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Les Beatles sont un groupe musical (vocal) qui a été très populaire pendant les années 1960, autant pour l'éclectisme de sa musique que par un marketing sans faille. Aujourd'hui (2004), outre un côté de légende, ses auteurs-compositeurs John Lennon et Paul McCartney restent célèbres comme compositeurs de standards qui ont fait l'objet de quelques centaines d'adaptations par différents artistes dans les décennies qui suivirent.
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Les Beatles sont les artistes ayant vendu le plus grand nombre de titres au monde. Le dernier chiffre publié (dans les années 80) faisait état de plus de 1 milliard 200 millions de supports sonores vendus à travers la planète. On a calculé aussi dans les années 1970 qu'à tout moment l'une des 200 interprétations de la chanson Yesterday était jouée quelque part dans le monde.
Ce groupe de rock anglais, groupe phare des années 1960, a influencé de façon déterminante la musique pop.
John Lennon a résumé les débuts du groupe ainsi: « Il était une fois trois petits garçons nommés John, George et Paul, de leur nom de baptême. Ils décidèrent de se mettre ensemble parce qu'ils étaient du genre à se mettre ensemble. Quand ils furent ensemble, ils se demandèrent pour quoi faire, après tout. Alors il leur poussa tout-à-coup des guitares et ils formèrent du bruit. Au début, cela n'intéressait personne ».
Lors d'une fête paroissiale, John Lennon, qui y jouait avec son groupe
The Quarry Men, fait la rencontre de Paul McCartney, le
6 juillet 1957. Celui-ci rejoint la
formation quelques jours plus tard. Un ami de Paul, George Harrison,
les rejoint et prend la position de troisième guitariste en février 1958. À trois, ils
forment les Silver Beetles et jouent dans les clubs de Liverpool.
Autodidactes, influencés par le Rock'n'Roll, (Chuck Berry, Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, Gene Vincent en particulier) et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment à
l'oreille, sans partitions, en les écoutant à la radio et en disques.
Leur premier engagement sérieux a lieu à Hambourg en Allemagne où tommy moore et Pete Best va devenir leur premier batteur, Stuart Sutcliffe est
leur bassiste.
Pour le public de ces clubs, ils doivent fournir de longs spectacles éprouvants physiquement et donc élargir considérablement leur répertoire. Ils prennent alors, pour supporter le rythme, des amphétamines - autorisées à cette époque car leurs effets secondaires étaient sous-estimés, et très utilisées aussi par les étudiants en période d'examen. Ils ont beaucoup d'admiration pour le batteur d'un autre orchestre, nommé Ringo Starr, qu'ils croisent à cette époque : la notoriété plus grande de son groupe lui permet de manger chaud, et de dormir dans un vrai lit avec de vrais draps (aveu révélé par la série vidéo Anthology).
À leur retour d'Allemagne, le public anglais reconnaît que les Beatles ont beaucoup mûri dans leur présence sur scène et leur qualité de musiciens. Après trois voyages formateurs à Hambourg, en décembre 1961 Brian Epstein se présente à eux, il n'a jamais dirigé de formation musicale auparavant mais il va devenir leur mentor et les propulser au rang de musiciens professionnels. Il va leur faire adopter une nouvelle tenue vestimentaire, abandonnant les vêtements en cuir, les Beatles devront maintenant jouer en complet veston, comme les vrais professionnels avec leur coupe de cheveux révolutionnaire, la coupe Beatles qui était déjà celle du personnage Moe dans les trois Stooges. Brian Epstein fait aussi le tour des maisons de disques afin de leur faire signer un contrat d'enregistrement.
Après de multiples tentatives auprès des grandes compagnies discographiques, dont un échec retentissant chez Decca, seul George Martin, alors producteur chez Parlophone, une division d'EMI, leur laisse une chance. Mais George Martin n'aime pas beaucoup le style du batteur et suggère de le remplacer pour les sessions d'enregistrement. Le groupe décide de se défaire de Pete Best pour le remplacer par Ringo Starr (Richard Starkey) en août 1962. Ils enregistrent en septembre de la même année leur premier 45-tours: Love Me Do. Le quatuor est maintenant complet et va conquérir le monde.
(Sur le 45 tours d'origine, le batteur est Andy White; sur la version de l'album, le batteur est bien Ringo. Par la suite et à l'instigation de Brian Epstein qui met à profit sa connaissance de disquaire, les Beatles alterneront des sorties de disques isolés qui ne seront pas sur les albums, et d'albums dont seront extraits des disques isolés lancés plus tard, accréditant ainsi l'idée qu'acheter un album des Beatles est une valeur sûre où l'on trouve déjà les succès que les autres ne découvriront que demain)
Pete Best se vengera en sortant son propre album, « Best, of the Beatles » (notez la virgule !). Cet album n'aura toutefois qu'un succès de curiosité. Les bizarreries des Beatles plus recherchées à l'époque sont leurs premiers albums avec Tony Sheridan où ils avaient le nom de Beat brothers, ainsi que leurs chansons en allemand (en fait un simple réenregistrement vocal en allemand sur les bandes instrumentales existantes) et même... les chansons des Beatles sortis en 78 tours en Inde !
Le 5 octobre 1962 sort Love Me Do. Il atteint le 17e rang au palmarès anglais et c'est le début de la « beatlemania ».
Leur deuxième 45-tours, Please Please Me, est propulsé au premier rang. Les Beatles obtiennent donc
l'opportunité d'enregistrer un album complet, ce qu'ils feront en 585 minutes. Intitulé Please Please Me (février 1963),
cet album lui aussi se rend au sommet du hit parade et n'y sera remplacé que par le deuxième album des Beatles, With
The Beatles.
Les succès se suivent: From me to you en avril, puis She loves you en août sont numéro 1 au hit-parade.
Ils entreprennent des tournées mondiales, mais les maisons de disque américaines snobent encore ce qui est pour eux un phénomène
passager. Leur cinquième 45-tours I Want To Hold Your Hand, réussit sur le marché américain la performance détrôner le
numéro 1 qui est... « She loves you » ! Les Beatles débarquent en héros au Ed Sullivan show au début de
1964. La « beatlemania » qui avait débuté en Angleterre se propage de l'autre côté de l'Atlantique.
La « beatlemania » était plus qu'un phénomène de mode passager mais une idéologie, une culture, une religion. Tout
le monde se coiffait et s'habillait à la Beatles. Des disquaires ne vendaient que des disques des Beatles. Tout leur
était permis, l'atmosphère hystérique des concerts rendait leur prestation inaudible, le premier ministre anglais va même
considérer qu'ils sont leur meilleure « exportation ». Ils seront décorés par la reine d'Angleterre, le 12 juin 1965, de la médaille de Member of the
British Empire (MBE). C'est en fait la plus basse des décorations. Qu'importe ! Certains MBE, froissés, reverront
par dépit leur propre croix à Sa très gracieuse majesté. Quant aux vrais honneurs, ils arriveront beaucoup plus tard, quand Sir
James Paul Mac Cartney (ainsi que, côté Stones, Sir Michael Jagger) sera anobli
Il vont profiter des grands débuts de l'ère de la communication, donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes, se servir de l'essor de l'industrie musicale et aussi de la télévision avec des émissions de plus en plus regardées par un public essentiellement composé des jeunes de tous les pays: les Beatles furent les premiers à passer dans une émission diffusée en « Mondovision », dans le monde entier en juin 1967 (avec la chanson All you need is love).
Dès 1965, les Beatles ne chantent pratiquement plus qu'en playback à la télévision et Paul s'en explique : « Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d'offrir aux télespectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de TV ». Pourquoi pas ? Mais pourquoi alors donner des concerts, M. Mac Cartney ? Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d'autographes : « Nous n'avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ».
Derrière le succès, outre la qualité exceptionnelle des chansons, un marketing sans faille : on essaie de mettre dans chaque album une chanson qui plait à la génération d'avant (« Till there was you », « You really gotta hold on me »; l'excellent « Besame mucho » restera hélas dans les cartons); et aussi un standard du rock (« Please Mr Postman », « Kansas city »). Pour ne pas se faire cataloguer comme « Mods » et perdre le public des « Rockers », Brian Epstein a une idée de génie : Les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, vont sortir un disque 4 titres de rock pur et dur incontestable (« Matchbox », « I call your name », « Long tall Sally », et « Slow down ») qui sera le « disque des initiés » et montrera « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent. Satisfaits par cet os à ronger, les rockers ne dénigrenont plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques et ne savant pas ce qu'est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu'ils savaient faire bien mieux que de la pop. La présence d'un »standard de rock" deviendra pour se concilier ce public (mais aussi pour se faire plaisir) un incontournable des albums.
Dans le film « A hard day's night », tourné en noir et blanc pour ne pas coûter trop cher, mais aussi pour masquer le fait qu'ils n'ont pas la même couleur de cheveux (authentique!) et confié à Richard Lester, les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec Help!, à l'été 1965 (couleurs), où les Beatles se moquent carrément avec bonhomie d'eux mêmes. On va jusqu'à les comparer aux Marx brothers (!) et George Harrison noue une solide amitié avec Eric Idle et le groupe des Monty Python.
L'humour britannique reste une composante incontournable des Beatles. Quelques exemples tirés d'interviews :
- Que craignez vous le plus ? La bombe atomique ou les pellicules ? (ricanements)
- La bombe atomique, puisque nous avons déjà des pellicules (hurlement de rire de l'auditoire)
- Pouvez-vous nous chanter quelque chose ?
- L'argent d'abord !
- Répétez-vous beaucoup ?
- Pour quoi faire ? Nous jouons déjà en concert tous les soirs, vous savez.
- Vous jouiez autrefois des standards. Pourquoi ne le faites vous plus ?
- Parce que maintenant, nous en créons.
- Ringo, êtes vous des mods ou des rockers ?
- Personnellement, je suis un moqueur (sera repris dans le film « A hard day's night »)
L'album Rubber soul sera plus tard ainsi nommé pour pasticher l'expression plastic soul (âme influençable). Rubber SOLE, qui se prononce presque à l'identique, signifie semelle de caoutchouc !
John Lennon soigne son personnage avant-gardiste en écrivant deux livres de courtes nouvelles sans queue ni tête, « In his own write », puis « A spaniard in the works ». La critique de l'époque ne leur fait pas bon accueil, mais Christiane Rochefort traduira le premier sous le titre En flagrant délire. Le livre et les dessins de Lennon sont inclassables, mais contiennent indéniablement un petit quelque chose.
Entretemps, le Beatles fan club travaille à chouchouter un réseau de fans à qui on concède des bonus (photos inédites, disques hors commerce offerts à Noël!) et qui, flattés, deviennent des relais bénévoles du succès des Beatles dans l'opinion. Les Beatles 5 et 6 sont clairement Brian Epstein pour la partie organisation et George Martin pour la partie harmonique. Dès le début des années 60, George Martin fait à tout hasard enregistrer un album de musique symphonique inspirée des Beatles. Un autre, plus élaboré, suivra bien plus tard pour le remplacer (vers l'an 2000, un CD nommé Beatles go baroque et issu des pays de l'Est montrera que la musique des Beatles supporte sans problème ce type d'arrangement aussi !).
A l'automne 1965, ils enregistrent un album très important : Rubber Soul. Il marque un progression vers des textes plus philosophiques, plus fouillés (la poésie de Lennon, l'influence de Bob Dylan déjà présente dans « You've gotta hide your love away » de Help!), aux thèmes plus sérieux; la musique est devenue très raffinée et élaborée (« There are places », « Drive my car », « Wait »; « If I needed someone », de Harrison. La poignante chanson Girl plaît alors à toutes les générations et consacre les Beatles comme musiciens tout court et non musiciens pour les jeunes.
Le titre « There are places » n'est sans doute pas fortuit : une chanson de John dans leur premier album se nommait « There's a place », et la comparaison des deux titres a tout le caractère d'un bilan du chemin parcouru : au départ un groupe à l'harmonie vocale exceptionnelle (sa maîtrise de la polyphonie n'a pas été étrangère à son succès et a presque relégué aux oubliettes les précédents champions américains du genre, les Four seasons), oeuvrant dans la plus grandes économie de moyens; en 1965, la musique prend une bien plus grande importance que les voix, dont les fans les plus attentifs remarquent d'ailleurs qu'elles commencent à s'altérer. La raison ? Beaucoup de concerts cette année-là, bien sûr, mais aussi des trafiquages électroniques qui n'apportent rien à la vérité du son. Et en particulier un procédé inventé à la demande des Beatles : alors que c'est la complémentarité de leurs voix qui a fait leur succès, John comme Paul préfèrent maintenant le double tracking, où chacun chante en double avec lui-même dans des tons différents. Mais le procédé est lent et fastidieux, car tout doit être fait en double. Un système électronique est mis au point qui leur permet de chanter avec eux-mêmes à la tierce ou à la quinte en temps réel (il sera breveté et utilisé par d'autres artistes), mais il est tributaire de l'électronique de l'époque et n'améliore pas les voix non plus.
"Rubber Soul" se caractérise par une autre rupture, qui est celle de la « trame 4 périodes » typique des premières chansons des Beatles : un couplet, un autre couplet, un moment d'instrumental, une reprise du second couplet. Les Beatles, qui ne veulent pas devenir victimes d'un procédé, cherchent à rendre l'alternance de leurs parties chantées et vocales moins prévisible.
Le marketing, lui, n'a pas perdu ses droits. On avait laissé filtrer une information indiquant que dans cet album le batteur Ringo quitterait sa batterie pour jouer de l'orgue. Lors de la sortie de l'album, tout le monde cherche la plage concernée (c'est « I'm looking through you ») dans l'espoir d'y découvrir un morceau de virtuosité du style de la Toccata de Bach. Eclat de rire ! Ringo répête en fait d'un bout à l'autre de la chanson le même accord : le côté farceur des Beatles a encore frappé.
À l'été 1966, leur album suivant Revolver est de la même veine. « And your bird can sing » reprend et développe des effets de guitare qui n'apparaissaient que discrètement à la fin de « Ticket to ride »; « Dr Robert », « Tomorrow never knows », « She said, she said » et « I'm only sleeping », aux formes novatrices. Le Sitar indien, qu'on avait déjà timidement entendu dans « Norvegian wood », séduit George Harrison ainsi qu'une admiration pour l'Inde dont il ne se départira plus, avec « Love you to ». La pochette, dessinée par leur ami Klaus Voorman (bassiste du groupe Mandred Mann) évoque un peu le LSD.
Ils composent alors dans leur propre studio, avec d'autant plus de temps qu'ils ont renoncé aux tournées, suite à des agressions aux Philippines, à des menaces du Ku Klux Klan aux États-Unis d'Amérique, et surtout à l'écœurement de ne même pas entendre eux-mêmes ce qu'ils jouent dans les stades sous les cris de foules de 20 000 à 60 000 fans. Ils s'amusent à coller des bouts des chansons, à lancer des bandes de musique par terre et à les recoller au hasard (« Being For The Benefit Of Mr. Kite »), à passer des morceaux à l'envers (« Rain »), en accéléré, à mélanger de nombreux instruments, des violons, des instruments traditionnels ou même des orchestres. Le glissando de cordes d'"A day in the life" est clairement repris de Krzysztof Penderecki (« Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima », 1960) et de Iannis Xenakis (« Metastasis », 1955).
Ils s'amusent, certes, mais avec une logique qui débouche sur l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le 1er juin 1967, album qui est considéré par beaucoup comme leur chef-d'œuvre. D'autres y verront au contraire un album d'adieu (d'ailleurs quelle est cette foule, que signifie ce massif fleuri où quatre Beatles tristes du musée de cire de Madame Tussaud semblent assister à leur propre enterrement, tandis que les quatre vrais Beatles, devenus musiciens de fanfare moustachus, semblent avoir changé d'identité et où une poupée annonce « Welcome the Rolling Stones » ?). Cet album marquera en tout cas leur carrière et toute une génération.
C'est un album-concept, le premier du genre paraît-il. Il fera école et tout le monde (Rolling Stones, Moody Blues, Aphrodite's Child, The Who, The Kinks...) voudra aussi sortir son concept album. Plus de plages séparées : les chansons sont enchaînées à la manière d'un show, et l'album se termine par trois trouvailles :
Nul doute qu'entre eux, les amateurs vont avoir sujet à parler de ce disque.
La pochette, très soignée, et débordante de couleurs, a nécessité une centaine de lettres aux personnalités vivantes représentées afin d'obtenir leur accord. Trois personnages en sont retirés in extremis : Hitler et Gandhi, au motif qu'ils indisposeraient le public britannique et au grand désespoir du très provocateur John. Et un troisième personnage qui voulait bien figurer sur la pochette, mais à condition d'être rétribué. On juge plus simple de le faire passer aux oubliettes.
L'année suivante, Frank Zappa parodie la pochette avec l'album « We're Only In It For The Money » des Mothers of Invention. Un autre pastiche est réalisé pour « The Rutles », une émission d'Eric Idle des Monty Python qui entreprend de caricaturer la carrière des Beatles à la manière du fameux groupe d'humoristes, avec la bénédiction - et en partie de financement - de son ami George Harrison, et le concours de Paul Simon et Mick Jagger, qui y jouent leur propre rôle. Les pastiches des chansons des Beatles créées pour l'émission sont autant de clins d'œil aux tics musicaux de leurs modèles (« Ouch! » imité de « Help! », « Cheese and Onions » qui a des accents d' A day in the life, « Piggy in the middle » évoquant I am the walrus, Doubleback Alley qui est le cousin de Penny lane, etc.)
Les Bidochons pasticheront aussi cette pochette pour leur album The Beadochons. Toutefois, ce n'est pas elle qui sera le plus pastichée, mais - c'est si tentant et semble si aisé - celle d'"Abbey road". Même Paul McCartney s'y mettra.
La vie du Christ ne serait pas complète sans la Passion, la légende napoléonienne sans Sainte-Hélène. Il va maintenant revenir aux Beatles en tant que tels de descendre doucement l'escalier de la gloire qu'ils ont si bien gravi pour laisser naître les carrières solo de leurs membres. C'est surtout Paul MacCartney qui est à l'origine de Sergeant Pepper's, c'était lui qui travaillait à l'époque sur les nouveaux sons, John étant "coincé" dans sa maison de banlieue. Voir à ce sujet l'excellent Paul MacCartney" de Barry Miles (édition Flammarion)
L' album blanc de 1968 (appelé en réalité The Beatles) propose quant à lui une pochette entièrement blanche (mais dont chacune est numérotée!), aussi spartiate que le titre qui y est simplement embouti en relief. Façon sans doute pour les Beatles de dire : après « Sgt Pepper's », que pourrions-nous bien faire de plus sophistiqué ? N'essayons même pas. En fait, la couverture de cet album est blanche car Lennon voulait qu'il y soit placé une photo assez osée de lui et sa femme Yoko Ono, pour lui c'était « soit cette photo, soit rien » et... ce fut « rien ». Comme le précédent, cet album sort sous leur propre label Apple, dont le logo est inspiré de la pomme de Magritte). C'est un album en forme de recherches éparses, celui du début de la fin, où commencent à se manifester les dissentiments entre les membres. Une production remarquable avec des orchestres gigantesques, des guitares acoustiques pour la moitié des morceaux et des mixages élaborés, mais plus d'unité hormis quelques brèves références mutuelles des chansons entre elles. Même l'humour (« Back in the USSR » en référence au « Back in the USA » de Presley, et plaçant l'expression Georgia... is on my mind) ne semble plus percuter. Cet album est presque aux antipodes du précédent. Et le travail expérimental « Revolution #9 » de John inspiré des travaux d'Edgar Varèse, que George Martin supplie John de retirer de l'album (sans aucune chance, puisque c'est un double) achèvera de déconcerter le public, qui avait pourtant bien accueilli naguère « Tomorrow never knows ».
L'album est double, donc, et chacun de ses membres compositeurs y place et y chante tout ce qu'il veut. Mais souvent sans plus guère s'occuper des autres qu'il n' utilise alors que comme simples musiciens de studio. À l'écart de cette guerre des étoiles, la pauvre Ringo joue de son mieux, lui qui seul de tous ne semble guère désireux de tirer la couverture à lui. Ce sera aussi le seul qui restera en bons termes avec tous les autres lors de la séparation, et les réunira d'ailleurs tous aussi - mais séparément - dans un de ses futurs albums.
"Est-ce la fin des Beatles" ? s'interroge en France le magazine Rock & folk au moment de la sortie du disque.
Leurs deux derniers albums s'intitulent Abbey Road en 1969, aux couleurs très mélancoliques (leur album le plus vendu après Sgt. Pepper) et Let It Be en 1970. Les harmonies polyphoniques qui les avaient rendues célèbres sont de retour, et contribueront au succès du disque. Mais celui-ci est constitué en parte de collage entre elles de chansons ébauchées et inachevées. La fin de « Here comes the sun king » se compose de simples juxtapositions de mots espagnols sans signification. Si le génie musical est bel et bien revenu, le plaisir de faire un beau produit fini ensemble ne semble plus les attirer. Les Beatles disent ici pour de bon adieu aux Beatles, dans une sorte de baroud d'honneur où ils ouvrent leurs tiroirs pour montrer les chansons qui auraient pu être. La dernière plage, minuscule, a d'ailleurs un nom sans ambiguïté : The end.
Chacun a alors envie d'arrêter, de passer à autre chose. Les tensions au sein du groupe se font plus vives. Tous vont continuer en solo leur carrière: Paul va connaître un grand succès commercial, John continue à faire des chansons plus engagées comme Working class hero (la plus célèbre sera Imagine, qui avec Give peace a chance devînt presque un hymne de son époque) jusqu'à son assassinat le 8 décembre 1980 par un déséquilibré qui s'identifiait un peu trop à son idole; un des deux était de trop... (mais d'autres hypothèses existent, que vous trouverez sur le Net)
À la mort de John, quand on leur a demandé s'ils comptaient rejouer ensemble, George a répondu : « Tant que John sera mort, les Beatles ne rejoueront plus ensemble.» Toutefois, George revint sur sa décision pour Free as a bird et Real love du projet Anthology en 1994-95. Il est vrai que ce projet montrera que certaines des plus belles chansons de sa carrière solo, comme Not guilty, avaient déjà été proposées par lui sans succès du temps des Beatles.
Avec l'accord des autres membres survivants (George le lui a donné juste avant sa mort) et de Yoko Ono, Paul McCartney sort en 2003 une version nettoyée et déspectorisée (Phil Spector est le producteur à l'origine du “mur du son” avec des artistes comme Ike et Tina Turner, entre autres, à qui John Lennon avait confié le son de « Let it be » et de ses albums solo ultérieurs) de « Let it be ». Paul ne lui avait jamais pardonné les violons plaqués sans même le prévenir sur « The long and winding road » (Spector avait sans doute voulu plaire à celui qui semblait tant les aimer dans « Yesterday » et « Eleanor Rigby ». Mais le producteur était alors George Martin).
Pour dramatiser l'objectif à la fois de retour aux sources et de simplicité voulue, sa pochette reprend les négatifs des photos de 'Let it be' et en 'noir et blanc'.
Surprise : déspectorisée, la version fait découvrir que les Beatles n'avaient à cette époque rien perdu de leur cohésion initiale, et avaient même, pour peu que le mixage fût bien fait, un son qui ne le cédait rien en qualité et en simplicité à ceux de leurs tout premiers albums. Le résultat fera dire à un critique américain, à propos de Phil Spector qui se débat au même moment avec la justice dans une accusation de meurtre : « Après avoir entendu cet album Let it be... naked, je me rends compte que Spector s'était rendu coupable de bien plus grave que le meurtre dont on l'accuse ». Tout est dit.
Les Beatles se sont essayé à presque tous les styles possibles et ont ouvert des portes que d'autres ont franchies ensuite. Ils sont encore bien présents aujourd'hui dans l'inventivité et la création des musiciens contemporains.
En Europe, on mettait traditionnellement quatorze titres par album en général. Aux USA, c'était onze ou douze. La discographie US des Beatles a donc peu de rapport avec l'européenne, et est formée d'albums aux titres différents (« Something new », « The Beatles yesterday and today », par exemple) regroupant de façon hétéroclite des titres des albums et « singles » européens.
Une bande dessinée a reconstitué avec une minutie extrême, en s'aidant de témoignages d'extraits de presse de l'époque, entre autres du fameux Melody Maker, et en reconstituant le puzzle, l'histoire des Beatles (en reconstituant par déduction certains morceaux qui manquaient, et en ajoutant quelques petites touches personnelles oniriques comme l'esprit de John qui revient hanter Paul). Il s'agit de The Beatles experience. Voici un lien pointant sur quelques couvertures de cette série devenue aujourd'hui presque introuvable :
Cette BD se définissait comme « non autorisée, et fière de la chose ». Ce n'était pas la première fois que les Beatles faisaient l'objet d'une série dessinée : ils avaient fait l'objet bien avant Yellow submarine d'une série américaine de dessins animés, qui cherchait à profiter de la beatlemania, et où ils avaient perdu leurs accents de Liverpool. La série tourna court lorsque les vrais Beatles changèrent leur apparence physique pour devenir moustachus, puisqu'elle apparaissait dès lors comme datée.


