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Luxembourgisme


Le luxembourgisme fait référence au courant de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, qui furent tous les deux exécutés lors de la révolution allemande en 1919. Ce courant issu du mouvement ouvrier allemand, marxiste et révolutionnaire, s'est caractérisé par son refus total de la guerre en 1914, sa défense de la politique communiste, son attachement à la démocratie ouvrière (notamment contre la vision « militarisée » du parti selon Lenine). Ce courant défend notamment la conception de Karl Marx disant que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Plutôt que de « luxembourgisme », il est plus approprié de parler pour certains courants de « communisme de conseils » ou de « conseillisme ». On emploie aussi souvent le terme d'ultra-gauche pour désigner les communistes de conseil.

Toutefois on peut nuancer cette division, car on peut à proprement parler d'un courant luxemburgiste qui s'inspire de l'œuvre de Rosa Luxemburg. Ce courant est essentiellement basé sur la spontanéité révolutionnaire du prolétariat, la théorie de l'accumulation du capital, la critique de la question nationale et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il se distingue du communisme de conseils. Du point de vue économique, le communisme de conseils se réfère aux conclusions de Henryk Grossman sur la baisse tendancielle du taux de profit plutôt qu'à celles de Rosa Luxemburg. Le principal économiste du communisme de conseils est Paul Mattick qui propose une critique marxiste du keynesianisme.

Communisme de conseil

Le communisme de conseil est un courant marxiste antiléniniste qui se réclame des conseils ouvriers (ou « soviets »), tels qu'ils existèrent en Allemagne en novembre et décembre 1918. Les conseils ouvriers sont des assemblées réunissant l'ensemble des prolétaires. Pour les conseillistes, seules ces assemblées doivent diriger la révolution. Les conseillistes s'opposent donc aux conceptions de Lénine pour qui seul le parti devait diriger la révolution et la société socialiste. Pour les conseillistes, les conseils ouvriers doivent au contraire être les seules structures organisant la société socialiste : les conseils ouvriers sont une forme de démocratie directe.

Outre la référence aux conseils ouvriers, les conseillistes se distinguent par le rejet des syndicats, considérés comme des structures réformistes, mais aussi par le refus de participer aux élections ou de soutenir les luttes de libération nationale. L'ultra-gauche refuse aussi l'antifascisme en tant qu'alliance avec la bourgeoisie. Pour les conseillistes, l'antifascime, en abandonnant la lutte de classe, ne fait que faire le jeu du fascisme : seule la lutte de classe peut permettre de combattre efficacement le fascisme. La démocratie bourgeoise est à cet égard considérée comme une complice du fascisme. Quant à l'URSS et aux différents pays dits « communistes », tous ces régimes ne sont pour l'ultra-gauche que des capitalismes d'État, voire des « fascismes rouges ». La révolution bolchévique de 1917 est donc considérée de ce point de vue comme une « révolution bourgeoise ».

En octobre 1919, l'ultra-gauche est exclue du Parti communiste d'Allemagne (KPD) au congrès d'Heidelberg. Les conseillistes fondent alors un nouveau Parti communiste le 4 avril 1920 : le KAPD (Parti communiste ouvrier d'Allemagne). En 1927, des conseillistes hollandais fondent le Groupe des Communistes Internationaux (GIC). Le GIC s'autodissout en 1940 au moment de l'invasion des Pays-Bas par l'armée allemande. Entre temps, Paul Mattick a émigré aux États-Unis d'Amérique où il a fondé deux revues conseillistes : « Living Marxism » et « New Essays ». En France, le communisme de conseil réapparaît surtout à partir de 1949 autour de la revue « Socialisme ou Barbarie », qui donne naissance en 1958 à deux groupes distincts, Informations et Liaisons Ouvrières et Pouvoir Ouvrier. En 1960, Informations et Liaisons Ouvrières devient Informations et Correspondances Ouvrières. Socialisme ou Barbarie et Pouvoir Ouvrier disparaissent à la veille de 1968. Informations et Correspondances Ouvrières se disloque en 1973. Un nouveau groupe naît en 1975 : Échanges et Mouvements.

Personnalités et publications

Parmi les différentes personnalités qui ont illustré l'histoire de l'ultra-gauche, on peut notamment citer Anton Pannekoek (auteur en 1946 d'un ouvrage intitulé Les Conseils ouvriers), Karl Korsch, Otto Rühle, Paul Mattick, Benjamin Péret, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort (animateurs de la revue Socialisme ou Barbarie), Guy Debord et Raoul Vaneigem (Internationale Situationniste), ou Henri Simon (Informations et Correspondances Ouvrières).

En France, l'ultra-gauche s'est surtout fait connaître par ses publications. Parmi les plus récentes, on peut citer Le Mouvement Communiste (1972-1974), Négation (1972-1974), La Guerre sociale (1977-1984), La Banquise (1983-1988), Brise-Glace (1988-1990) ou Mordicus (1990-1994). Certaines revues d'ultra-gauche continuent à être publiées encore aujourd'hui : Échanges et Mouvements, Théorie Communiste, Perspective Internationaliste, Oiseau-Tempête...

Débats négationnistes

À partir de 1979, le groupe constitué autour de La Guerre sociale apporte son soutien aux thèses de Robert Faurisson niant l'existence des chambres à gaz dans les camps d'extermination nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Ce négationnisme repose sur un présupposé marxiste selon lequel le capitalisme ne pourrait pas exterminer la main d'œuvre sans chercher à l'exploiter. À cela s'ajoute le fait que les chambres à gaz sont perçues comme un mythe fondateur utilisé par le libéralisme moderne pour se justifier. En 1983, une partie des membres de La Guerre Sociale finissent par s'apercevoir qu'ils ont été manipulés par Robert Faurisson et que les chambres à gaz ont bien réellement existées. Ils rompent alors avec le négationnisme pour fonder une nouvelle revue : « La Banquise ». Parallèlement à cette évolution, d'autres groupes d'ultra-gauche sombrent à la même époque dans le négationnisme. Dans les années 1990, tous ces groupes sont de plus en plus marginalisés au sein même de l'ultra-gauche. Ils sont alors contraints de s'autodissoudre et leurs membres s'éloignent par la suite progressivement de l'ultra-gauche.


BIBLIOGRAPHIE

« Histoire générale de l'ultra-gauche », Christophe Bourseiller, DENOËL 2003 (nombreuses informations erronées. L'auteur ne semble pas vraiment avoir compris la notion de capitalisme d'état, entre autres et axe essentiellement son travail sur le mouvement situationniste).


VOIR AUSSI : Extrême gauche, communisme, socialisme, mouvements révolutionnaires, parti politique, mouvements politiques, Idées politiques, Kronstadt.


LIENS EXTERNES :

Sites d'ultra-gauche :

Autres sites se revendiquant de Rosa Luxemburg :

Textes de Rosa Luxemburg :



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