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La Métaphysique


La Métaphysique est un ensemble de quatorze livres que l'on attribue à Aristote.

Sommaire

Histoire du corpus aristotélicien

Aristote est-il l'auteur de La Métaphysique ? Est-elle toute entière de lui ? N'est-ce qu'un assemblage de traités différents ? Le plan dont nous disposons est-il le plan original de cettte œuvre ? Ces questions se sont posées très tôt ; avant de proposer une analyse de l'œuvre, voici quelques éléments d'histoire du corpus aristotélicien et du texte de la Métaphysique.

Histoire de l'œuvre d'Aristote en général

Tout les documents relatifs à ces questions ont disparus ; Adraste d'Aphrodisée avait ainsi rédigé un Peri tes taxos tov Aristotelous sungrammatov et Andronicos de Rhodes un ouvrage sur Aristote et ses œuvres, ouvrages connu de Plutarque et d'Aulu-Gelle (Nuits Attiques, XX, 5). Les témoignages les plus étendus ont accrédité la thèse d'un oubli relatif des œuvres ou de certaines des œuvres d'Aristote.

Antiquité

Selon Strabon (XIII, 608):

« A Scepsis naquirent Coriscus et son fils Nélée ; disciple d'Aristote et de Théophraste, Nélée hérita de la bibliothèque de Théophraste, dont celle d'Aristote faisait partie ; car Aristote (le premier, que je sache, qui ait rassemblé des livres, et enseigné aux rois d'Egypte à mettre en ordre une bibliothèque) avait laissait en mourrant à Théosphrate sa bibliothèque et son école. Théophraste laissa donc les livres à Nélée. Celui-ci les ayant portés à Scepsis les transmit à ses héritiers, gens ignorants, qui les tinrent enfermés et entassés en désordre. Lorsqu'ils vinrent à savoir quelle ardeur mettaient les Attales auxquels leur ville obéissait, à l'assembler des livres pour la bibliothèque de Pergame, ils cachèrent les leurs sous terre, dans une cave, où ils furent gâtés par l'humidité et par les vers. Longtemps après, leurs descendants vendirent, pour un haut prix, à Apellicon de Téos les livres d'Aristote et de Théophraste. Or, cet Apellicon était plus bibliophile que philosophe. Voulant donc restituer ce qui avait été rongé, il transcrivit les livres, en en comblant maladroitement les lacunes, et les publia remplis de fautes. Ainsi les anciens péripatéticiens, les successeurs de Théophraste, n'ayant point ces livres, à l'exception d'un petit nombre, et encore d'exotériques pour la plupart, ne pouvaient philosopher sérieusement, et durent se borner à des amplificalions sur un thème donné. Ceux qui vinrent ensuite, lorsque ces livres eurent paru, firent mieux dans la philosophie et l'aristotélisme ; mais ils furent souvent forcés de parler par conjecture, à cause de la multitude des fautes. Rome y ajouta beaucoup : car, aussitôt après la mort d'Apellicon, Sylla prit sa bibliothèque en prenant Athènes, et la transportaa à Rome. Là elle passa par les mains du grammairien Tyrannion qui aimait fort Aristote et qui avait gagné le bibliolhécaire ; et les libraires se servirent souvent de copies fautives qu'ils ne collationnaient pas, ce qui arrive encore tous les jours pour les autres livres qu'on met en vente, soit à Rome, soit à Alexandrie. »

Selon Plutarque (Vie de Sylla) :

« Sylla prit pour lui la bibliothèque d'Apellicon de Téos, où se trouvaient la plupart des livres d'Aristote et de Théophraste encore mal connus du public. On dit que lorsqu'on l'eut transportée à Rome, le grammairien Tyrannion en obtint la plus grande partie ; qu'Andronicus de Rhodes en acquit de lui des copies qu'il publia et écrivit les tables qui circulent aujourd'hui. Les anciens péripatéticiens paraissent avoir été des hommes doctes et lettrés, mais n'avoir connu encore d'une manière imparfaite, qu'un petit nombre des livres d'Aristote et de Théophraste parce que l'héritage de Nélée de Scepsis à qui Théophraste avait laissé ses livres, étaiaent tombé entre les mains de gens insouciants et ignorants. »

Ce dernier texte est recopié par Dion Cassius et dans la Souda.

Selon une autre tradition (Athénée, Banquet des sophistes) :

« Nélée hérita des livres d'Aristote (et de Théophraste) ; Ptolémée Philadelphe les lui acheta tous et les transporta avec ceux qui venaient d'Athènes et de Rhodes dans Alexandrie. »

Démétrios de Phalère fut à la tête de la bibliothèque d'Alexandrie sous les deux premiers Ptolémée ; il était l'ami de Théophraste qu'il invite à la cour. Il est donc possible que ce dernier fournit à Démétrios des copies des œuvres d'Aristote, d'autant que Philadelphe cherchait en priorité ses ouvrages. Un commentateur d'Aristote (David, Sur les catégories) indique en outre que Ptolémée Philadelphe composa une biographie du philosophe contenant un catalogue de ses œuvres et il en aurait compté plusieurs milliers. Ce nombre énorme s'explique par les falsifications qui furent suscitées par la générosité de Ptolémée (de nombreux témoignages confirment ce point : Ammonius, David, Galien, etc.). Il arrivait ainsi de partout des livres dont on prétendait qu'ils étaient d'Aristote ; la bibliothèque d'Alexandrie compta ainsi une quarantaine d'Analytiques...

Mais dans ce cas, il faut admettre que l'héritage de Nélée ne fut pas une référence, puisque, dans le cas contraire, ces falsifications n'auraient pas été retenues. Il faut encore ajouter que les disciples d'Aristote écrivirent sur les mêmes sujets que leur maître : Eudème écrivit ainsi une Physique, et nous savons par une lettre de Théophraste qu'il possédait la Physique d'Aristote.

Tout nous laisse en fin de compte supposer une grande diffusion des œuvres d'Aristote : l'académicien Xénocrate et l'épicurien Hermachus (auteur d'un Pros Aristotelev) écrivirent contre lui ; les stoiciens lui empruntèrent, en le critiquant, des éléments de logique, de morale et de physique. Toutes les écoles de philosophie, à toutes les époques, connaissent Aristote. En revanche, entre le temps d'Eudème et de Théophraste jusqu'au siècle d'Auguste, nous ne connaissons aucune référence à la Métaphysique. Mais il reste que l'hypothèse répandue d'un oubli des œuvres d'Aristote est extrèmement exagérée.

Apellicon de Téos et Andronicos de Rhodes

Strabon et Plutarque attribuent à Andronicos certaines publications des textes d'Aristote ; pourtant Cicéron, qui parle plusieurs fois de ce dernier et d'Apellicon, n'évoque jamais la redécouverte des œuvres d'Aristote. Cette idée d'une redécouverte est en fait extrêmement douteuse.

Apellicon, passionné de manuscrits autographes péripatéticiens, acheta à Scepsis des ouvrages d'Aristote qu'il transcrivit entièrement. Mais les vers et l'humidité avaient détruit de nombreux passages et il combla lui-même les lacunes. Étant donné l'étendue de ce travail, il est probable qu'il ne posséda qu'une partie du corpus. Son édition fut jugée extrêmement fautive par Strabon (cf. texte donné plus haut) :

«cet Apellicon était plus bibliophile que philosophe. Voulant donc restituer ce qui avait été rongé, il transcrivit les livres, en en comblant maladroitement les lacunes, et les publia remplis de fautes. »

Il est donc peu vraisemblable qu'Apellicon travailla avec d'autres manuscrits.

En ce qui concerne Andronicos, il ne semble pas avoir donné une véritable édition d'Aristote ; son texte paraît en effet avoir été aussi fautif que celui d'Apellicon. Selon Plutarque, il publia les copies qu'il avait acquises auprès de Tyrranion, et il composa des tables et des index (Vie de Sylla, c. XXVI). Et nous avons le témoignage de Porphyre qui déclare avoir imité...

« Apollodore, qui divisa en dix sections les comédies d'Epicharme, et Andronicos le péripatéticien, qui classa par ordre de matière des livres d'Aristote et de Théophraste, en réunissant en un tout les traités partiels sur un même sujet. » (Vie de Plotin, XXIV).

Andronicos dressa la catalogue des œuvres d'Aristote, et il écrivit une vie du philosophe, ainsi que de Théophraste, et traita de l'ordre et de l'authenticité de leurs œuvres. Dans son ouvrage sur Aristote, on trouvait le testament du philosophe, et la correspondance entre Alexandre et Aristote. Le cinquième livre contenait une table des écrits d'Aristote. Il plaçait la Logique en tête de son catalogue, logique où il plaçait les Catégories juste avant les Topiques ; il tenta aussi de déterminer la composition et l'ordre interne de chaque œuvre particulière. C'est sans doute lui qui réunit les trois derniers livres de la Physique au cinq premiers. Il signala l'existence de deux textes des Catégories, et considérait comme apocryche l'appendice de ce texte, ainsi que le De l'interprétation. Le jugement d'Andronicos sur ce dernier ouvrage indique qu'il n'avait en réalité pas de critère sûr pour établir l'authenticité des textes ; en effet, son argument s'appuie uniquement sur une citation jugée par lui inexacte du Traité de l'Âme.

L'ordre du corpus établi par Andronicos est encore celui qui est suivi à peu près jusqu'à nos jours, mais il existe des différences qui tiennent vraisemblablement à une division latine (peut-être constituée entre le IVè et le VIè siècle après J.C., de Victoranus à Boèce).

Époque moderne

À l'époque moderne, les questions sur le corpus aristotélicien commencèrent à la Renaissance avec Pic de la Mirandole, qui mis en doute l'authenticité de La Métaphysique (Examinatio vanitatis doctrinae gentis, IV, 5). La discussion se poursuivit entre Nizzoli et Majoraggio, mais le premier qui réunit les textes fut Patrizzi qui tenta d'établir des règles critiques et pensait que la Métaphysique était apocryphe (Discussiones peripateticae, 1583).

En 1717, un texte anonyme (Dans les Aménitez de la critiques, ou Discussions et Remarques nouvelles sur divers points de l'antiquité ecclésiastique et profane ; l'auteur est un fait Liron) mettait en doute les récits de Plutarque et de Strabon sur l'histoire des manuscrit d'Aristote.

Les travaux se poursuivirent en Allemagne, avec Brandis, Bekker, Bonitz, et en France, avec Ravaisson.

Histoire de la Métaphysique

Les traités qui forment la Métaphysique semblent avoir été publié du vivant d'Aristote (publication des écrits acroamatiques : Aulu-Gelle, Nuits Attiques, XX, V ; Plutarque, Vie d'Alexandre). Néanmoins, cette hypothèse est contredite par Asclepios de Tralles :

« Le présent ouvrage n'a pas l'unité des autres écrits d'Aristote, et manque d'ordre et d'enchaînement. Il laisse à désirer sous le rapport de la continuité du discours ; on y trouve des passages empruntés à des traités sur d'autres matières ; souvent la même chose y est redite plusieurs fois. On allègue avec raison, pour justifier l'auteur, qu'après avoir écrit ce livre il l'envoya à Eudème de Rhodes, son disciple, et que celui-ci ne crut pas qu'il fût à propos de livrer au public, dans l'état où elle était, une œuvre si importante ; cependant Eudème vint à mourir, et le livre souffrit en plusieurs endroits. Ceux qui vinrent ensuite, n'osant y ajouter de leur chef, puisèrent pour combler les lacunes, dans d'autres ouvrages, et raccordèrent le tout du mieux qu'ils purent. »

Le texte ne fut donc publié qu'après la mort d'Eudème, et il est vraisemblable que ce dernier l'avait corrigé, peut-être avec l'aide de ses condisciples (selon Alexandre d'Aphrodisée, Sur la Métaphysique, VII). Ce point est un argument très fort en faveur de l'authenticité de la Métaphysique, et il montre en outre que ce texte était connu des disciples d'Aristote. Il ne paraît pas que Nélée reçu la Métaphysique dans l'héritage de Théophraste. Mais nous ne savons pas quelle est la nature des modifications que subit cette œuvre, ni à quelle époque cela eut lieu.

Comme il a été dit plus haut, nous ne connaissons pas de référence à la Métaphysique entre le temps de Théophraste et le siècle d'Auguste ; Cicéron ne parle jamais de cet ouvrage. Après le temps d'Andronicos de Rhodes, nous trouvons quelques commentateurs : Eudorus, Evharmostus et le plus connu, Nicolas de Damas. Ce dernier semble avoir composé un Theoria tov Aristotelous meta ta phusika, dont le titre fait apparaître cette expression qui allait devenir le nom du texte d'Aristote : Meta ta phusika. On a attribué ce titre à Andronicos de Rhodes, mais on le trouve dans un fragment de Théophraste sur la philosophie première ; il a donc peut-être été inventé par un disciple immédiat d'Aristote.

Enfin, Diogène Laërce ne mentionne pas la Métaphysique dans son catalogue.

Analyse de l'œuvre

Livre A

1. Les sensations nous plaisent en elles-mêmes, surtout la vue, parce qu'elle nous offre le plus de connaissances et de différences. Par nature, les animaux sont doués de sensation, mais la sensation engendre ou non la mémoire. Or les animaux doués de mémoire sont les plus intelligents et les plus aptes à apprendre. La faculté d'apprendre nécessite en outre le sens de l'ouïe.
De la mémoire naît l'expérience constituée par les nombreux souvenirs d'une même chose. À partir d'une multitude de notions expérimentales se dégage un seul jugement universel à tous les cas semblables : c'est ce qui constitue l'art.
Dans la vie pratique, l'expérience parait supérieure à l'art, car elle est connaissance du particulier, de l'individuel, alors que l'art connait l'universel et ignore les choses individuelles. Mais c'est à l'art qu'appartiennent le savoir et la faculté de comprendre : les hommes de l'art savent le pourquoi et la cause. Les plus sages sont sages non par l'habileté pratique, mais par la théorie et la connaissance des causes. Le signe de ce savoir, c'est qu'il peut être enseigné ; or, les hommes d'art peuvent enseigner.

Les sensations sont donc le fondement de la connaissance du particulier, mais elles ne sont pas la science et ne nous apprennent pas le pourquoi. L'art est dégagé des sensations communes, et c'est après la constitution des arts relatifs aux nécessités de la vie et aux agréments que nacquirent les sciences les plus libres, en particulier les mathématiques.

La sagesse a pour objet les premières causes et les principes des êtres ; aussi les sciences théorétiques sont-elles supérieures aux sciences pratiques.

2. La recherche de la science : de quelles causes et de quels principes la philosophie est-elle la science ?
Pour le découvrir, cherchons les jugements portés sur le philosophe :

Ainsi la connaissance de toutes choses appartient nécessairement à celui qui possède la science de l'universel. Mais c'est extrèmement difficile, car ces connaissances sont les plus éloignées des sens.

La philosophie doit donc être la science théorétique des premiers principes et des premières causes, et la fin est l'une de ces causes.

D'où vient qu'il y a de la philosophie ? C'est l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques, quand ils virent leur ignorance et qu'ils voulurent y échapper. Car si l'on commence par l'étonnement, on finit par le repos du savoir. Par conséquent, cette science est aussi la seule qui soit libre, car elle est à elle-même sa propre fin.
La philosophie n'est-elle pas plus qu'humaine ? La nature huamine est souvent esclave et le dieu seul ou principalement peut être philosophe. Cette science est moins nécessaire que les autres, mais elle est la science des dieux.

3. Recherche de la cause chez les premiers philosophes.
Nous connaissons une chose seulement quand nous pensons connaître sa première cause. Or, le mot cause a quatre sens (cf. Les 4 causes) :

Pour les premiers philosophes, il y a une nature première, une ou multiple, d'où le reste est engendré, mais elle demeure toujours. Ses éléments sont variables ; par exemple, l'eau, d'où, pour Thalès de Milet, viennent toutes choses, et qui est donc leur principe. Autres principes : l'air, le feu, etc. ou encore des principes en nombre infini qui s'unissent et se séparent.
Mais tout cela est insuffisant : pourquoi cela arrive-t-il et quelle en est la cause ? Le substrat en tant que substrat n'est pas la cause de ses propres changements : d'où vient alors le commencement du mouvement, quel est son principe ? Les éléments sont ces principes du mouvements.
Mais cela n'engendre pas la nature des choses : d'où vient l'ordre, le beau dans les choses ? Pas du hasard : Anaxagore affirma qu'il y avait une Intelligence (nous en grec) dans la nature, cause de l'ordre et de l'arrangement universel.

4. C'est Hésiode qui le premier, à ce qu'il semble, trouva des causes du mouvement et de l'ordre (l'Amour, comme Parménide).Mais comme le mal et le laid l'emporte dans la nature, on trouve l'Amour et la Haine chez Empédocle, peut-être même le Bien et le Mal comme principes. Quant à Leucippe et Démocrite ils affirment que les différences de l'être viennent de la configuration, de l'arrangement et de la tournure des atomes.

5. Les pythagoriciens se consacrèrent aux mathématiques. Pour eux, les principes des mathématiques étaient les principes de tous les êtres. Le nombre est la matière et constituant des modifications des états des êtres ; mais le nombre est lui-même constitué d'éléments contraires (limite, illimité, etc.) : les contraires sont les principes des êtres.

6. Les Idées. Les choses sensibles sont dans un flux perpétuel et ne peuvent être l'objet de science. Platon reprit les recherches de Socrate (sur l'universel et la définition), mais pensa qu'il existait des réalités d'un autre ordre que les êtres sensibles.

7.

8. Critique des Préplatoniciens

9. Critique de la théorie des Idées

Livre a

Éditions de la Métaphysique

Bibliographie

Commentaires sur la Métaphysique

Études générales

Voir aussi



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