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Hilotes


Les hilotes (en grec ancien Εἵλωτες heilotes) sont les serfs de Sparte. Il ne faut pas les confondre avec des esclaves-marchandises, qui existent par ailleurs mais sont plutôt rares.

Sommaire

Origine des hilotes

Le nom vient, selon une partie de la tradition (Hellanicos), de la bourgade d'Hélos, au sud de Sparte. Pausanias déclare ainsi : « ils furent les premiers appelés Hilotes » (III, 20, 16). Pourtant, l'explication est peu plausible étymologiquement. Les linguistes rattachent plutôt le mot à la racine ϝελ, de ἁλίσκομαι (aliskomai), « être capturé, être prisonnier ». De fait, certains auteurs ne considèrent pas le mot comme un simple ethnique, mais comme un nom à connotation servile. Antiochos d'Ascalon écrit ainsi : « [ils] furent décrétés esclaves et nommés Hilotes » (fragment 13), tandis que Théopompe note : « ils appelèrent les populations asservies, les uns, Hilotes, les autres, Pénestes » (fgt 122).

« Dans tous ces textes, le baptême du groupe est proclamé comme le moment central et l'acte symbolique du processus de réduction en esclavage. Appelés Hilotes, ils le deviennent ; les nommer, c'est, en les disat différents des douloi [esclaves] anonymes, les instituer. » (Jean Ducat, Les Hilotes, 1990)

Il est certain qu'une partie de l'hilotisme est issu de la conquête : c'est le cas des Messéniens, réduits au VIIIe siècle av. J.-C. par les guerres de Messénie. Hérodote, d'ailleurs, appelle les hilotes « Messéniens ».

Pour ce qui est des premiers hilotes, la situation est moins claire. Selon la tradition (Théopompe), les premiers hilotes seraient les descendants des habitants initiaux, Achéens, que l'arrivée des Doriens a soumis. Mais tous les Achéens n'ont pas été réduits à l'hilotisme : par exemple, la ville d'Amyclées, théâtre des Hyacinthies, qui jouit d'un statut privilégié. D'autres auteurs antiques proposent des théories alternatives : selon Antiochos de Syracuse, les hilotes sont à l'origine les Lacédémoniens n'ayant pas participé aux guerres de Messénie. Pour Éphore, ce sont des Périèques de Hélos, révoltés puis réduits à l'esclavage. L'historiographie moderne privilégie la thèse d'Antiochos de Syracuse.

Le système hilotique

Statut

Le statut juridique des hilotes est complexe. En théorie à l'État, ils appartiennent à l'État et sont attachés à un lot de terre, le (κλῆρος kléros, « lot, héritage »). Le citoyen à qui ce kléros est dévolu ne peut ni affranchir les hilotes qui y sont attachés, ni les vendre à l'étranger. Néanmoins, il y a une forme de popriété individuelle : les citoyens se prêtent entre eux les hilotes, pour dépanner, par exemple à la chasse, au même titre qu'on se prêterait chiens ou chevaux — « pour ainsi dire comme des biens propres », comme le dit Aristote (Politique, II, 5, 1263a 35-37). On peut dire que la cité a la pleine propriété des hilotes, tandis que le citoyen en a l'usufruit.

Hilotes et kléros

Les hilotes sont attribués à des citoyens pour effectuer le travail du kléros attribué à ce citoyen ou encore les tâches domestiques. Certains hilotes sont également utilisés comme domestiques des jeunes Spartiates pendant l'éducation spartiate, ce sont les μόθωνες (mothônes). On dit qu'ils ont été « élevés à côté » des citoyens, ils sont généralement affanchis à l'issue de leur éducation. Les hilotes, enfin, peuvent être artisans.

Ils sont tenus de rapporter à leur maître une part fixe de leurs récoltes (ἀποφορά apophora), tout en gardant l'excédent pour eux. Ce montant est, selon Plutarque, de 70 médimmes d'orge pour un homme, 12 médimmes pour une femme, ainsi que de l'huile et du vin, ce qui correspond à une part raisonnable pour entretenir un guerrier et sa famille, ou une veuve. Un passage de Tyrtée conteste l'existence de l'ἀποφορά, et parle de la moitié des revenus de la terre reversée aux maîtres. Il s'agit cependant de la situation peu de temps après la première guerre de Messénie, ce qui explique sans doute des conditions plus sévères.

Après paiement du tribut, il reste souvent à l'hilote de quoi vivre correctement : les terres de Laconie et de Messénie sont très fertiles, et permettent souvent deux récoltes. Certains peuvent même arriver à une forme d'aisance : en -223, 6 000 hilotes achètent leur liberté contre 500 drachmes chacun. Cependant, des mesures sont prises par les Spartiates pour éviter que leurs hilotes s'enrichissent.

Les hilotes vivent en famille et ne peuvent contracter d'union qu'entre eux. Ils n'ont aucun droit politique et sont maintenus en esclavage à la fois par les individus et par l'État.

Affranchissement

L'affranchissement est rare, bien qu'occasionnellement le manque d'effectifs oblige les Spartiates à enrôler des hilotes dans l'armée comme hoplites, sans indemnité pour les propriétaires. Ainsi, en -424, les 700 hilotes qui ont servi Brasidas en Chalcidique sont affranchis. On les appelle alors les « Brasideiens ». Il est aussi possible de devenir libre en achetant sa liberté, ou encore en subissant l'éducation spartiate. De manière générale, les hilotes affranchis portent le nom de « néodamodes » (νεοδαμώδεις neodamôdeis) : ceux qui rejoignent le δῆμος (dêmos) des Périèques.

« Le mépris des hilotes »

Cette expression de Jean Ducat traduit l'autre grande originalité des hilotes, parmi les populations serviles grecques : ils sont maltraités de manière rituelle. Myron de Priène, rapporté par Athénée, détaille les humiliations auxquelles ils sont soumis : ils doivent porter une casquette en peau de chien (κυνῆ kunè) et une peau de mouton (διφθέρα diphthera) pour les distinguer des autres. Tous les ans, ils sont rituellement fouettés, sans autre raison que leur rappeler leur servitude — il semble néanmoins que seule une petite partie d'entre eux, représentant l'ensemble, était fouettée. Plutarque rapporte également qu'on les forçait à s'envirer et à danser de manière grotesque devant les jeunes Spartiates, lors des syssities.

Qui plus est, quand les éphores entrent en fonction, c'est-à-dire tous les ans, ils déclarent systématiquement la guerre aux hilotes, ce qui permet aux Spartiates de tuer ces derniers sans encourir de souillure religieuse. La plupart du temps, on utilise pour ce faire les kryptes, les jeunes qui passent la difficile épreuve de la kryptie. En -425, 2 000 hilotes sont ainsi massacrés. Myron de Priène indique également que les hilotes devenus trop gras étaient mis à mort, et que leurs maîtres étaient frappés d'une amende pour les avoir laissés grossir.

Cette haine des Spartiates pour leurs hilotes vient en fait d'une peur réciproque : les Spartiates, en petit nombre par rapport à leur population servile, craignent que les hilotes ne cherchent à les détruire, c'est pour cela qu'ils les maltraitent. Selon la tradition, les Égaux se déplacent toujours avec leur lance, défont chez eux la courroie de leur bouclier de peur qu'un hilote ne s'en empare, et s'enferment dans leur maison.

Voir aussi

Bibliographie



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