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Le Banquet (Platon)

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Cet article fait partie de la série
Les dialogues de Platon
Premiers dialogues
Second Alcibiade
Hippias mineur
Premier Alcibiade
Euthyphron
Lachès - Charmide
Lysis - Hippias Majeur
Ion
'
Protagoras - Euthydème
Gorgias - Ménexène
Ménon
Apologie de Socrate
Criton - Cratyle
'
Phédon - Le Banquet
La République - Phèdre
Les grands dialogues
Théétète - Parménide
Le Sophiste - Philèbe
Le Politique - Timée
Critias - Les Lois
Authenticité douteuse
Les Rivaux - Théagès
Minos - Clitophon

Le Banquet est l'une des deux œuvres de Platon concernant la nature de l'amour, l'autre étant Phèdre.

Personnages du dialogue : Socrate, Agathon, Phèdre, Pausanias, Aristophane, Eryximaque, Alcibiade

En l'an -416 eu lieu un banquet à Athènes. Parmi les convives de ce banquet donné en l'honneur d'Agathon, poète tragique, disciple de Gorgias, se trouvaient Socrate et Aristophane. La discussion, autour du thème de l'amour, devint légendaire.

Sommaire

Introduction

Ce dialogue est une succession de discours, rapportés par Apollodore, discours qui sont énoncés par les convives du banquet, organisé par un ami de Socrate, auquel ce dernier s'est rendu. Au cours du symposium (tel est le titre original, « banquet » n'étant qu'une approximation : pendant le symposium, l'on ne mange pas), les convives, qui ont déjà trop bu la veille, décident de prononcer des éloges à Éros, car Phèdre est indigné : tous les dieux sont chantés par les poètes, mais il n'y a pas d'éloge d'Eros, un dieu pourtant si ancien et si important. Il faut donc célébrer la divinité : les différents discours se succèdent sous les applaudissements des convives.

Discours de Phèdre

C'est Phèdre qui prononce le premier discours.
Eros, dit-il, est un dieu important, admirable surtout par son origine : il est le plus ancien et n'a ni père ni mère. D'abord, il y eut le chaos, puis la Terre et Eros. Etant le plus ancien, il est pour nous la source des biens les plus grands, car le principe qui doit inspirer les hommes qui cherchent à vivre comme il faut, c'est l'amour. En effet, la honte est liée à l'action laide, la recherche de l'honneur est liée à l'action belle : sans cela, il n'y a ni cité, ni individu pour réaliser des grandes et belles choses. Or, si on formait une cité ou une armée avec des amants et leurs aimés, chacun rejeterait ce qui est laid, et il y aurait émulation dans la recherche de l'honneur. Combattant ensemble, ils vaincraient l'humanité entière, car toute lâcheté est impossible quand on est prêt à mourir par amour. Enfin, celui que les dieux admirent le plus et honorent, c'est le sentiment de l'aimé pour l'amant : l'amant est plus divin, inspiré par les dieux.

Discours de Pausanias

Après quelques autres discours, vient celui de Pausanias.
Selon lui, il y a en réalité plusieurs Eros ; pour lequel faire un éloge ? Il n'y a pas d'Aphrodite sans Eros ; or, il y a deux Aphrodite, donc il y a deux Eros. La plus ancienne Aphrodite, fille d'Ouranos, est la Céleste, l'autre est la vulgaire. Or, une action n'est ni belle ni laide en elle-même, c'est la façon de l'accomplir qui la rend belle : donc Eros n'est pas indistinctement beau, seul est digne d'éloge celui qui incite à l'amour.

Eros vulgaire

L'Eros vulgaire aime l'aventure : il aime les femmes comme les garçons, les corps et les âmes. Il recherche des partenaires peu intelligents, car seul son but lui importe. Il fait l'amour au hasard, sans se demander si son action est bonne.

Eros céleste

L'autre Eros se rattache à l'Aphrodite céleste. Celle-ci s'adresse aux garçons et n'est pas insolente. Un tel Eros inspire en effet l'amour du sexe le plus fort et le plus intelligent. Mais il faudrait des règles de conduite pour éviter les comportements intempestifs des amants vulgaires. Chez certains l'homosexualité n'est pas honteuse, mais pour d'autres, elle est honteuse. Pour nous, prenons en considération les trois points suivant :

Pourtant, on fait des reproches aux aimés, on les empêche de parler à leurs amants. C'est qu'une action est belle si on se conduit comme il faut, honteuse autrement ; par exemple, céder à quelqu'un qui n'en vaut pas la peine, à l'amant vulgaire qui aime surtout le corps. Cet amant n'a pas de constance ; celui qui aime un caractère qui en vaut la peine reste un amant toute sa vie car il s'est fondu avec quelque chose de constant. La règle sera donc que l'amant poursuive et que l'aimé fuit : le temps qui passe sera en effet un excellent révélateur.
Il n'y aura donc qu'une seule voie pour l'aimé de céder de belle manière, par l'esclavage volontaire à la vertu, car si l'on accepte d'être au service de quelqu'un pour devenir meilleur, cela n'est pas honteux. L'amant et l'aimé ont alors le même but : la justice, devenir bon, être sage. Cela oblige l'amant et l'aimé à prendre soin d'eux-même pour devenir vertueux. Le reste appartient à l'Aphrodite vulgaire.

Aristophane passe son tour car il a le hoquet.

Discours d'Eryximaque

Erryximaque, médecin, reprend la distinction des deux Eros en la rapportant à son art :
pour lui, la distinction des deux Eros est bonne, mais elle ne concerne pas seulement les âmes des êtres humains : cela concerne toute chose qui recherche autre chose, comme le montre la médecine. Favoriser ce qu'il y a de bon et de sain dans chaque corps est beau, et c'est celà la médecine, car elle est la science des opérations de remplissage et d'évacuation du corps que provoque Eros. En conséquence, celui qui distingue le bon Eros est un médecin accompli. Il doit savoir en outre faire apparaître l'affection et l'amour mutuels entre les choses qui sont en conflit : froid, chaud, sec, humide, etc. C'est en établissant l'amour et la concorde entre ces choses qu'Asclépios à fondé la médecine. La médecine, la gymnastique, la musique sont gouvernées par ce dieu. En musique on réalise un accord par une opposition entre l'aigu et le grave : la musique crée l'amour mutuel, dans l'ordre de l'harmonie et du rythme, c'est une science des phénomènes de l'amour.
Il faut donc partout sauvegarder l'un et l'autre amour : l'Eros bien reglé apporte l'abondance et la santé, et l'Eros de la démesure provoque de nombreuses destructions (épidemies, etc). Le déséquilibre dans les relations frappe les animaux et les plantes. De même, dans la communication entre les dieux et les hommes, il faut établir un lien d'amour par l'observation des lois divine, ce qui est la piété.
La puissance d'Eros est universelle, et la modération et la justice donnent le bonheur et rendent possible le commerce et l'amitié.

Aristophane, n'ayant plus le hoquet, commence son discours.

Discours d'Aristophane

Les hommes ne se rendent pas compte du pouvoir d'Eros, sinon ils lui auraient élevé les temples les plus imposants. Nul dieu n'est mieux disposé à l'égard des humains.
Qu'était la nature humaine, et que lui est-il arrivé ? Notre nature était autrefois différente : il y avait trois catégories d'êtres humains, le mâle, la femelle, et l'androgyne. Ensuite, la forme humaine était celle d'une sphère avec quatre mains, quatre jambes et deux visages, une tête unique et quatre oreilles, deux sexes, etc. Ils se déplaçaient en avant ou en arrière, et, pour courir, ils faisaient des révolutions sur leurs huit membres. Le mâle était un enfant du soleil, la femelle de la terre, et l'androgyne de la lune. Leur force et leur orgueil étaient immenses et ils s'en prirent aux dieux. Zeus trouva un moyen de les affaiblir sans les tuer : il les coupa en deux. Apollon retourna leur visage et cousit le ventre et le nombril du côté de la coupure?
Mais chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s'unir à elle : ils s'enlaçaient en désirant se confondre et mouraient de faim et d'inaction. Zeus décida donc de transporter les organes sexuels sur le devant. Ainsi, alors qu'il surgissaient auparavant de la terre, un engendrement mutuel fut possible par l'accouplement d'un homme et d'une femme. L'espèce était sauvée, et entre hommes, il y avait satiété, calmant le désir et permettant l'action et de s'occuper d'autres choses dans la vie.
L'implantation de l'amour dans l'être humain est donc ancienne. C'est l'amour de deux être qui tentent de n'en faire qu'un pour guérir la nature humaine : nous sommes la moitié d'un être humain, et nous cherchons sans cesse notre moitié, de l'autre sexe ou du même sexe que nous.
Quand nous rencontrons notre moitié, nous sommes frappés d'un sentiment d'affection et d'amour : nous refusons alors d'en être séparés. Qu'attendent-ils donc, ceux qui passnt leur vie ensemble ? Ce n'est certes pas la jouissance sexuelle. C'est quelque chose que souhaite l'âme, qu'elle ne saurait exprimer ; et pourtant elle le devine : ce qu'elle souhaite, c'est se fondre le plus possible dans l'autre pour former un même être. C'est cela que nous souhaitons tous, nous transformer en un être unique. Personne ne le refuserait, car personne ne souhaite autre chose.
Le nom d'amour est donc donné à ce souhait de retrouver notre totalité, et Eros est notre guide pour découvrir les bien-aimés qui nous conviennent véritablement. Le bonheur de l'espèce humaine, c'est de retourner à son ancienne nature grâce à l'amour, c'est là notre état le meilleur. Eros nous sert en nous menant vers ce qui nous est apparenté, il soulève en nous l'espoir de rétablir notre nature et de nous donner la félicité et le bonheur.

Discours d'Agathon

Les discours précédents n'ont pas dit, selon Agathon, ce qu'est le dieu lui-même. Il faut donc expliquer sa nature pour en faire l'éloge.
Eros est le plus heureux des dieux, car il est le meilleur et le plus beau. Il est toujours jeune et fuit la vieillesses ; il est le plus jeune des dieux. Son règne est le règne de la concorde et de la paix, par opposition à l'ancienne nécessité et aux actes violents qui en découlaient.
Il est également un dieu délicat et n'aime la compagnie que de ce qui est tendre dans les âmes. Il fuit donc les caractères durs. Sa constitution est ondoyante et harmonieuse, il possède la grâce par excellence : il vit parmi les fleurs et les parfums.
Eros exclut donc toute violence : il ne commet pas l'injustice, il ne la subit pas. Au contraire, en toute circonstance, chacun l'assiste. Il est modéré et tempérant car il domine les désirs. C'est un poète savant, créateur universel qui transforme en poète celui qu'il touche. Il a également un savoir dans la fabrication des êtres vivants, savoir qui fait naître et grandir tout ce qui vit. Dans la pratique des arts, c'est par désir et amour qu'Apollon inventa le tir à l'arc, la divination, etc. Tous les dieux sont donc des disciples d'Eros. Efin, ce dieu nous interdit la croyance que nous sommes les uns les autres des étrangers : grâce à lui, nous appartenons à une même famille.

Ce discours est très applaudi. Socrate va maintenant prendre la parole.

Discours de Socrate

Nature d'Eros

Socrate est d'abord embarassé. Il s'exprime avec son ironie habituelle : il croyait qu'il fallait dire la vérité sur ce dont on fait l'éloge ! Or, il comprend qu'en fait il faut lui donner de grandes qualités, même s'il ne les a pas. Il décide de parler à sa façon en s'adressant à Agathon.
Il est vrai que pour parler d'Eros, il faut en découvrir la nature. L'amour est-il amour de quelque chose ou de rien ? Il est désir de quelque chose, et s'il éprouve ce désir, c'est sans doute car il manque de ce qu'il désire, car on ne peut désirer ce qu'on possède. Eros n'est donc ni beau ni bon.
C'est à ce moment que Socrate rapporte le discours le plus platonicien du dialogue, discours où il raconte son entretien avec une vieille sage-femme, Diotime, à propos d'Éros. La femme lui enseigne qu'Éros n'est pas un dieu, mais un « démon » (au sens grec), un être mi-homme mi-dieu : il ne dispose pas des qualités qu'on lui attribue généralement, comme la beauté, car il les recherche. Il est donc un être intermédiaire. Ainsi l'amour est-il philosophe, ni sage ni ignorant, mais cherchant la connaissance.

Procréation, immortalité et gloire

Enfin Diotime initie Socrate au secret d'Eros : tous les êtres cherchent à se reproduire ; l'instinct sexuel est l'expression la plus immédiate de ce désir d'immortalité. La production d'œuvres et la législation en sont les expressions les plus hautes.

Arrivée et discours d'Alcibiade

Alcibiade survient et, après une scène de jalousie, entreprend de faire l'éloge de Socrate, i.e. du philosophe, du dieu Eros lui-même. Socrate, dit-il, est un être excentrique qui nous trouble par sa parole : « les discours de la philosophie blessent plus sauvagement que la vipère. » Devant lui, j'ai honte de céder à l'attrait des honneurs. Il se donne l'air de ne rien savoir, mais à l'intérieur de ce silène se cache quelque chose de divin et de précieux.
Socrate répond qu'Alcibiade pourrait s'illusionner, car « je ne suis rien. »
Aucun humain ne peut être comparé à Socrate : tempérant, courageux même dans la déroute, il prononce des discours extérieurement ridicules mais divins et vrais.

C'est la fin du banquet ; il se termine en beuverie. Le matin, Agathon, Aristophane et Socrate discutent de l'art de la tragédie. Agathon et Aristophane finissent par s'endormir. Socrate s'en va, passe tranquillement sa journée et rentre chez lui le soir se reposer.





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