Langues anatoliennes
Les langues anatoliennes constituent une famille de langues indo-européennes parlées en Anatolie aux IIe
et Ier millénaires avant notre ère.
Leur filliation est la suivante :
- nésique (ou hittite-nésique), le plus souvent appelé hittite
- louvite
- palaïte
- carien
- pisidien
- sidétique
- lydien, qui semble avoir connu une
évolution propre plus importante.
Déchiffrées au XXe siècle, les langues anatoliennes ont permis de valider certaines hypothèses concernant
l'évolution de l'indo-européen émises par les linguistes de la fin du XIXe siècle, en particulier l'analyse structurale proposée
par Ferdinand de Saussure :
- toutes les langues indo-européennes alors connues possédaient trois genres : masculin, féminin et le neutre. Les spécialistes estimaient
qu'il s'agissait d'une dérivation d'un système plus ancien fonctionnant sur une distinction entre l'animé et
l'inanimé. La découverte du hittite-nésique a confirmé cette hypothèse, l'ancien système y ayant été conservé. Il existe
en effet dans les langues anatoliennes le genus commune (animés) et genus neutrum (inanimés) ;
- les racines indo-européennes étant
principalement fondées sur des consonnes autour desquelles s'articule une (ou
plusieurs) voyelle alternante (à la manière des racines sémitiques), une hypothèse estimait que chaque racine devait
commencer par une consonne, ce qui n'est pas le cas, sauf si l'on suppose l'existence d'une consonne initiale qui se serait
amuïe dans toutes les langues. Supposer son existence permettait de
poser les bases d'un système plus cohérent. Lors du déchiffrage du hittite, l'on s'est rendu compte que, justement, cette langue
avait conservé cette consonne. Le système supposé était alors confirmé. Par exemple, nous pouvons comparer le hittite
haui- (avec une laryngale initiale) avec le latin oui-s, tous deux
désignant la brebis ;
- d'une manière similaire, les langues indo-européennes connaissent des alternances vocaliques
très fréquentes qui, ainsi que Saussure l'avait deviné, proviennent en fait de l'amuïssement d'une laryngale, laquelle peut
colorer une voyelle en contact et lui faire subir un allongement compensatoire. Ce phénomène, appelé la théorie des
laryngales est, grâce à la découverte des langues anatoliennes, attesté à de nombreuses reprises. Il faut noter que Saussure
avait eu l'intuition de ces laryngales (sans arriver à la conclusion qu'il s'agissait de consonnes) et les avait nommées
coefficient sonantique. Plus tard, en s'inspirant fortement du fonctionnement des langues sémitiques, on les a désignées
sous le nom de schwa (terme propre à
la grammaire de l'hébreu). Actuellement, le terme de laryngale est le
plus fréquent.
Ainsi, en ayant conservé certains caractères archaïques, les langues anatoliennes jouent un rôle important dans notre
compréhension de l'évolution des langues indo-européennes voire forcent à supposer que, génétiquement, les langues
indo-européennes ne forment pas les familles qu'on lui supposait. Leur étude est primordiale en linguistique comparée des langues indo-européennes et,
partant, en phonétique historique.
À côté de ces caractères archaïques, les langues anatoliennes possèdent également un certain nombre de caractères évolués. En
particulier, le nombre de cas de leur déclinaison est de cinq, alors que l'indo-européen
reconstitué en a huit. Bien que cela puisse être expliqué par une évolution indépendante de la langue, certains linguistes y
voient la trace d'une divergence antérieure au stade de l'indo-européen. L'indo-européen et les langues anatoliennes, au lieu d'être en relation parent-enfant,
seraient issus d'une langue commune, parfois baptisée indo-hittite. Cette opinion, plausible, n'est cependant étayée d'aucun argument non-linguistique et
reste donc minoritaire.
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