Jacquerie
Jacqueries sous Louis XIV
Au XVIIe siècle, les paysans vivent
presque exclusivement des produits de la terre qu'ils cultivent, ou au moyen d’achats et d’échanges limités aux voisins
immédiats. Ils ont une vie simple. Survient-il une mauvaise année, une calamité agricole, de la grêle, des inondations, et les
récoltes sont compromises. Si les récoltes sont mauvaises, c’est d’abord une hausse des prix, puis, très rapidement, une disette.
Contrairement à une opinion très répandue, l’histoire de ces misères commence très tôt dans le règne de Louis XIV. La famine s’abat sur la France en 1662 ; on assiste à un exode rapide des paysans vers la ville, où ils cherchent du secours et envahissent les
hospices. D’autres calamités viennent accabler les paysans ; les épidémies déciment les populations affaiblies par le manque
de nourriture, et la charge des impôts, la gabelle (impôt sur le sel), le papier
timbré apparaissent comme un insurmontable fardeau imposé par l’Etat.
La plupart des soulèvements populaires qui ont troublé le royaume, surtout le Sud-Ouest, de 1624 à 1670, ont été provoqués ces pressions fiscales. Ce sont les laboureurs,
les fermiers, les gros métayers qui se soulèvent le plus volontiers. La jacquerie française du XVIIe siècle est une action
désespérée.
Les révoltes sont innombrables et généralement réprimées avec une extrême dureté.
- En 1662, c’est la révolte du Boulonnais, qui se solde par trois mille arrestations et
l’envoi de quatre cents rebelles aux galères.
- En 1664, Colbert veut à nouveau imposer la gabelle aux pays rédimés. En Gascogne, un aventurier, Bernard
d’Audijos, prend le commandement des révoltés. Il tient tête, pendant deux ans à l’armée royale. Quand il est enfin pris, le roi,
devant sa popularité, n’ose pas sévir, le gracie et le nomme colonel.
- Un des plus graves soulèvements est la jacquerie vivaraise de 1670. Un inconnu avait fait courir un bruit stupide : un
édit allait créer de nouvelles taxes, plus vexatoires encore que celles qui existaient. Il n’y avait évidemment pas un mot de
vrai dans cette ridicule histoire, mais l’émeute grossit à Aubenas et aux environs.
Les pillages commencent. Les révoltés trouvent un chef en Antoine du Roure. Aux pillages succèdent les incendies et les meurtres.
Les « Rourois » ont soulevé une nouvelle jacquerie. Cette révolte se termine en défaite, suivie d’une répression
sanglante. Du Roure est arrêté et exécuté.
- En 1674, les nouveaux droits fiscaux nécessités par la guerre de Hollande amènent de
troubles en Guyenne. La répression est particulièrement dure : Bordeaux doit loger deux cent neuf compagnies d’infanterie et de cavalerie à ses
frais.
- L’augmentation des droits d’octroi
soulève la fureur populaire au Mans en 1675.
- Le prestige que Louis XIV offre à la France se trouve être fort onéreux. Dans le but de renflouer les caisses de l’État,
Colbert décrète que tout acte devra être désormais rédigé sur du papier timbré. Il réinstaure également sur le tabac et la
vaisselle d’étain des droits que la Bretagne avait racheté deux millions de livres.
Or, depuis l’union de la France et de la Bretagne en 1532, tout nouvel impôt doit être
accepté par les États Généraux de Bretagne. Bien sûr, ceux-ci s’opposent à cette taxe supplémentaire, mais Louis XIV passe outre.
Ces taxes provoquèrent un vif mécontentement, principalement à Rennes, à Nantes et en Cornouaille : elles y
amenèrent la révolte dite du Papier Timbré ou des Bonnets Rouges, en 1675. Les paysans
bretons de quatorze paroisses prirent les armes, dirigés par Sébastien Le Balp. Des nobles furent maltraités, des châteaux
incendiés, des villes menacée, des bureaux de timbre et de tabac saccagés. Les révoltés exprimèrent leurs revendications dans un
Code Paysan, rédigé à Notre-Dame de Tréminou, près de Pont-l’Abbé. Ils réclamaient l’adoucissement et parfois la suppression des droits
seigneuriaux.
- Les droits des vins à Mâcon en 1680

