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La métathèse (du grec μετάθησις metáthêsis,
« permutation ») est une modification
phonétique de la famille des métaplasmes impliquant un échange plus ou
moins important entre deux phonèmes en contact ou proches. Par extension, dans le domaine de la grammaire et de l'analyse stylistique, le terme peut désigner des permutations d'autres ordres dans un énoncé, des syllabes échangées aux
mots. La métathèse phonétique, quant à elle, se présente sous deux formes principales :
| Sommaire |
La métathèse peut être liée à un problème particulier de prononciation :
Ou bien être elle s'étend à une langue entière et devient complètement lexicalisée : elle a dans ce cas donné naissance à des termes enregistrés comme normaux dans le lexique, tels fromage en français, du latin formaticum, ou brebis, de berbix.
Dans la majorité des cas, la métathèse s'opère par paresse articulatoire, afin de fournir une chaîne de phonèmes plus simple à prononcer ou bien plus en adéquation avec le système syllabique d'une langue. Dans d'autres cas, il ne s'agit que de la méconnaissance d'un signifiant.
Il s'agit simplement d'une inversion de deux phonèmes en contact ; la plupart du temps, les phonèmes sont de même nature : les consonnes s'échangent entre elles, de même les voyelles.
C'est le cas pour spectacle > *pestacle : [sp...kt...kl] > [p...st...kl] (on note aussi la simplification de [sp] en [p]). Les séquences [sp] puis [kt] à la suite sont difficiles à prononcer pour un jeune locuteur. En effet, elles impliquent tout d'abord un départ à deux consonnes (résolu par simplification) puis une suite demandant un mouvement de langue important (du palais mou aux dents), résolu quant à lui par une redistribution des consonnes. Ces raisons peuvent expliquer celles d'une telle métathèse. Quoi qu'il en soit, le signifiant obtenu, *pestacle, est considéré fautif et sera la plupart du temps corrigé par les adultes.
La métathèse de certaines consonnes en contact peut cependant donner naissance à des termes considérés les seuls corrects. Elle s'est dans ce cas déroulée dans le passé de la langue : c'est le plus souvent une loi phonétique qui doit s'être appliquée à toutes les séquences de consonnes d'une période donnée.
En grec ancien, par exemple, toutes les séquences [tk] sont devenues [kt], plus faciles à prononcer. On peut ainsi expliquer qu'à partir d'un même radical *tek-, « accoucher, naître », on obtienne, selon le degré radical, des dérivés en /tVk/ (lire « une voyelle, V, sépare les deux consonnes ») ou en /kt/, quand les deux consonnes se sont échangées parce qu'elles étaient en contact. Ansi, « naissance » se dit bien τόκος tókos mais « accoucher » vaut τί-κτω ti-ktō. Cette dernière forme s'explique phonétiquement quand on sait que *ti-tk-ō > ti-ktō. C'est un présent à redoublement (la première consonne suivie d'une voyelle, i pour les thèmes de présent, est utilisée comme préfixe) sur un degré zéro radical (la voyelle du radical *te/ok- n'est pas réalisée car la voyelle thématique est déjà utilisée pour le suffixe de première personne du singulier, ō. Ces conditions permettent la métathèse.
Le phénomène se produit bien sûr dans d'autres mots et la séquence [tk] n'est pas la seule représentée. De plus, si une modification phonétique se limite parfois à la seule métathèse, certaines d'entre elles font partie d'un processus plus complexe ; ainsi, toujours en grec ancien, une séquence [sr] en début de mot aboutit normalement à [r̥] (/r/ dévoisé) après être parti d'une métathèse : [sr] > [hr] (affaiblissment de [s]) > [rh] (métathèse) > [r̥] (simplification par assourdissement) : l'indo-européen *sru-tó-, participe passé passif du verbe *srew-, « s'écouler », devient bien strutá- en sanskrit mais ῥυτός [r̥ytós] en grec.
Une langue comme le français possède aussi dans son lexique des termes corrects issus d'une métathèse. Brebis et fromage, par exemple, proviennent bien de berbice(m) (cas régime de berbix ; on trouve aussi pour la forme classique vervex) et formaticu(m), lesquels se retrouvent dans d'autres langues romanes sans la métathèse : italien berbice et formaggio, occitan formatge. Il existe cependant des mots en /rb/ et /rf/ (arbre, ferme) sans métathèse, ce qui permet de considérer que cette métathèse est originale et ne constitue pas une loi phonétique.
Pour les mêmes raisons qui causent une métathèse de consonnes, les voyelles peuvent s'inverser, pour se placer dans un ordre semblant plus naturel, c'est-à-dire mieux représenté dans le système phonologique de la langue. [À compléter]
Outre les phonèmes, les unités suprasegmentales peuvent s'échanger au contact. On désigne ainsi les caractéristiques inhérentes au phonèmes, comme la quantité, le tonème ou encore l'accent.
L'un des exemples les plus convaincants se trouve en grec ancien. C'est une métathèse de quantité entre voyelles en contact. On la rencontre principalement dans les noms féminins athématiques en -ις -is / -εως -eōs. Un mot comme πόλις pólis, « ville », fait son génitif en πόλεως póleōs, lequel contredit les lois de l'accentuation grecque (l'accent aigu ne peut remonter aussi loin dans un mot terminé par une voyelle longue). On sait que ce génitif remonte à *pólēyos qui, pour le coup, est conforme à l'accentuation. Les deux dernières voyelles, cependant, entrant en contact après l'amuïssement du yod, se sont échangé leur quantité : *ēo > eō.
Il existe aussi des cas de métathèse tonale. [À compléter]


