Humanisme
Humanisme est un mot formé dans la seconde moitié du XIXe
siècle pour donner un nom à l'œuvre accomplie par les humanistes et au mouvement d'idées qui en résulta.
Le terme est formé sur l'allemand humanismus, venant lui-même du terme
humaniste : au XVIe siècle, l'humaniste s'occupait
d'humanités (studia humanitatis en latin) ou lettres antiques. Pour ces érudits de la Renaissance, le terme humanitas avait le même sens qu'à l'époque cicéronienne et signifiait « la culture qui, parachevant les qualités naturelles de l'homme, le rend digne de
ce nom ».
Tout art, toute doctrine qui propose un "modèle humain" défini comme synthèse des qualités intellectuelles, sociales,
affectives, caractéristiques de la "nature humaine". Il y a donc à travers le siècles différents humanismes (chrétien, libéral,
marxiste). Historiquement, le terme désigne le mouvement qui, aux XV° et XVI° s'étendit sur toute l'Europe et qui prône le retour
aux sources : évangiles, Antiquité.... Cet humanisme connaîtra une évolution qui le ménera, en passant par une phase moderne
au XVIII°, à l'humanisme scientiste du XIX°s.
Le sens historique
À la Renaissance, l'humanisme a donc consisté en une remise en valeur des richesses culturelles contenues dans les
littératures anciennes. Cette entreprise a comporté plusieurs aspects :
- l'humanisme philologique fut un immense travail de restitution et de diffusion des textes anciens altérés par des copistes du
Moyen Âge. Ce fut la tâche de Pétrarque, de
Boccace, de Marsile Ficin,
d'Érasme, de Budé,
par exemple ;
- l'humanisme pédagogique s'opposa à l'enseignement scolastique en imposant l'étude des lettres latines et grecques dans leurs textes authentiques. François Ier fonda le Collège de France, à l'instigation de Guillaume Budé, dans le but de faire prévaloir cette pédagogie fondée sur
l'étude des « humanités » antiques ;
- l'humanisme philosophique est fondé sur la connaissance de l'homme, l'accomplissement harmonieux de sa nature, sous le
contrôle de sa raison. Pour Rabelais, Érasme, Montaigne, la valeur des œuvres antiques tenait dans la philosophie morale qu'ils y trouvaient. Celle-ci leur apprenait que la mesure des
désirs et des ambitions, le courage et la justice conduisaient à la vertu et au bonheur. Alors qu'il n'était pour d'autres que
l'étude érudite de textes, l'humanisme fut pour eux une « conception sobre et équilibrée de la vie humaine » (Emile
Bréhier). À la fin de l'Apologie de Raymond Sebond, Montaigne cite Sénèque : « Ô la vile chose et abjecte que l'homme, s'il ne s'élève au-dessus de
l'humanité ! » et il commente : « Voilà un bon mot et un utile désir, mais pareillement absurde. Car de faire
la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et d'espérer enjamber plus que l'étendue de nos jambes,
cela est impossible et monstrueux. Ni que l'homme se monte au-dessus de soi et de l'humanité ». Ainsi, l'homme n'est pas
Dieu et l'humanisme consiste à agir « humainement ».
Le sens moderne
Dans l'acception actuelle, l'humanisme s'inspire de cette définition philosophique. Il désigne toute pensée qui met au premier
plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l'homme et qui dénonce ce qui l'asservit ou le dégrade.
On parle, par exemple, de l'humanisme « militant » de Voltaire.
Depuis Montaigne, l'humanisme, ainsi conçu, a été un des éléments les plus constants de la pensée française.
- L'humanisme pratique ou moral consiste à s'imposer, vis-à-vis de tout être humain, des devoirs et des interdits: ne pas tuer,
ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier... Cet humanisme-là revient donc
à respecter les droits fondamentaux de l'homme. C'est dans ce sens qu'André Comte-Sponville s'exprime:
« L'homme n'est pas mort: ni comme espèce, ni comme idée, ni comme idéal. Mais il est mortel; et c'est une raison de
plus pour le défendre ». (Présentations de la philosophie, 2000)
Voir aussi: La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme ~ L'Anthropologie

