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Les freins du développement


Le but de cet article est de lister et d'expliciter des hypothèses sur le pourquoi du maldéveloppement, ou du sous-développement, des pays dits « en développement ». Ce problème étant très complexe et polémique, les hypothèses énoncées peuvent être contradictoires.

Sommaire

L'héritage du colonialisme

La répartition géographique des pays développés et en développement coïncide en grande partie avec le découpage pays colonisés/pays colonisateurs à la veille de la seconde guerre mondiale.

Partant de cette constatation, certains analystes attribuent une grande partie du maldéveloppement à cette colonisation post-révolution industrielle.

Le pivot du développement a été l'invention de la machine à vapeur à la fin du XVIIIe siècle. Auparavant, le transport des matières premières était très onéreux, il était plus intéressant de créer un atelier de fabrication proche du lieu de production des matières premières. C'est ainsi que les colonisation précédentes (annexion du royaume du Nam Viêt à l'Empire chinois au IIe siècle av. J.-C., colonisation de la Gaule par Jules César en 52 av. J.-C., colonisation d'une partie de l'Espagne par les Arabes entre le VIIIe et le XVe siècle, colonisation de l'Amérique du Sud par les Conquistadors au XVe siècle puis de l'Amérique du Nord par les émigrants européens au XVIIe siècle...) ne se sont pas accompagnées d'un creusement entre les pays colonisés et colonisateurs, mais plutôt d'un échange technique et culturel, d'une « mise à niveau ».

L'invention de la machine à vapeur a eu un effet double : il a permis de faire baisser le coût du transport, et il a augmenté le coût de construction et logistique d'un atelier, le point critique n'étant plus l'approvisionnement en matière première du produit fini, mais l'approvisionnement en charbon. Il est donc devenu plus intéressant pour les pays colonisateurs d'importer des matières premières en métropole pour créer des ateliers, puis des usines, proches du lieu d'extraction du charbon et du lieu de vente du produit fini (marché intérieur), profitant d'une la main d'œuvre colonisée (esclaves) et métropolitaine (classe ouvrière émergente issue de la paysannerie) à très bas coût. À partir de ce moment, il n'y a plus eu diffusion de la technologie vers le pays colonisé, mais développement du marché intérieur du pays colonisateur.

Une orientation industrielle et agricole inadaptée

À partir de la révolution industrielle, la transformation de la matière s'est donc développée dans le pays colonisateur (pour son marché intérieur), tandis que la production des pays colonisés a été orientée essentiellement vers le secteur primaire (production de matière première). Or, l'exportation de matière première, si elle est une source de revenu pour le pays, peut contribuer paradoxalement à son appauvrissement (cf. infra).

Durant la colonisation, certains pays sont passés d'une agriculture traditionnelle (centrée sur l'auto-suffisance alimentaire) à des cultures de rente, comme le coton, le café, le cacao ou l'arachide. D'une part cela a mis en danger la sécurité alimentaire des pays colonisés, et d'autre part ces productions agricoles sont destinées à être vendues sur le marché mondial, sans sécurité de revenus en raison de la fluctuation des cours mondiaux (cf. infra).

Un déficit démocratique

La colonisation étant un régime autoritaire (même si la pays colonisateur était une démocratie pour ses citoyens), elle n'a pas favorisé l'émergence de démocratie. D'une part le régime colonial n'a pas inculqué de valeur démocratique à ses habitants, et d'autre part il n'a que rarement favorisé l'éducation et l'apparition d'une élite intellectuelle capable de diriger. Dans certains cas, il a même joué sur les dissentions inter-ethniques ou inter-religieuses pour asseoir son pouvoir (« diviser pour régner », par exemple dans le cas de la colonisation de l'Inde par l'Angleterre qui a mené à la séparation du Bangladesh et du Pakistan après la décolonisation).

Lorsque la décolonisation s'est faite par une guerre, le pouvoir a été pris par les rebelles qui ont installé un système à leur faveur, une dictature plus ou moins déguisée (cas par exemple du FLN en Algérie ou du Viêt cong au Viêt Nam).

Or, un régime démocratique est un des points critiques du développement humain (voir l'article Développement humain).

Une explosion démographique

Dans les pays colonisés, l'amélioration des conditions de santé (notamment les vaccinations) est arrivé brutalement. Les familles font donc toujours autant d'enfants, mais le taux de mortalité baissant, cela provoque une explosion démographique.





Critiques de ce modèle

Ce modèle est un modèle « initial », il considère les conditions initiales lors de la décolonisation (dans les années 1950-60), mais pas les événement ultérieurs. Par ailleurs, si la colonisation a aussi mis en valeur des ressources inexploitées (minières, agricoles), même si elle a introduit un système d'échange déficitaire.

Il existe pour chaque point des contre-exemples. Par exemple

Le poids des traditions

Les pays développés mettent en général en œuvre une sécurité sociale, une entre-aide « obligatoire » en cas de maladie, d'accident ou pour la vieillesse. Les pays en développement n'ont en général pas cette solidarité d'état, les « accidents de la vie » sont pris en charge par la solidarité entre individus. L'intégration dans le groupe est donc une nécessité liée à la survie. Par ailleurs, dans des pays où la moyenne d'âge est faible, les personnes âgées sont celle qui ont survécu, et leur comportement est donc un modèle.

Ce deux éléments expliquent l'importance des traditions dans les pays en développement : en tant que facteur d'intégration au groupe et que modèle à suivre, ils constituent véritablement un élément fondamental de la survie.

Mais la perpétuation des traditions est aussi synonyme d'immobilité de la société, les mentalités s'adaptent difficilement à l'évolution de l'environnement économique et social du pays. Dans ce domaine, un changement de mentalité se fait à l'échelle d'une génération, et en général de manière hétérogène dans le pays. Il faut donc plusieurs générations pour que l'adaptation des mentalités ait lieu.

Par exemple en Inde, la société est organisée traditionnellement en castes ; chaque caste correspond à un niveau social et à un type d'emploi, et il est, dans ce système, impensable de changer de caste (c'est-à-dire de progresser socialement) : la naissance est une fatalité, une personne née dans une basse caste paie le prix de son mauvais comportement dans une vie antérieure. Il n'y a donc traditionnellement pas de volonté d'améliorer ses conditions de vie, de se projetter vers un avenir meilleur (celui-ci viendra dans la prochaine incarnation).

Les Comores ont la tradition du grand mariage : dans sa vie, un homme doit organiser un grand mariage fastueux (il peut se marier avant) ; une grande partie des revenus est donc épargnée pour ce grand mariage et ne peut donc être investi dans des projets. Par ailleurs, la tradition veut aussi que l'on ait une grande maison en dur, on voit donc fréquemment des fondations en attente de murs, ou des murs en attente de toit, tandis que la famille vit dans des cases de tôle ou de bois avec des problèmes de salubrité et de maladies liées à l'amplitude thermique. Une des solutions d'amélioration de l'habitat serait les constructions modulaire (faire une petite pièce en entier, puis lorsque l'on a de l'argent construire une autre pièce attenante), mais elle se heurte aux traditions.

On peut encore citer les traditions de mutilation sexuelle des femmes dans certains pays (excision et infibulation), et d'une manière générale la condition de la femme dans de nombreuses sociétés.

Les populations des pays développés n'ont souvent pas conscience que leur propres traditions ont mis plusieurs siècles à évoluer ; à titre d'exemple, le droit de vote des femmes en France date de 1945, plus d'un siècle et demi après la proclamation de l'égalité des citoyens. On est donc confronté à deux défauts opposés :


Critique de ce modèle

Les traditions servent parfois de prétexte à des pratiques douteuses voire à des atteintes des droits de l'homme pour les gouvernements de certains pays.

La lenteur de l'évolution des mentalités alimente dans le pays du Nord comme du Sud un « afropessimisme » (la certitude que l'Afrique ne peut pas se sortir de sa situation en raison de son immobilisme), un paternalisme voire même un racisme.

Développement et démocratie

Voir aussi

Les institutions internationales

Les ONG

La libre circulation des personnes et des biens

Les agents économiques et politiques non soumis à des impératifs de démocratie

Les politiques néocoloniales d'états démocratiques

Les stratégies des multinationales

Les paradis fiscaux et la corruption internationale

Le sida

La démographie

En raison de la forte mortalité précoce et infantile, les familles des sociétés « traditionnelles » ont de nombreux enfants ; par ailleurs, en raison de l'absence d'un système d'assurance vieillesse (retraite), les enfants sont ceux qui vont permettre aux parents de survivre lorsqu'ils ne pourront plus eux-même travailler (solidarité inter-générations). Le fort nombre de naissances est là pour compenser la forte mortalité, c'est ce que certains nomment « l'équilibre de la misère ».

Dans les pays développés, la natalité a lentement baissé avec l'amélioration des conditions de vie, mais aussi avec l'amélioration de la condition des femmes, qui se sont vu offrir un autre avenir que celui de mère. Les pays en développement, au contraire, ont vu arriver des améliorations sanitaires rapide et donc une baisse de la mortalité qui ne s'est pas accompagnée d'une baisse de la natalité.

Ceci pose un problème de répartition des richesses, qui induit un sentiment d'insécurité social et donc maintient la natalité.

On est donc confronté ici à une inadéquation culturelle et comportementale par rapport aux conditions réelles de vie.

Une aide humanitaire maladroite

Les pays développés ont connu jusqu'au XIXe siècle des famines et des épidémies, similaires à celles que connaissent les pays en développement ; dans le cadre de la santé, c'est donc l'élévation de la référence qui rend le pays « sous-développé ». Mais humainement, il n'est pas possible de laisser mourir des humains alors que l'on dispose des richesses et du savoir-faire nécessaire pour les sauver. Les pays développés ont donc mis en place une aide humanitaire.

Cependant, dans un grand nombre de cas, cette aide humanitaire s'est révélée maladroite.

L'envoi de nourriture, s'il est indispensable en période aiguë de famine, déstabilise l'économie et l'agriculture locale en dehors de ces périodes ; les populations bénéficiant d'une nourriture gratuite (lorsqu'elle n'est pas détournée et vendue) n'achètent plus la production locale, qui fait faillite ce qui favorise... la famine.

Plusieurs grands projets de développement (grands barrages comme Abou Simbel, réformes de l'agriculture...) ont abouti à un échec car ils n'ont pas été faits avec la collaboration des populations locales. N'ayant eu aucune explication et n'étant pas impliquées, elles n'ont pas compris le but de ces énormes chantiers et ne se sont pas vu indiquer leurs éventuels effets nocifs. Certains projets ont été rejetés par la population car ils se heurtaient aux traditions (cf. supra). Le bénéfice a été parfois nul, voire même négatif : Assouan, Aral...

Dans certains cas, l'aide humanitaire est même une arme politique et économique de la part des pays fournissant l'aide. C'est par exemple le cas de la green weapon, l'arme verte, la fourniture de nourriture ou de semence sous condition. Dans la même logique, la fourniture de semences transgéniques (plants résistants aux maladies, aux insectes, à la sécheresse, plants à haut rendement) aux pays en développement est présentée comme une aide ; mais les graines ne pouvant être replantées (contrairement aux semences naturelles), les agriculteurs deviennent dépendants des pays fournisseurs. Le Zimbabwe a refusé pour ces raisons un aide alimentaire.

On remarquera aussi que l'aide humanitaire française est essentiellement orientée vers ses anciennes colonies, pour des raisons historiques et linguistique. Sans critiquer cette orientation, cela souligne que dans un certain nombre de cas, la francophonie pèse autant voire plus que les besoins réels dans les décisions d'aide, et que cette décision relève bien de la politique étrangère.

L'aide humanitaire peut aussi être une arme pour l'état chargé de redistribuer l'aide aux populations. Ainsi, la famine de 1984 en Éthiopie concernait essentiellement les hauts-plateaux Nord du pays, qui étaient entrés en rébellion contre le pouvoir central [1]  ; elle s'est développée alors que le reste du pays était en surproduction alimentaire. La distribution de l'aide alimentaire était un moyen de contrôle de la population par le gouvernement central.

La spécialisation dans le secteur primaire

L'industrie des pays en développement est essentiellement (mais pas exclusivement) basée sur le secteur primaire.

Or, le secteur primaire est de nos jours fortement déficitaire : d'une part les fluctuations des cours sur le marché mondial ne garantissent pas une stabilité des revenus, et d'autre part, lorsqu'ils réimportent des produits finis, les pays réimportent leurs matière premières transformées... avec une forte valeur ajoutée, ce qui creuse l'appauvrissement. Pour caricaturer, les pays maldéveloppés vendent du minerai de fer et achètent des tracteurs fabriqués avec leur minerai.

La situation est similaire en ce qui concerne l'agriculture de rente, c'est-à-dire produisant des végétaux comme matière première pour l'industrie (coton pour le textile, café ou arachide pour l'agro-alimentaire...) ou comme nourriture pour l'exportation, mais aussi comme matières premières de la drogue (la coca, le pavot et le cannabis). Cette paupérisation des agriculteurs peut entraîner un exode rural, qui n'est pas motivé par une mutation industrielle comme cela s'est passé dans les pays développés, mais par l'absence de revenu. Les paysans arrivant en ville n'y trouvent pas une reconvertion professionnelle, mais une concentration de misère.

L'orientation vers une culture de rente met également en danger la sécurité alimentaire du pays, puisqu'une partie de l'agriculture ne produit plus pour le marché alimentaire intérieur, et est même un facteur d'obésité. En effet, en raison du fiable coût du sucre et des huiles sur le marché mondial, producitons qui sont parfois promues et subventionnées par les gouvernements des pays en développement, ces denrées sont les plus idsponibles et les moins chères. On dénombre ainsi 115 millions d'obèss dans les pays en développement.

Le commerce extérieur

Les dettes

Les guerres

Liens externes

Biens publics à l'échelle mondiale


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