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Mensonge

Morale et religion distinguent traditionnellement trois sortes de mensonges :

Ce mensonge parfois nommé par la littérature mensonge malicieux, est naturellement considéré tant par la morale que par la religion comme le plus grave des trois. Ce point est commun aux cultures occidentale et chinoise.

Sommaire

Problématique du mensonge officieux

Paroles et action

Le mensonge officieux semble parfois acceptable dans les cas où il peut, par exemple, sauver une vie (ou la qualité de la fin d'une vie). S'il est dans ce cas plus ou moins admis de faire un mensonge qui ne touche qu'aux faits, la recommandation morale est plutôt de garder le silence plutôt que de répondre de façon insincère.

Cas du mensonge par omission

Cicéron recommande une morale bien plus stricte : dans Des devoirs, il n'autorise même pas le marchand à garder le silence sur une situation qui, passée sous silence, lui permettrait de vendre à prix plus élevé. Il donne explicitement l'exemple du navire chargé de céréales qui arrive dans une ville où il y a famine et dont le capitaine ou l'armateur sait que d'autres le suivent en grand nombre. Cicéron déclare clairement qu'il est inacceptable sur le plan moral de cacher cette information aux clients. Les milieux d'affaires actuels (2004) en tomberaient sans doute des nues. Force est pourtant de constater que sans mensonges officieux (y compris par omission), il n'y aurait eu ni d'affaire Universal, ni d'affaire Enron avec les ruines de particuliers qu'elles ont impliquées et leurs conséquences (septuagénaires devant reprendre un travail outre-Atlantique, par exemple, par évaporation de leur fonds de retraite).

Problématique du mensonge joyeux

Le sage est censé s'interdire le mensonge joyeux parce que celui-ci sacrifie à un jeu l'autorité de la parole qui, conservée, peut quelquefois être utile à autrui.

Il ne s'interdit pas pour autant la fiction avouée et il lui arrive naturellement de citer des paraboles, des fables, des symboles ou des mythes en les rappelant tels.

Le mensonge joyeux embarrasse cependant le moraliste, inquiet de laisser fléchir la règle de véracité.

Il n'est certes pas inspiré par le motif de nuire, et celui de distraire et d'amuser un moment semble fort légitime. La frontière est parfois ténue entre badinage de bon aloi et mensonge joyeux proprement dit; entre la « blague » et la « farce ».

Bien qu'inoffensive dans son but, la farce devient parfois offensante. Si tous n'admettent pas d'en être victimes, cela laisse entendre qu'elle n'est point nécessairement sans reproche. Si une jeune femme annonce à sa famille l'arrivée de son premier enfant pour expliquer ensuite qu'il n'en est rien, son comportement sera considéré non seulement inhabituel, mais franchement indélicat.

Le mensonge joyeux, pour léger qu'il soit, demeure un déguisement de la pensée, et - même anodin - déconcerte la sincérité. Il devient inacceptable s'il aboutit à la dérision inopportune de celui aux dépens duquel elle s'exerce. La farce répétitive finit d'ailleurs par lasser et ses auteurs finissent par provoquer une réaction de défiance même lorsqu'ils veulent parler sérieusement.

Le roman d'Umberto Eco Le nom de la rose présente le cas pathétique du moine Jorge, s'opposant à Guillaume de Baskerville sur la distinction entre simple plaisanterie et mensonge joyeux, que Jorge refuse d'admettre. En conséquence, Jorge refuse toute forme de rire qu'il considère comme non-chrétienne, au motif qu'un homme bon ne devrait jamais se moquer. Guillaume de Baskerville lui explique qu'il trouve sa position excessive. Des disputes de cet ordre ont été monnaie courante au Moyen Âge en Europe.

Qualification de mensonge

Il n’y a pas de mensonge, pas même par omission, lorsqu’on cache la vérité à ceux qui n’y ont pas droit. La morale classique occidentale recommande toutefois en ce cas de ne pas dire ou faire croire, à la place de la vérité, une chose fausse.

Positions particulières du catholicisme

Mensonge et témoignage

« Lorsque l'individu fait face à un événement qui l'amènera à témoigner, il sélectionne, construit ou reconstruit les différents éléments de la scène autant qu'il les emmagasine en mémoire», indiquent les psychologues sociaux Alain Bertone, Marc Mélen, Jacques Py et Alain Somat dans Témoins sous influences. Comparé à la réalité, ce que le témoin certifie être véridique aura ainsi été à son insu modifié, remodelé, rationalisé pour être rendu plus cohérent et plus acceptable.

Dans les cultures judaïque et chrétienne, le faux témoignage est interdit par le Décalogue. Ce type de mensonge possède des circonstances très aggravantes, puisqu’il est effectué devant un tribunal et après avoir prêté le serment de dire la vérité! Religion, mœurs et Droit s'accordent ici à reconnaître que tout citoyen requis par un juge légitime est tenu, en conscience, de dire la vérité lorsqu’il est requis pour porter un témoignage à la Justice.

Sont toutefois, sont dispensés de ce témoignage :

  1. les professionnels, tenus au secret du même nom ; il est à noter qu'en termes de droit même son client ne peut délier un professionnel de son devoir de secret - sans quoi bien entendu ne pas le faire aurait de sa part valeur d'aveu, et altérerait cette notion de secret (un patient ne demandant pas à son médecin de famille un dossier médical pour le communiquer à un employeur potentiel serait suspecté de cacher des éléments de santé, ruinant par le même coup toute possibilité de secret effectif).
  2. les confesseurs, à l’égard de leurs pénitents, sont tenus au même secret, mais sans couverture par le Droit ; leur devoir professionnel est de se laisser condamner eux-même s'il le faut plutôt que de révéler quoi que ce soit; le cas s'est vu dans la deuxième moitié des années 1970 en France, et bien plus tôt avec Jean Chrysostome (« saint-Jean-bouche-d'or » dans le langage populaire)
  3. les proches parents de la personne accusée (voir également Confucius, opposé à Lao-Tseu sur la question)

L'auteur d'un faux témoignage a l'obligation morale de :

  1. rétracter son témoignage devant les juges et
  2. de réparer les torts faits à l’accusé dans sa réputation et dans ses biens.

Psychologie du mensonge

Les recherches en psychologie sociale retiennent quatre motivations au mensonge compris comme toute forme de dissimulation de sa pensée par un locuteur :

Dans le cadre de cette définition, la moyenne des mensonges serait de deux mensonges au minimum par personne et par jour, avec une égalité entre hommes et femmes, celles-ci se distinguant par un plus grand nombre de mensonge altruiste.

Du point de vue émotionnel, on peut schématiser la problématique comme un bilan entre deux émotions négatives, c'est-à-dire désagréables, la crainte d'être découvert comme menteur et la culpabilité (trahison de la confiance, irrespect des modèles, etc) et une émotion positive qui l'emporte chez le menteur notoire : le plaisir même du mensonge, c'est-à-dire de convaincre quelqu'un d'une pure fiction de la manière la plus naturelle qui soit. Le menteur apparaît avant tout comme parfaitement maître de ses émotions au point d'être capable de communiquer aussi naturellement des émotions factices que de véritables.

La détection des mensonges est un aspect de la communication non-verbale. L'étude de la capacité de détection des mensonges montre en particulier que les comportements stéréotypés que la tradition attribue au menteur en situation ne sont pas vérifiés, sans doute en partie parce qu'ils ont été intégrés par le menteur de quelque envergure. On pense ainsi à tort à un comportement anormalement agité, à des attitudes floues ou équivoques (regards fuyants, hésitations, etc). Il faudrait en fait s'intéresser aux formes de surcompensation des attitudes prêtées à tort au menteur et surtout aux expressions non-verbales les moins contrôlables comme la voix et les mouvements réflexes des membres. Cette aptitude à déceler le mensonge demande donc un apprentissage en particulier dans les métiers où la véracité des propos est prépondérante comme les métiers du contrôle (douaniers, inspecteurs, policiers, etc), de la justice, de la négociation, etc. Par contre dans la vie courante les femmes, étant plus attentive au comportement, sont généralement plus efficace à détecter ce type de mensonge et aussi à l'utiliser face à un homme.

Schopenhauer a philosophé sur ce thème et comme quelqu'un (un escroc par exemple) a souvent l'air plus honnête que d'habitude il est nécessaire de l'encourager pour espérer qu'il finira par se trahir avant qu'il n'emporte son butin.

Voir aussi

Bibliographie



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