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Kumbhamelâ


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La Kumbhamelâ ou Kumbh Melâ - littéralement la fête, melâ de la cruche, kumbha - est un pélerinage hindou, se produisant quatre fois tous les douze ans et qui a lieu, à tour de rôle, dans les lieux saints : Prayâg, le nom hindou d'Allâhâbâd, dans l'Uttar Pradesh, Hardwâr dans l'Uttaranchal, Ujjain dans le Madhya Pradesh et Nasîk dans le Maharashtra. Chaque cycle de douze années inclut une Mahâ Kumbhamelâ ou grande Kumbhamelâ à Prayâg, à laquelle prennent part plusieurs millions de personnes, ce qui en fait faisant probablement le plus grand pélerinage de la terre. Les estimations considèrent que lors de la dernière Mahâ Kumbhamelâ en 2001, 70 millions de personnes se sont succédé sur les rives du Gange en trois semaines.


Sommaire

Les origines historiques

Les racines historiques de la Kumbhamelâ se trouvent peut-être dans des cérémonies propitiatoires organisées aux temps des semailles, cérémonies au cours desquelles des pots de grains sont trempés dans les eaux des fleuves sacrés et mis à germer. On l'a aussi considéré comme un rituel de fertilité, la cruche symbolisant par sa forme non seulement la Déesse Mère mais également l'utérus, la matrice du monde. Elle serait alors naturellement associée à l'eau, en général, et à celles des fleuves en particulier, fleuves qui ont toujours joué un rôle majeur dans le monde indien, depuis la civilisation de la vallée de l'Indus, tout au moins comme semble l'indiquer le tank de Mohenjo-daro.

Au VIIe siècle, le roi Harsha invita Xuanzang à Prayâg pour assister, peut-être, à la Kumbhamelâ et le pèlerin chinois fit à cette occasion la première mention historique de la manifestation. Certains historiens contestent cependant qu'il se soit agi de cette fête particulière. On s'accorde à penser, en revanche, que le réformateur hindouiste Adi Shankarâchârya est à l'origine du rassemblement des philosophes, sages et saints hommes au cours des Kumbhamelâ pour fixer la doctrine et insuffler, à son époque, un renouveau à l'hindouisme qui avait souffert depuis plusieurs siècles de la puissance du bouddhisme et du jaïnisme.

La légende originelle

L'observance de la Kumbhamelâ est basée sur le mythe hindou du barattage de la mer de lait. Dans les temps très anciens, les deva et les asura, les dieux et les démons, firent une alliance provisoire de façon à travailler ensemble à l'élaboration de l'amrita, le nectar de l'immortalité, à partir de la Ksheera Sagara, la mer primordiale de lait, et à partager ensuite cet amrita. Cependant, quand la Kumbha, la cruche, contenant l'amrita apparut, les démons s'en emparèrent et s'enfuirent au loin pourchassés par les dieux. Durant douze jours et douze nuits divines, l'équivalent de douze années humaines, les dieux et les démons combattirent dans le ciel pour la possession de la cruche d'amrita. Pendant la bataille, des gouttes d'amrita tombèrent en quatre endroits: Prayâg, Hardwâr, Ujjain et Nasîk, raison pour laquelle ces villes sont sacrés et le lieu de la célébration de la Kumbhamelâ.

Astrologie et Kumbhamelâ

Les dates précises de la Khumbhamelâ sont déterminées, comme souvent en Inde, par des méthodes astrologiques, basées sur les positions du soleil, de la lune et de Jupiter :

Une partie du camp de toile de la Mahâ Kumbhamelâ de 2001
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Une partie du camp de toile de la Mahâ Kumbhamelâ de 2001

Les pratiques de la Kumbhamelâ

Les villes qui accueillent les Kumbhamelâ sont le théâtre, au début de la manifestation, de parades cérémonielles qui marquent l'arrivée officielle des saints hommes, montés sur une grande variété de modes de transport, éléphants, chevaux, chameaux, voitures, palanquins, et chariots, parfois tirés par des hommes faisant preuve de dévotion. Généralement les Naga Baba, les guerriers de Shiva, sont les premiers à défiler sous une pluie de pétales, puis chaque secte tente de dépasser les autres par la splendeur de son cortège.

L'événement le plus important de la Kumbhamelâ est l'immersion dans le fleuve au moment où ses eaux se transforment en amrita. Les Hindous pensent que s'immerger complètement dans les eaux à ce moment-là les nettoiera, ainsi que leur ascendants sur 88 génération, des tous leurs péchés. Les dates les plus propices, déterminées par des calculs astrologiques, sont les jours dits de shahi shan. Ces jours-là, les Akhara - ou grands rassemblements de sâdhus - conduisent un cortège royal - shahi - qui atteint son apogée avec l'immersion dans le Gange (snan). Les Naga Baba sont les premiers à s'immerger, ce qu'ils font nus et par deux, parés parfois seulement d'une mâlâ. Lorsqu'ils ont terminé leur ablutions, les sâdhu recouvrent leur corps de cendre. Après que les différentes sectes de sâdhu se soient baignés, avec parfois quelques échauffourées pour des raisons de préséance, les pélerins ordinaires, qui ont attendu patiemment jusque là, peuvent accéder à l'eau.

Hormis l'immersion dans le fleuve, le pélerinage à la Kumbhamelâ permet aux croyants hindous de recevoir la bénédiction des sâdhu, saints et et autre yogis et de faire le darshan, la contemplation rituelle qui transmet l'énergie spirituelle. Les dévots parcourent ainsi les camps de toiles où logent les sâdhu, recevant des bénédictions et faisant en retour des offrandes.

La Kumbhamelâ est évidemment une période particulièrement propice pour des cérémonies religieuses, l'une d'entre elles étant l'initiation de milliers de sâdhu novices qui entament ainsi leur vie d'ascètes. De même, c'est l'occasion pour des sâdhu confirmés de recevoir une promotion dans leur ordre ou de faire le vœu de suivre une nouvelle ascèse.

Les prochaines Kumbhamelâ

Citation

Tous les douze ans, l'Inde tout entière frémit ; les villages s'agitent, les monastères se vident, des grottes de l'Himalaya descendent des ermites nus barbouillés de cendres, de la côte de Malabar, du cap Comorin, du golfe du Bengale, des monts Vindhya, du désert du Thar convergent des charrettes de toutes sortes, des cortèges de moines, des bandes de chemineaux, des troupes de lépreux, des suites de rajahs, des coches bondés de femmes cachées par des rideaux blancs, des trains pleins de citadins, une foule prodigieuse assoiffée de sainteté : les pèlerins de la Kumbh-Mela.

Mircea Eliade, L'Inde

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