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Harmonie


En musique, l'harmonie est la science des accords de plusieurs sons différents et simultanés. Elle apporte à la musique relief et profondeur. L'harmonisation est la discipline qui consiste à harmoniser une mélodie, c'est-à-dire ajouter à la mélodie initiale des intervalles (tierce, quinte, septième, etc.), tout en respectant la tonalité du morceau, (voir mode, tonalité).

De Platon et Aristote à Hindemith ou Messian, l'harmonie musicale a suscité une abondante littérature. Déjà Platon avait remarqué que la hauteur du son d'un monocorde était inversement proportionelle à la longueur, et il avait défini les accords comme des rapports de longueur (ou des rapports de fréquence). L'octave correspond au rapport 2/1, la quinte au rapport 3/2, la quarte au rapport 4/3, et ainsi de suite.
Un des premiers véritables théoriciens de l'harmonie est Jean-Philippe Rameau, par ailleurs compositeur fameux de la période baroque. Dans son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels il remarque que la résonance d'un corps sonore s'accompagne de l'émission de sons dits « harmoniques » — qui seront plus tard analysés par le physicien Helmholtz — et en déduit que l'harmonie est consubstantielle à la musique elle-même (plus encore que la mélodie) puisque un son fondamental porte en lui-même sa propre harmonie comme, écrit-il, « une sorte de chant intérieur ».

Pour comprendre la notion d'accord qui est l'élément premier de l'harmonie, il faut se reporter au phénomène sonore lui-même : chaque son émis par un objet sonore mis en vibration (corde, peau, métal, etc.) produit une note fondamentale que l'oreille perçoit et dont on peut aussitôt identifier la hauteur. Mais, dans le même temps sont émis des sons appelés harmoniques, que l'on peut entendre par exemple en écoutant un son sur un piano au cours de son évolution : les sons harmoniques deviennent progressivement perceptibles à l'oreille lorsque la fondamentale s'atténue. L'ordre d'apparition de ces harmoniques est pratiquement celui qui a fondé la hiérarchie des principaux accords dans la musique occidentale :

  1. L'accord parfait composé de la fondamentale, de la tierce et de la quinte
- exemple avec do comme fondamentale : do mi sol
  1. L'accord de septième composé de la fondamentale, de la tierce, de la quinte et de la septième
- exemple : do mi sol si♭
  1. L'accord de neuvième composé de la fondamentale, de la tierce, de la quinte, de la septième et de la neuvième
- exemple : do mi sol si♭ ré
  1. L'accord de onzième composé de la fondamentale, de la tierce, de la quinte, de la septième, de la neuvième et de la onzième
- exemple : do mi sol si♭ ré fa#

Sur cette question voir l'article sons, paragraphe 5-3 Harmoniques et accords.

L'explication des origines de l'harmonie par les harmoniques du son fondamental a ses limites : ainsi, dans la théorie de Rameau, l'accord parfait mineur — do mi bémol sol — est une sorte d'anomalie, puisque le mi bémol n'est pas une des harmoniques de do. On peut remarquer cependant que ces trois notes ont beaucoup d'harmoniques communs : ainsi la quatrième harmonique de mi bémol est le sol, qui est aussi une des harmoniques de do (et de sol, bien sûr).

La notion d'harmonie est également liée à une éducation de l'oreille, et soumise à une évolution historique : ainsi les auditeurs du XXIe siècle auront du mal à entendre un accord de neuvième comme dissonnant, alors même que ce type d'accord était proscrit à l'ère baroque. Ce n'est d'ailleurs qu'à partir du Moyen Âge que les intervalles de tierce (base de l'harmonie classique) ont été considérés comme consonants. Auparavant, seules l'octave, la quinte et la quarte l'étaient.

Enfin, l'harmonie n'est pas seulement une théorie statique qui vise à classifier les accords selon certaines règles, qu'elles soient naturelles — c'est-à-dire fondées sur des harmoniques communs — ou artificielles — fondées sur l'éducation de l'oreille et le goût d'une époque. C'est aussi l'étude des enchaînements d'accords, de la dynamique, qui, en utilisant notes de passage, retards, dissonances passagères, permet de structurer une pièce de musique tonale. Écrire l'histoire de l'harmonie, de Monteverdi à Schönberg, c'est quasiment écrire l'histoire de la musique tonale...

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