Mein Kampf
Mein Kampf est un livre rédigé par Adolf Hitler entre
1923 et 1924 pendant sa détention à la prison de
Landsberg am Lech, détention consécutive à un coup d'état manqué;
il fut publié en 1925. De sa parution jusqu'en 1935,
il se vendra à 1,5 million d'exemplaires.
C'est tout à la fois un document autobiographique, le récit de la naissance et du premier développement du parti national-socialiste, et un essai et manifeste politique qui énonce les bases du programme que
son auteur appliquera quelques années plus tard quand il sera parvenu à la tête de l'État allemand. Mein Kampf veut expliquer l'aversion de son auteur vis-à-vis des Juifs, des Roms, des Slaves, des homosexuels, des Tziganes, etc.
Il annonce sans ambiguïté le programme du parti nazi, fondé notamment sur la volonté de réunification des territoires à
population germanique (le pangermanisme) ainsi que la nécessité de
s'assurer, en Europe de l'est, un « espace vital » allemand, (le Lebensraum). Il comporte des menaces
précises, qui firent écrire à son sujet au maréchal Lyautey : Tout Français doit lire ce livre.
Selon Adolf Hitler:
- La cartographie de l'Europe issue du Traité de Versailles est inacceptable, car elle a pour conséquence immédiate l'éclatement des
peuples de culture allemande.
- L'Autriche et les minorités allemandes de Tchécoslovaquie et de Pologne doivent être réunies à
l'Allemagne dans un seul espace, le grand Reich.
- Pour assurer l'épanouissement du peuple allemand réunifié, il préconise la voie des chevaliers teutoniques : « conquérir par l'épée allemande le sol où la charrue
allemande devrait pousser le blé pour la pain quotidien de la nation».
- Pour cela, il faut réarmer le pays et atteindre l'autosuffisance économique par une série de conquêtes territoriales.
- Le nouvel essor de la nation allemande doit se faire notamment au détriment des territoires russes, des pays de l'Europe
centrale et danubienne, mais aussi à l'ouest, au détriment de la France qu'il considère
comme « inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand ».
Plan de l'ouvrage
Le plan en est le suivant :
Préface de l'auteur
Tome premier
Bilan
- La maison familiale
- Années d'études et de souffrance à Vienne
- Considérations politiques générales touchant mon séjour à Vienne
- Munich
- La guerre mondiale
- Propagande de guerre
- La Révolution
- Le commencement de mon activité politique
- Le parti ouvrier allemand
- Les causes de la débâcle
- Le peuple et la race
- La première phase du développement du parti ouvrier allemand national-socialiste
Tome deux
Le mouvement national-socialiste
- Opinion philosophique et parti
- L'État
- Sujets de l'État et citoyens
- La personnalité et la conception raciste de l'État
- Conception philosophique et organisation
- Lutte des premiers temps - L'importance de la parole
- La lutte contre le front rouge
- Le fort est plus fort quand il reste seul
- Considérations sur le sens et l'organisation des sections d'assaut (SA)
- Le fédéralisme n'est qu'un masque
- Propagande et organisation
- La question corporative
- La politique allemande des alliances après la guerre
- Orientation vers l'Est ou politique de l'Est
- Le droit de légitime défense
Conclusion
Statut juridique
Dans plusieurs pays (dont par exemple l'Allemagne), le livre est interdit à la
vente, pour cause « d'incitation à la haine raciale ».
Toutefois, il fait partie des objets et des livres qui animent régulièrement la chronique en étant disponibles plus ou moins
facilement sur Internet (y compris dans de grandes enseignes de vente sur Internet). Cette situation est à l'origine de débats
qui opposent droit d'expression et lutte contre le racisme (ici, sous ses formes les plus violentes). Mais cacher aux gens
comment leurs aînés ont pu se faire manipuler est-ce vraiment lutter contre le racisme, et ne dit-on pas au contraire
que qui ne veut pas apprendre l'histoire s'expose au danger de la revivre ? La question reste ouverte.
La France a adopté une attitude qui semble plus sereine : en toute rigueur, le livre aurait pu y être interdit à la vente
en raison des lois interdisant l'incitation à la haine raciale ; mais l'argument selon lequel pouvoir analyser de façon
critique le passé est le moyen le plus sûr de l'empêcher de revenir fut entendu. La Cour d'appel de Versailles a tranché le débat en adoptant la
position suivante : compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, le livre reste autorisé à la vente, mais doit
obligatoirement comporter en tête d'ouvrage les attendus de ce même jugement expliquant les raisons de cette autorisation. Ainsi
l'ouvrage prend un sens différent et devient un enseignement sur ce qui a pu manipuler les foules allemandes des années 30 - et une mise en garde sur les procédés rhétoriques qui pourraient
nous manipuler demain si nous ne sommes pas vigilants.
Quelques points significatifs du livre
Les points suivants sont tous traités dans le livre, mais pas nécessairement dans le même ordre.
- Né près de la frontière entre Autriche et Allemagne, Hitler y voit un signe du destin qu'il doit réunifier tous les peuples
de langue germanique, comme Bismarck avait créé en son temps
l'Allemagne par le fer et par le feu.
- Après sa démobilisation en 1918, il découvre que « presque tous les fonctionnaires étaient juifs, et tout juif
fonctionnaire ». Pensant à tous ses camarades soldats morts il se dit dès ce moment que la défaite est due au seul
arrière de Berlin, qui s'est peu soucié des sacrifices héroïques des soldats du front et a offert sa capitulation par
souci de simple confort.
- Sur le seul plan organisationnel, il ne cache pas son intérêt d'une part pour l'Église catholique et d'autre part pour la religion juive d'autre part, institutions qui ont largement dépassé les mille ans d'existence.
- Hitler marque une admiration technique particulière pour la façon dont la hiérarchie catholique maintient sa
domination sur les fidèles : en niant systématiquement les données de la science qui la contredisent, et en
imposant somme toute, dirait-on aujourd'hui, sa propre réalité. Le docteur Goebbels retiendra cette leçon.
- En revanche, il dénonce la vision chrétienne du monde comme pernicieuse et propre à affaiblir les qualités germaniques.
- Il développe sa théorie de la chute des civilisations antérieures : la domination se traduit par l'extension
territoriale, qui aboutit au métissage, qui à terme se traduit par une « dégénérescence de la race initiale », puis la
décadence.
- Il y développe aussi sa vision du racisme : d'après lui, les peuples
« inférieurs » ne peuvent espérer survivre qu'en se métissant avec les peuples « supérieurs », en ont
l'obsession, et parviennent à leurs fins quand ces derniers sont totalement métissés, et ne constituent plus un danger pour eux.
C'est selon lui ce qui commence à se produire en Europe, y compris en Allemagne. C'est là une idée qui a pu être trouvée par
exemple chez Gobineau.
- Il raconte la nuit où « la vérité se fit jour dans [son] esprit » et où il « [comprit] en pleurant jusqu'au
matin que le peuple juif travaillait délibérément à la ruine de l'Europe, et de l'Allemagne en particulier » .
- Il annonce sa position sur les rapports relatifs du parti et de la propagande : plus la propagande est efficace et moins
il y aura besoin d'avoir de membres dans le parti, ceux-ci étant du même coup à la fois plus sûrs et plus faciles aussi à
surveiller.
- Selon son livre,
- les individus handicapés doivent être éliminés (eugénisme actif et non
passif)
- les peuples « inférieurs » doivent être asservis aux peuples « supérieurs » (dont le peuple
allemand)
- tout peuple « supérieur », s'il en existe, doit lui aussi être éliminé sans délai, car il constitue un danger. Le
métissage serait une autre façon
de neutraliser leur danger à terme, mais ce serait au prix d'une perte d'identité de la « race ». Il faut interdire le métissage et il faut que le peuple menacé élimine l'autre (Note : la shoah prend à cette lumière une signification toute différente).
- La France est désignée comme un ennemi à abattre pour ses manœuvres anti-allemandes. Dans le même paragraphe, Hitler
précise : « Si j'étais Français, j'agirais d'ailleurs exactement de la même façon qu'eux ; mais je suis
Allemand ».
- Autre citation : « Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre
énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple
sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable ».
- L'ancien candidat à l'École des Beaux-Arts se réveille aussi en lui et affirme que de deux choses l'une :
- si les impressionnistes voient vraiment la forêt violette, ils sont
malades et il faut les hospitaliser.
- s'ils peignent des choses qu'ils savent être fausses, ce sont des escrocs et il faut les enfermer !
La lecture de ce livre confirme le propos énoncé par E.M. Forster : la Première Guerre mondiale constituait un conflit d'intérêt de peuples qui partageaient tout de même
- en tout cas en Europe - les mêmes valeurs. La seconde est d'une toute autre nature et constitue un conflit de
valeurs, voire de civilisations.
Accueil du livre en France
Conscient de la nécessité de ne pas ébruiter sa stratégie, Hitler avait interdit dans son contrat d'édition toute traduction
française de son livre et toute cession de droits à la France. C'était oublier qu'existaient les valises diplomatiques, et qu'en
un tel cas la raison
d'État autorise et même exige le piratage : sans s'occuper de chercher à verser des droits à M. Hitler, on fit tirer en masse dès 1934 un abrégé en français contenant des extraits significatifs, en le faisant précéder d'une brève
citation du maréchal Lyautey, en forme de mise en garde, selon laquelle tout
Français doit lire ce livre. Celui-ci se vend vite et c'est heureux : les lois internationales obligent le Tribunal
de commerce de Paris à en interdire la vente à la demande de l’éditeur allemand. Une traduction complète parut aux Nouvelles
Editions Latines.
Dès 1933, l'ancien ministre de Clemenceau Georges Mandel avait attiré
l'attention de la Chambre des députés sur les dangers du réarmement de l'Allemagne. Le livre (que Mandel, d'origine alsacienne, avait probablement lu dans le texte) n'a fait que renforcer son insistance à faire réagir les milieux
politiques avant qu'il ne soit trop tard. Il n'y parviendra pas : encore traumatisés par la Première Guerre mondiale qui causa la mort d'un
Français mâle sur dix (une seule des 36 000 communes françaises - le hameau de Pontmain dans la
Mayenne - a vu tous ses enfants revenir, et n'en a d'ailleurs pas moins construit son
monument aux morts), les Français se refusent à entendre parler de guerre. Et plus l'Allemagne se montre puissante et résolue,
plus l'idée d'un conflit les effraie. En 1936, une chanson de Ray Ventura connaît le succès en
France : « Tout va très bien, madame la marquise », qui décrit la découverte de catastrophes en cascade en
défilant l'écheveau d'une nouvelle d'apparence anodine. Sans doute les Français y pressentent-ils déjà ce qui les attend. Mais il
est trop tard. Hitler confiera d'ailleurs à son entourage : « Je n'ai commis qu'une seule erreur, qui a été de ne pas
déclarer directement la guerre à la France dès 1938 ».
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