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Innocence est un film d'animation de Mamoru Oshii, sorti en 2004, il s'agit de la suite de Ghost in the Shell sorti en 1995.
Batô est un cyborg vivant, véritable rambo androïde, appartenant à l'unité d'élite de la section 9 œuvrant pour le gouvernement, il ne peut se défaire du souvenir d'une femme cyborg qu'il a jadis aimé, Motoko disparu dans l'internet le réseau des réseaux ou la matrice. Epaulé par son partenaire humain Togusa, il va lui falloir déjouer un complot cybernétique. Des gynoïdes sexués, avatars cybernétiques des poupées gonflables, servant à assouvir les plaisirs sexuels humains, massacrent leurs acquéreurs avant de se suicider et de s'autodédruire.
Batou, accompagné de la pensée du major Kusanagi son ange gardien comme il dit, ou plûtot de l'être issu de la fusion de la conscience du major et du Puppet Master, un programme informatique et agent intelligent autonome né de l'océan de l'information, suceptible de s'incarner dans un corps et qui a échapé à ses concepteurs. (Voir l'épidode 1: Ghost in the Shell), Batou va alors enqueter dans des milieux terroristes et mafieux et se plonger dans l'Empire du milieu, pour découvrir qui tire les ficelles et manipule les esprits, afin de connaître le secret de fabrication et le principe vital qui anime ces gynoïdes tueuses. Il va se retrouver avec son collègue dans une espèce de musée de l'automate ou autrement dit un muséum de la « vie artificielle » pour faire le parallèle avec le muséum d'histoire naturelle de Ghost in the Shell. Il va finalement découvrir le secret sur un bateau surarmé qui croise au large dans les eaux internationales et qui sert d'usine de fabrication, en pénétrant grâce à son ange gardien le système informatique surprotégé par des hyper-firewall.
Le nom de l'usine impliquée dans ce complot s'appelle « Locus Solus ». Cela fait certainement référence au poète et écrivain français surréalistes Raymond Roussel dont l'un des livres à pour titre ce nom. Un autre de ses livres s'appelle « L'étoile au front », ce qui n'est pas sans rappeler le mythe du Golem dont une formule inscrite sur le front permet de l'animer. Il en est justement question dans ce film. L'Eve future de Villiers de l'Isle-Adam et les automates de Vaucanson sont évoqués, comme l'est aussi le souci de l'humain de fabriquer une créature à son image se prenant pour un dieu. Lectisterne ou statue animée ?
Roussel est un inspirateur de l'Oulipo (fondé par Raymond Queneau, voir ici même sur wikipedia), et l'on peut se demander si Mamoru Oshii ne pratique pas une sorte d'Oucipo une des variantes cinématograpique de l'Oulipo, dans une des séquences qui reprend l'histoire, à partir d'un instant précédent, selon des variantes différentes. Cette séquence montre des hallucinations de Togusa connecté à une machine et qui revit des évènements selon des combinaisons différentes. Délivré de cette simulation ou jeu par Batou, celui-ci nous dit qu'il s'est perdu dans les labyrinthes de son esprit. Il est question ici de virtualité et de réalité et de sa perception. Thème déjà présent dans le film Avalon du même réalisateur.
Un Oulipien se définit lui même par l'expression suivante "C'est « un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir ».
Ces dernières remarques ne résument pas toute la richesse et la complexité du film, qui reprend les thèmes abordés lors du premier épisode, comme la réalité, l'arbre de l'évolution, la course aux armements, la mémoire, la conscience ou le reflet de son image dans un miroir, mais y rajoute des préocupations sur les états d'âmes des cyborgs et poupées ou autres pantins et marionnettes qui se sentent rejetés après usage et obsolescence par leurs utilisateurs humains. (Image du sacrifice des marionnettes à la fin d'un carnaval asiatique, ressemblant au sacrifice d'enfants innocents à quelques Molochs, comme par exemple dans le Salammbô de Flaubert ou le Metropolis de Fritz Lang). Les rapports ambigüs entre humains, cyborgs ou jouets et animaux sont abordés, le même chien (si cher à l'auteur) que dans Avalon est très présent. Le film est aussi parsemé de citations de Descartes, de Milton, de Confucius, de la Bible ..., voire aussi de considérations Nitzchéennes comme « humains trop humains » ou « cyborgs trop cyborgs ».
Servi par des images et un graphisme remarquables et des techniques numériques d'animation 3D de haut niveau, ainsi que par la musique du compositeur Kenji Kawaï, ce film apparaît plus pessimiste, plus épiméthéen et plus désenchanté vis à vis des promesses prométhéennes de la technique ou de l'évolution de la conscience qu'avait sucité son illustre prédecesseur, Ghost in the Shell.
L'innocence, est elle représentée par les poupées ou les enfants ? peut être les deux.


