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Né le 2 novembre 1882 à Prague, Leo Perutz est un écrivain autrichien méconnu en France.
Juif comme Kafka (lui aussi né à Prague un an après), il travaille comme actuaire dans une compagnie d'assurances, connaissant donc l'univers bureaucrate et étouffant décrit par son compatriote. Fils d'industriel, il hésite pour ses études entre les mathématiques et la littérature, pour se lancer finalement dans la première voie. Il quitte donc Prague à 17 ans pour étudier à Vienne. Il trouve une formule qui porte son nom, et publie un traité de jeu de bridge fondé sur le calcul des probabilités.
En 1914, il est blessé sur le front Est. Il est opéré, à sa demande, sans anesthésie, et jette les deux côtes qu'on lui enlève à un chien, qui n'y touche pas. De retour à Vienne, il publie son premier ouvrage, La Troisième Balle, premier roman caractéristique de son style, qui nous fait suivre une poursuite inexorable dans l'Amérique du Sud en cours de colonisation par les Espagnols.
Il lit Zola, Stevenson, France, Lenôtre, et continue ses romans et ses voyages. Au printemps 1925, il séjourne à Tunis, Sfax et Kairouan, puis en URSS en 1926/1927.
Ses livres commencent à rencontrer quelque succès : Le Maître du Jugement dernier, publié à Munich en 1923, est traduit en français dès 1925, et Le Marquis de Bolibar paraît chez Albin Michel dès 1930. Où roules-tu petite Pomme, qui paraît en 1923 comme roman-feuilleton dans le Berliner Illustrierte Zeitung, est lu par 3 millions de lecteurs. Mais à la fin des années 1920, il est preque ruiné, devient veuf à la naissance de son troisième enfant, et se remarie.
En 1931, Ian Fleming, le « père » de James Bond, lui écrit son admiration. Il collabore avec Paul Franck sur plusieurs romans, dont Le Cosaque et le Rossignol, sert de base à un film tourné en 1935. Mais en 1933, La Neige de Saint Pierre est interdit par les Nazis et Perutz fuit Vienne en 1938. Il s'installe en Israël, à Tel-Aviv, où il reprend son métier d'actuaire, sans rien écrire jusqu'à 1953. À partir de 1954, ce bon skieur revient en Autriche chaque année. C'est lors d'un de ces séjours à Ischl, près de Salzbourg, qu'il meurt le 25 août 1957.
Borges a souligné son génie, Paulhan et Caillois l'ont révélé au public français, en lui attribuant notamment en 1962 le prix Nocturne. Jean Paulhan écrivait en juillet 1962 dans La Nouvelle Revue Française : « Le Marquis de Bolibar, trop peu connu, fait plus d'une fois songer aux premiers romans de Balzac. »
Comme Friedrich Dürrenmatt, Leo Perutz est passioné d'histoire, d'investigation, de justice, mais aussi de fantastique. Ses romans captivants, qui sont souvent des poursuites d'individus, de preuves, de réponses ou d'absolu reflètent toujours quelques lueurs d'optimisme.
Perutz parvient à entretenir un suspense hallucinant. Il raconte tout dès le début, en gardant secrets les meilleurs morceaux. On connaît la fin, mais on est à cent lieues de deviner le pourquoi et le comment, et cette progression pas à pas dans le noir découle toujours, à la fin du livre, sur une chute imprévue qui fait réfléchir.
Toutefois, les préfaces dévoilent parfois quelques clés du livre et peuvent en faire perdre la saveur.
http://perso.wanadoo.fr/hauteurs/lire%20perutz.htm


