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Jean Prouvé


De l'atelier à la planche à dessin

Prouvé crée en 1955 avec l'architecte-écrivain M. Bataille une petite société « les Constructions Jean Prouvé » liée à une entreprise de charpente métallique, qui lui redonne l'espoir vite déçu d'atteindre la production de logements économiques en grande série. Néanmoins, cette période trouble est marquée par la conception de bâtiment d'exception (Pavillon du Centenaire de l'aluminium, M. Hugonet ingénieur, 1955 ; Buvette Cachat à Evian, M. Novarina architecte, 1956) et des fabrications novatrices qui, faute d'obtention d'agrément officiel, restent des prototypes (maison de l'Abbé Pierre ou « des jours meilleurs », 1956 ; école-béquille à Villejuif, S. Ketoff ingénieur, 1957).

Devenu en 1957 responsable du département « bâtiment » d'une société industrielle (CIMT), Prouvé rejoint des lieux de production et met au point des systèmes de façades légères qui bénéficient de ses recherches antérieures et dont l'élément déterminant est le profil raidisseur. Le standard rigoureux est amélioré grâce aux techniques de fabrication de pointe (emboutissage, extrusion) et à une qualité d'exécution qui résout les problèmes de finition et d'isolation (aérogare d'Orly-Sud, Vicariot architecte, 1959) mais n'exclut pas les variantes et les adaptations (Hôtel de Ville de Grenoble, M.Novarina architecte, 1966 ; Faculté de médecine de Rotterdam, Choisy architecte, 1967).

À titre personnel, il participe à des recherches (maison saharienne avec Ch. Perriand, 1958), des consultations (verrières à raidisseurs en acier plié du CNIT à Paris-La Défense, Zehrfuss architecte, 1957), des concours (avec J.Belmont et M.Silvy : écoles GEEP, 1960 ; lycées CCC, 1963).

Son statut d'ingénieur-consultant est officialisé en 1966 quand, quittant la CIMT, Prouvé ouvre un petit bureau d'études où s'élaborent des projets qui font date et démontrent la constante évolution et l'extraordinaire esprit d'adaptation de ce constructeur.

Il collabore avec les architectes les plus prestigieux pour des bâtiments qui portent la marque de son intervention (le CNIT, Tour-Nobel Paris-La Défense J.de Mailly architecte, 1967 ; aile V de l'Unesco Paris, B.Zehrfuss architecte, 1969 ; siège du PCF Paris, O.Niemeyer architecte 1970). Au début des années soixante, Prouvé conçoit en collaboration deux importants systèmes de construction : la « toiture réticulaire à surface variable » qui s'adapte à tous les types de construction (avec L. Pétroff ingénieur) et le « Tabouret », procédé mettant en œuvre deux seuls éléments : un poteau et une poutre (Palais des expositions de Grenoble, Claude Prouvé architecte, 1968 ; Université libre de Berlin, G.Candilis architecte, 1969).

De 1957 à 1970, Prouvé est appelé pour occuper la chaire d'Arts appliqués du Conservatoire national des arts et métiers à Paris.

Intéressé depuis toujours par la pédagogie, il met en place un enseignement qui illustre son approche industrielle de la construction, en s'appuyant sur l'analyse d'"objets techniques" -de l'automobile à la construction-, souvent à partir de ses propres expériences.

C'est aussi pour lui l'occasion de formuler ses préoccupations concernant l'intégration du bâti à l'environnement.

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La fin de la carrière de Prouvé est marquée par l'expérimentation de nouvelles matières (stations-services cylindriques TOTAL) ou de composants (panneaux de façade de l'université de Lyon-Bron) ainsi que par plusieurs projets trop audacieux pour être réalisés, mais qui apportent à son œuvre une dimension urbanistique (siège du Ministère de l'Education Nationale, avec Belmont et Swetchine, 1970 ; station d'Arc 2 000, avec Hayama et Binotto, 1970).

C'est aussi le moment d'une reconnaissance internationale et de belles réussites : réussite technique pour la structure du Palais omnisports de Paris-Bercy (Andrault et Parat architectes, 1978) ou la tour-radar d'Ouessant qui transcende le principe du noyau central en béton ébauché à Maxéville (Jacquin architecte, 1981). Réussite « morale » lorsque Prouvé est plébiscité pour occuper la place difficile de président du Jury international pour le concours du Centre national d'art et de culture voulu par le Président Georges Pompidou (1971). Imposant le projet de Piano et Rogers, c'est en quelque sorte une part de son « héritage culturel » que nous livre Prouvé puisque dans ce bâtiment sont reconnaissables ses apports essentiels à l'architecture technologique, déjà présents dans le marché de Clichy quelque 35 ans plus tôt : structure en acier plié, façade-rideau en panneaux modulaires, mise en évidence des principes constructifs, flexibilité des espaces intérieurs, ainsi qu'une certaine désuétude qui rejoint aussi l'empirisme artisanal de Prouvé.



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