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Les Grands Cimetières sous la Lune est un livre de Georges Bernanos.
Bernanos était parti à Palma de Majorque en octobre 1934 « parce que le prix du bœuf et des pommes de terre y est encore abordable ». En juillet 1936, Bernanos a d'abord beaucoup d'admiration pour le soulèvement franquiste. Son fils Yves s'engage dans la Phalange. Mais peu à peu, devant l'enchaînement de barbarie qui saisit franquistes et républicains, écœuré de l'attitude benoîte du clergé espagnol et des réactions intellectualisantes venues de France, Bernanos est choqué. En janvier 1937, il évoque l'arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d'enthousiasme pour le mouvement [...] Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L'ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. » Il écrit alors Les Grands Cimetières sous la Lune en affirmant lui-même avoir commencé ce travail quasi-expiatoire en voyant passer dans des camions des condamnés à mort qui savaient seulement qu'ils allaient mourir : « J'ai été frappé par cette impossibilité qu'ont les pauvres gens de comprendre le jeu affreux où leur vie est engagée. [...] Et puis, je ne saurais dire quelle admiration m'ont inspirée le courage, la dignité avec laquelle j'ai vu ces malheureux mourir ». Alors qu'il a été éduqué dans l'horreur des événements français de 1792, Bernanos ne comprend pas l'attitude complice de ceux qui se donnent l'apparence d'être des braves gens. Armé d'une lucidité infinie et de mots dont la beauté aride trahit l'impuissance de l'écrivain face à l'horreur, il dénonce tristement cette spirale de la guerre qui enferme les individus dans des réactions collectives dont ils ne sont plus les maîtres. Et à ceux qui parlent de guerre sainte, il répond : « Ce n'est pas avec Hoche ou Kléber, c'est avec Fouquier-Tinville et Marat que vous avez trinqué. » Le livre fit scandale en France à sa sortie chez Plon.


