens. Cependant, cela ne suffit pas à calmer les
esprits, et la coupe du monde de football
ranima les hostilités.
Cette année-là, le Salvador et le Honduras jouaient les matches éliminatoires pour la coupe du monde de football, qui devait se dérouler l'année suivante au Mexique. L'une des rencontres avait lieu à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, alors perturbée par une grève des enseignants. Pour attirer l'attention sur leurs revendications, les grévistes avaient semé des clous sur la chaussée de certains quartiers, des pneus furent crevés et les footballeurs salvadoriens en visite en furent notamment les victimes. Se sentant personnellement visés, ils se répandirent en insultes sur les Honduriens. Sans doute en représailles, toute la nuit précédant l'épreuve, l'équipe du Salvador fut empêchée de dormir par les partisans de l'équipe locale, qui cernaient l'hôtel où logeaient les joueurs adverses.
Le lendemain, épuisés par le manque de sommeil, les Salvadoriens perdirent par 1 à 0, le but hondurien ayant été marqué à la dernière minute du jeu. Désespérée, Amelia, une jeune Salvadoriennne supportrice de son équipe, se tira une balle dans le cœur. Le corps d'Amelia fut rapatrié, ses obsèques furent décrétées nationales, et suivies par le Président et le gouvernement du Salvador.
Le match de retour, prévu au Salvador, fut mis sous la haute surveillance de l'armée. Mais l'équipe du Honduras vit d'abord son hôtel incendié (il n'y eut aucune victime), et dut déménager pour un autre hôtel. Là, elle fut soumise par les Salvadoriens au même régime de la privation de sommeil. Escortée par la police, l'équipe épuisée gagna le stade, et perdit le match par 3 à 0. En outre, les Honduriens qui avaient fait le voyage pour assister au match furent molestés, et les échauffourées (voitures incendiées, fenêtres brisées, hôpitaux débordés) causèrent la mort de deux personnes. L'équipe de football put regagner son pays sans encombres, mais la frontière fut fermée.
Apprenant les faits, les Honduriens cherchèrent à se venger et s'en prirent aux résidents salvadoriens. Il y eut des morts et des blessés, le gouvernement ne fit rien au début pour empêcher les exactions, avant que la violence ne finisse par paralyser la capitale pendant deux jours. Seule la fatigue des émeutiers mit fin aux exactions.
Les deux pays ayant chacun gagné un match, ils devaient encore s'affronter à Mexico afin d'être départagés. Des deux côtés de la frontière, journaux, radios et télévisions continuèrent de verser de l'huile sur le feu, faisant appel à la fierté nationale. L'activité économique avait pratiquement cessé dans les deux pays alors que la passion pour ces faits gagnait toute l'Amérique centrale.
Le match à Mexico, disputé dans une atmosphère d'émeute, fut gagné par le Salvador, mais les troubles ne cessèrent pas : hommes molestés, femmes violées, quelques morts, hôpitaux une fois de plus débordés. Le Honduras accusa les arbitres de malhonnêteté, les joueurs adverses de tricherie. On échangea des calomnies des deux côtés, et cela gagna les deux gouvernements.
Dans les heures qui suivirent le match, des escarmouches eurent lieu à la frontière des deux États, suivies d'une intense propagande qui rapporta des atrocités de toutes sortes, le plus souvent imaginaires. Des incidents de frontières mettant en jeu quelques douzaines de personnes devenaient des « combats importants », et les deux côtés annonçaient triomphalement la victoire.
Mais toutes ces rodomontades culminèrent le lendemain du match, le lundi, quand un avion militaire salvadorien lâcha une bombe sur Tegucigalpa. La guerre commençait, et allait durer... cent heures.
L'armée salvadorienne, nettement plus grande et mieux équipée, lança des offensives le long de la principale route joignant les deux pays et contre les îles honduriennes dans le golf de Fonseca. Au début elle fit avança rapidement sur huit kilomètres. Dans la soirée du 15 juillet la capitale provinciale de Nueva Ocotepeque était capturée. Cependant l'aviation hondurienne était supérieure et détruisant, outre son opposante, les dépôts de munitions et de carburant elle contraint l'armée salvadorienne à l'immobilité.
La guerre du foot a causé deux mille morts et quelques milliers de blessés. Près de cinquante mille personnes y ont perdu leur maison et leurs terres. De nombreux villages furent détruits, tandis que l'industrie salvadorienne est fortement touchée par une crise.
Si la guerre ne dura que cent heures, il fallut attendre 1980 pour qu'un traité de paix fût signé. La dispute territoriale à l'origine du conflit ne fut résolue qu'en 1992 par la Cour internationale de Justice.


