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En matière de population humaine, il semble clair que s'il faut parler de races, ce ne peut
être dans son sens littéral utilisé par exemple lorsque l'on parle des races d'élevage. Le mot race ne serait donc qu'un
raccourci commode pour désigner des sous-espèces. Pourtant on a pu assister par le passé à des pratiques eugéniques visant à obtenir une race pure qui relève bien de l'application des
techniques de l'élevage à l'espèce humaine.
Le terme « race » a en fait une valeur définissable à volonté selon l'époque et la culture du pays, ce qui conduit à de nombreuses erreurs d'interprétation et de traduction, erreurs et imprécisions largement exploitées pour soutenir certaines thèses racistes. Par exemple les anglo-saxons utilisent le terme race là où nous utilisons d'autres termes ; par exemple human race pour « espèce humaine » ou « genre humain ». L'expression : la race humaine n'aurait de sens que s'il existait une espèce vivante d'individus interféconds comprenant des humains et des non-humains, ce qui n'est pas le cas.
Si la suite de l'article fait parfois un raccourci entre les notions de sous-espèce et de race, il faut donc garder à l'esprit que cette confusion n'est pas toujours innocente.
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Au début du siècle la raciologie se revendiquait comme l'étude scientifique de la séparation de l'espèce humaine en groupes raciaux. Après avoir été totalement discréditée dans les années cinquante, elle tente aujourd'hui de renaître sous le nom de racialisme. Cette théorie n'est cependant pas plus reconnue dans le cadre de la classification scientifique du vivant.
La première classification des groupes humains fondée sur leurs caractères physiques est sans doute celle des anciens Égyptiens : les Rot ou Égyptiens, peints en rouge, les Namou, jaunes avec un nez aquilin, les Nashu, noirs avec des cheveux crépus, les Tamahou, blonds aux yeux bleus. Mais cette classification ne s'appliquait qu'aux populations voisines de l'Égypte.
L'Ancien Testament divisait les hommes en fils de Cham, fils de Chem et fils de Japhet. Là aussi, il ne s'agissait que des peuples que connaissaient les Juifs. C'est cependant à ces trois catégories que pendant le Moyen Âge, on s'efforça de ramener tous les hommes dont les voyageurs signalaient l'existence à la surface de la Terre.
Suite à la découverte de l'Amérique par les Européens au XVe siècle, de vives polémiques éclatèrent : où fallait-il placer les indigènes du Nouveau Monde ?
Avec Linné, apparaît pour la première fois, une classification « scientifique ». Dans la 10e édition de son Systema naturae (1758), celle qui fait foi pour toutes les questions de nomenclature, le savant suédois divise l'homo sapiens en quatre groupes fondamentaux.
L'étude scientifique des races explose réellement dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Parmi les premiers théoriciens des races, on peut citer Boulainvilliers, Blumenbach et Pierre-André Taguieff.
Hervé Le Bras s'est intéressé aux modalités du racialisme et de la raciologie lors de ses travaux sur l'idéologie démographique. Parmi les hommes de science ou de pouvoir approuvant cette idéologie, il a indiqué Vacher de Lapouge (darwiniste social et socialiste), R. Fisher, (démocrate et eugéniste négatif), Rivet (croyant à la hiérarchie des races et vice-président de la ligue des droits de l'homme), Alexis Carrel (médecin et eugéniste négatif).
Si la construction du concept de race humaine essayait bien de répondre à un questionnement scientifique, cette catégorisation des groupes humains et leur hiérarchisation par la suite ont surtout répondu aux attentes des colonisateurs européens annexant de nouvelles terres et rencontrant des cultures autochtones différentes de la leur, faisant le lit des théories racistes justifiant les discriminations dont étaient victimes les peuples indigènes.
La dernière taxonomie (et non théorie) racialiste date de 1944. Il s'agit de la classification de Georges Valois qui divisait les humains en quatre groupes (d'égale valeur) nommés « races ».
Cette classification convenait parfaitement pour le dégrossissage de concepts demandé par l'enseignement primaire, seul qui soit généralisé à l'époque.
Les crimes du nazisme, qui justifiait ses exactions au nom de la sauvegarde d'une « race allemande », entraînèrent un rappel dans le sens de l'anti-raciologie. Dans son édition de juillet-août 1950, sous le titre « Les savants du monde entier dénoncent un mythe absurde ... le racisme », le Courrier de l'UNESCO publie la « déclaration sur la race ». Il s'agit d'un document rédigé en décembre 1949 par un groupe international de chercheurs qui récuse la notion de race et affirme l'unité fondamentale de l'humanité. Claude Lévi-Strauss mettra en garde contre l'excès inverse, tout aussi nocif à son avis, que serait le refus de la différenciation. Il s'en explique dans Race et Histoire (qui sera aussi publié par l'UNESCO) ainsi que dans un ouvrage plus détaillé, Le regard éloigné.
Ces documents ont influencé et influencent encore l'étude scientifique des différences biologiques entres les hommes, ainsi que leurs classifications. Mais le type de segmentation qui est le plus demandé aujourd'hui concerne bien moins les caractéristiques physiques des hommes que leurs habitudes de consommation, plus faciles à transformer en revenus.
Aujourd'hui, les scientifiques, qu'ils soient généticiens, anthropologues ou ethnologues s'accordent, avec des arguments différents, sur l'arbitraire de définition de races au sein de l'espèce humaine (homo sapiens sapiens).
Tout le monde peut constater des différences phénotypiques superficielles mais dont on ne peut dire pour le moment si elle reposent sur de véritables isolats génétiques, ni combien seraient pertinents.
Le berceau de l'humanité sapiens sapiens semble pour le moment avoir été l'Afrique. À partir de ce point central, de petits groupements humains auraient migré vers tous les continents, y compris l'Europe déjà peuplée des sapiens neantertalensis, à raison de quelques dizaines de kilomètres par génération.
Ces groupes humains échangent des gènes, et de ce fait, pour les généticiens, appartiennent à la même espèce. Selon Albert Jacquard, la notion de race des généticiens ne pourrait être appliquée à l'espèce humaine, mais il ne dit pas pourquoi. André Langaney va même plus loin en indiquant que « la notion de race est dépourvue de fondements et de réalité scientifique », ce qui peut être considéré
D'une façon générale, l'appartenance à une race se définit par des interactions entre de nombreux gènes. Il n'existe pas à proprement parler d'allèle du « teckel » ou du « berger allemand », ni d'allèle « pygmée » ou « esquimau ». En l'état actuel, on ne sait pas encore associer de génotype au phénotype de race - ni même définir à la fois avec précision et de façon stable une race.
Certaines différences génétiques visibles entre individus peuvent être considérées plus grandes au sein d'une même population qu'entre deux individus appartenant à deux populations considérés comme de « races » différentes. Tout dépend de la façon dont on décide d'effectuer le calcul de distance. Si l'on se base sur des questions de taille moyenne des individus, par exemple, les ethnies sénégalaises se retrouveront dans la même classe que les suédoises.
La notion de race s'appuie parfois sur la notion de « gènes communs et exclusif à un groupe d'individus ». Si les gènes ont des répercussions sur l'aspect visible de l'être, le fait que deux êtres soient différents ne signifie pas que leurs gènes soient si différents. Ainsi, le degré de couleur de la peau est déterminé par trois gènes permettant la production de mélanine; tous les humains produisent de la mélanine (sauf ceux atteints d'albinisme), donc tous les humains ont des variantes ('allèles) de ces trois gènes, allèles à expression plus ou moins marquée.
Mais à vrai dire ces considérations de comparaison de code génétique ne sont pas de grande utilité, puisque les analyses ADN montrent que l'espèce humaine possède déjà un peu plus de 98,6% de son code génétique en commun avec les chimpanzés.
Selon Albert Jacquard, pour parler de race, il faudrait qu'un groupe reste isolé un nombre de générations égal au nombre d'individus qu'il comporte ; ainsi, un groupe de 200 personnes devrait rester isolé 4 000 ans (si l'on compte 20 ans par génération) pour devenir une race. Ce chiffre est à comparer aux 20 000 ans qui ont été nécessaire pour séparer Canis lupus, le loup des différentes races de Canis familiaris (chiens). Certains chiens sont interféconds avec les loups. D'autres non.
Si les hommes ont isolé des troupeaux et ainsi créé des races chez les animaux domestiques, une telle situation n'a jamais eu lieu pour l'espèce humaine ; on peut toutefois citer l'exemple d'une île du pacifique, Pingelap, dont la population fût ravagée par un cyclone en 1775 et qui se repeupla à partir d'une vingtaine d'individus, et qui pourrait constituer une exception.
Jadis les aristocraties, aujourd'hui les grandes bourgeoisies, se sont caractérisées par une tendance à l'endogamie, mais jamais aucune de ces classes n'a perduré quatre mille ans (ce point de vue est contesté par certaines familles faisant remonter leur lignée à l'époque des tribus d'Israël, comme par exemple les Cohen (avec leurs graphies germaniques Kühn, Kahn, Kohn, Coen, etc.), mais semble relever plus d'un désir de distinction sociale que de considérations scientifiques à proprement parler.
La compatibilité des tissus pour les dons d'organe (cœur, rein...) ou de sang ne dépend pas du groupe ethnique du donneur et du receveur ; ou alors à l'extrême, le donneur doit être un membre proche de la famille du receveur (comme pour les dons de moelle), le nombre de donneurs compatibles se compte sur les doigts d'une main parmi les milliards d'individus, ce qui ne correspond pas non plus à la notion de « race » communément admise. On peut donc en déduire que pour les questions de greffe ou de transfusion, la notion de race est insuffisante. Celle de groupe sanguin ou d'identification HLA est mieux adaptée.
Les définitions n'ont pas toujours été ce qu'elles sont et la génétique, science récente, n'est enseignée que depuis quelques décennies (il arrive que l'on confonde notamment des notions de « gène », d' « allèle » et de « caractère », certains caractères, comme le groupe sanguin, n'étant pas visibles).
La dernière fois que deux êtres humains (du genre Homo) possédant des caractères génétiques impliquant une impossibilité de reproduction (ce qui définit néanmoins la notion d'espèce et non de race) ont coexisté remonte à plus de 30 000 ans avec les homo sapiens sapiens et les homo sapiens neandertalensis. Depuis la disparition des Néandertalien tous les hommes sont interféconds.
Cependant, les groupes humains ont évolué différemment, car séparés par des barrières géographiques importantes (montagnes, fleuves, océans...). Ils sont devenus morphologiquement, anatomiquement, physiologiquement différents (par exemple, couleur de la peau, pilosité, forme du nez). La couleur de la peau par exemple, est contrôlée génétiquement par au moins quatre gènes dont le fonctionnement aboutit à la synthèse de mélanine dans les mélanocytes (la pigmentation permettant de protéger des radiations solaires, en particulier l'ultraviolet). La quantité synthétisée est variable, 1 à 2 grammes pour un homme à peau claire, 2 à 3 grammes pour un homme à peau foncée... Les différences morphologiques sont souvent expliquées par des adaptations à l'environnement. De même, les européens des pays nordiques auraient un nez plus long car il permettrait de mieux réchauffer l'air avant son arrivée dans les poumons. Le nez court et épaté des Africains permettrait au contraire de le rafraîchir et de l'humidifier. C'est pourquoi les anthropologues ont classé les races humaines en fonction de leurs caractéristiques physiques : pigmentation, forme du visage... Ainsi Valois, en 1968, précisait qu'« une race est une population naturelle définie par des caractères physiques, héréditaires, communs ». Cette définition impliquerait l'existence d'une pureté raciale.
Il y a autant de classifications que de caractères physiques différents. Certains considèrent cette définition de la race comme déficiente car elle ne tient pas compte des différences morphologiques qui existent au sein même d'une population.
Mais l'usage criminel de la notion de « race » au cours de la Seconde Guerre mondiale par le régime nazi et l'absence de fondement scientifique de cette notion font que les anthropologues n'utilisent plus ce type de classification.Mais l'anthropologie allemande officielle utilise la conception des 36 races humaines de von Eickstedt encore (Rainer Knußmann, Lehrbuch der vergleichenden Anthropologie und Humangenetik, 2. ed.).
Enfin, les ethnologues estiment qu'en plus des différences génétiques et phénotypiques, les populations humaines ont des us et coutumes qu'elles se transmettent de génération en génération. L'espèce humaine se caractérise donc par une très forte dimension culturelle, et c'est pourquoi le concept d'ethnie est de nos jours préféré à celui de race. Les différences socioculturelles permettent de définir des ethnies extrêmement nombreuses. La notion de nation comme de communauté religieuse, en revanche, s'abstrait en général de la notion de race ou d'ethnie : ce qui compte pour la définir est moins ce que ses membres sont que ce qu'ils souhaitent en commun.
Pour R. Barbaud, la « diversité culturelle peut donc être tenue pour une composante naturelle de la biodiversité, comme
l'aboutissement ultime de notre propre évolution. Elle a bien, de ce point de vue, la même fonction que la biodiversité pour les
autres espèces ». La diversité humaine est donc génétique, avec ses conséquences phénotypiques, mais aussi culturelles. Ces
dernières contribuent d'ailleurs à modifier le phénotype (par exemple, le
petit pied des chinoises, les femmes-girafe en Afrique...) et participent à la dynamique du groupe. Un élément de la question est
de savoir si un isolement géographique ou culturel peut entraîner la sélection de gènes spécifiques, donc de savoir un peuple ou
une ethnie peut constituer une race ; la réponse scientifique est mitigée
L'homme a parfois mis en place des opérations de sélection génétique et de fixation de races pour les espèces animales et végétales, et l'a même fait à certains moments pour sa propre espèce, en particulier sous le IIIe Reich. Il faut par ailleurs remarquer, comme le signale Stephen Jay Gould que des facteurs culturels qui favorisent ou au contraire dissuadent certaines unions conjugales sont de nature à développer à très long terme (mais il y faudra peut-être une centaine de générations, et peu de cultures tiennent aussi longtemps) un processus de raciation.
On constate par exemple au sein d'une communauté religieuse très fermée un taux significativement accru de myopie montrant qu'un caractère génétique s'est trouvé accessoirement amplifié par une sélection religieuse. Les nez de la dynastie des Bourbons étaient également célèbres, et en fait chaque région de France comme du globe a vu se développer les traits physiques qui, pour des raisons historiques, fonctionnelles ou culturelles, s'y trouvaient plus appréciées dans la culture locale. La possibilité de faire souche dans une population où ces caractéristiques étaient plus recherchée que dans la sienne accélérait, là où elle existait, le processus.
Pourtant, selon Jacques Ruffié, du Collège de France, les groupes humains convergent de toute façon sur toute la planète depuis environ six mille ans (ce qui est sans doute lié au commerce international). L'homme moderne (homo sapiens sapiens) a connu de courtes périodes d'isolement de peuples courtes, mais aussi beaucoup de mélanges. Seuls des groupes isolés, et numériquement très petits (Basques, par exemple), ont pu générer des différences significatives avec les autres, et manifester de sous-espèces stables d'un point de vue taxonomique, c'est-à-dire présentant des différences génétiques significatives et héréditaires. L'évolution que connaissent aujourd'hui les cultures humaines, la mondialisation des échanges et des contacts, les mariages mixtes, vont à l'encontre de la tendance passée à la différenciation en races, et réduisent peut-être la diversité humaine, sans qu'on sache pour le moment si cela augmente ou diminue les chances de survie de l'espèce.
Interféconds et reliés entre eux les hommes peuvent être considérés comme un groupe unique à grande variabilité génétique. Cela se traduit parfois par la disparition de cultures originales mais on peut y voir une autre question. Comme le résume un humoristes, nous sommes frères, d'accord, mais nous ne sommes pas jumeaux!
On peut imaginer que, plus que la pression environnementale, la tendance à l'endogamie au sein des groupes ou qu'une préférence esthétique ait joué sur des caractères visibles permettant de reconnaître différents groupes humains.
Dans la pratique, la durée d'une société (et donc d'une culture) humaine semble en effet faible devant celle qui serait nécessaire à la séparation de traits ethniques. Cependant le fait est que les ethnies existent (ce qui permet de distinguer souvent assez facilement un Espagnol d'un Suédois), ce qui constitue un mystère dans l'état actuel des connaissances.
La connaissance de l'histoire des peuplements humains, des migrations et des isolats de populations est encore extrêmement hypothétique. Des scientifiques ont essayé de mesurer la distance génétique entre des individus de différents groupes humains.
L'étude de l'ARN mitochondial permet de mesurer avec une grande sûreté tant les distances génétiques que les périodes de séparation de deux rameaux, mais uniquement en ce qui concerne les lignées de femmes (l'ARN mitochondrial n'est en effet transmis que de mère à enfant; celui du père est perdu).
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