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Le vers (du latin versus, « le sillon, la ligne
d'écriture », puis « le vers », historiquement « ce qui retourne à la ligne ») est un élément linguistique formant une unité rythmique définie par des règles (voir art poétique). Il est repérable par un retour à la ligne indépendant de la
bordure de la page. Le vers est caractéristique de la poésie (mais tout poème
n'est pas forcément versifié). Il ne doit pas être confondu avec la phrase : un
vers ne constitue pas forcément une phrase ; inversement, un seul vers peut contenir plusieurs phrases. Ce trait peut être
aisément vérifié dans les cas d'enjambements, rejets et contre-rejets.
| Sommaire |
Maurice Grammont, dans son Petit traité de versification française, le définit ainsi :
Cette définition est cependant incorrecte en ce que l'assonance (ni la rime) ne sont obligatoires dans le vers. Par exemple, le poème « Chantre » tiré du recueil Alcools de Guillaume Apollinaire est un monostiche (un seul vers) :
Il lui est impossible de rimer ni d'assoner. De plus, le nombre de syllabes n'est pas forcément déterminé (il peut être le fruit du hasard), à plus forte raison dans les mètres fonctionnant sur le pied (on appelle alors « vers libre » le vers non rimé et irrégulier, fréquent depuis la fin du XIXe siècle).
Il convient alors de s'en tenir à une définition plus souple : le vers est une unité graphique répondant à des règles très variables.
On oppose le vers à la prose, qui constitue une écriture sans retours à la ligne arbitraires mais décidés par la structure en paragraphes. Le vers se coupe avant la fin de la page alors que les lignes d'un texte en prose vont jusqu'au bout de la page et reviennent au début de la page à la ligne suivante.
L'unité graphique du vers est telle qu'on en marque souvent la première lettre par une majuscule, même si le mot la portant n'est pas le premier d'une phrase. De même, si, par manque de place, on ne peut écrire un vers en entier sur une ligne, il convient de le signaler :
| Et l'unique cordeau des trompettes |
| [marines |
La partie rejetée, ne constituant pas un nouveau vers, est précédée d'un crochet droit et alignée à droite (ou fortement
décalée).
Le vers se définit en fait surtout par le mètre, c'est-à-dire sa mesure, soit en nombre de syllabes, soit en nombre de pieds (noter que le terme de pied au sens strict est incorrect quand il est appliqué à la poésie française : en effet, ce mot ne s'emploie que quand il s'agit de poésie scandée, comme le sont les poésies latine, allemande, anglaise, etc.).
À chaque vers correspondent des règles fixant la place des accents, de l'alternance des syllabes longues et brèves, de la place d'une éventuelle césure, le nombre de syllabes, etc. Ces règles (ainsi que les règles de lecture associées) variant d'une culture à l'autre, il n'est pas possible d'en donner une définition universelle. Cependant, on rencontre principalement deux types de mètres : ceux dont l'unité est la syllabe et ceux dont l'unité est le pied.
L'étude du mètre est la métrique.
Prédominant dans la poésie de langues n'utilisant pas les oppositions de quantités (voyelles longues ou brèves), le vers à mètre syllabique est déterminé par son nombre de syllabes. La poésie française utilise exclusivement des mètres de ce type.
Une suite de vers peut se grouper : suivant les cas, on appelle ce groupe une strophe. Certains types de strophes sont notables, comme la laisse de la chanson de geste, le quatrain et le tercet du sonnet, etc.
La mesure de ces vers est décrite par des noms tirés principalement du grec. Certains mètres sont plus courants que d'autres (bien que, dans la poésie contemporaine, règne une grande liberté). Ils sont signalés ici par la mise en gras :
L'alexandrin se nomme ainsi depuis le XVe siècle. Le nom fait référence au Roman d'Alexandre, œuvre de la fin du XIIe siècle célèbre pour l'avoir associé au style épique. Les premiers alexandrins datent cependant de la fin du XIe siècle.
En poésie française, un vers de plus de huit syllabes doit comporter une césure, dont les règles de placement varient avec le temps. Par exemple, l'alexandrin classique porte une césure après la sixième syllabe, ce qui permet de couper le vers en deux hémistiches (« moitié de vers »). Par exemple, le décasyllabe suivant se découpe en deux cellules inégales :
Dans le décasylabe, la césure partage en général le vers en 4 puis 6 syllabes ou 6 +4 (5+5 est possible mais moins apprécié). Quand un poème n'est composé que de vers identiques, on le qualifie d'isométrique. Dans le cas contraire, le poème est hétérométrique.
Les règles de lecture actuelles du vers français sont strictes : en effet, il convient de les respecter pour donner à entendre le nombre de syllabes voulu. Ces règles ont cependant varié avec le temps, en s'adaptant aux évolutions de la prononciation du français. On peut indiquer ici les plus importantes :
On peut illustrer ces règles fondamentales par la transcription phonétique (en API) des vers suivants (les syllabes sont séparées par le point ; leur nombre suit la transcription) extraits du sonnet LIII « L'Invitation au voyage » de Charles Baudelaire (in Les Fleurs du Mal, « Spleen et Idéal ») :
| — Les soleils couchants Revêtent les champs Là tout n'est qu'ordr(e) et beauté, |
le.sɔ.lɛj.ku.ʃɑ̃] (5) [rə.vɛ.tə.le.ʃɑ̃.] (5) [la.tu.nɛ.kɔʁ.dʁe.bo.te] (7) |
Les e prononcés en fin de mot sont soulignés, ceux que l'on a élidés par synalèphe ou apocope sont entre parenthèses. La
diérèse est en gras.
[En préparation]
[En préparation]
[En préparation]
Dans les langues connaissant des oppositions de longueur vocalique et/ou syllabique, ce n'est pas le nombre de syllabes qui détermine le mètre mais la répartition des voyelles ou syllabes longues dans le vers. Ces jeux d'alternances de quantité permettent de faire apparaître des schémas rythmiques ─ ou pieds (ce terme provient du latin : il désigne le mouvement de l'organe mesurant la cadence, pour le chant des vers ou leur interprétation en danse) ─ comparables à ceux de la musique. On peut donc comparer les combinaisons de voyelles longues et brèves au sein d'un pied à la mesure musicale : les voyelles longues y seraient des blanches, les brèves des noires. C'est d'autant plus vrai que les liens entre la poésie et le chant sont très forts. La discipline qui enseigne comment, dans les vers rythmiques d'un langue donnée, déterminer la quantité des voyelles ou des syllabes se nomme la scansion. « Scander un texte » signifie donc qu'on le lit en en respectant les rythmes et en en identifiant les pieds, les césures.
Les langues indo-européennes anciennes (grec ancien, latin, sanskrit, etc.) utilisaient ce principe, qui reste valable dans les langues modernes à quantité vocalique variable (comme l'arabe : voir Poésie arabe). Le mètre de tels vers se définit alors par l'alternance des pieds. Dans certains cas, ce n'est pas l'alternance des quantités qui détermine les pieds mais celle des accents toniques, comme en anglais (voir plus bas), alors que dans les poésies gréco-latine et sanskrite, l'accent de hauteur ne joue aucun rôle notable.
On prendra garde à ne pas parler de pieds à la place de syllabes pour les vers à mètre syllabique, contrairement à un usage archaïsant en français, comme signalé précédemment.
La suite de l'article se consacre principalement à la métrique gréco-romaine.
Les termes suivants sont empruntés au grec, qui a fourni l'essentiel du vocabulaire d'analyse poétique et rhétorique. On représente la voyelle ou syllabe brève par le symbole U, la longue par _, conformément aux usages occidentaux. Dans la métrique grecque et latine, on considère qu'une longue vaut deux brèves, ce qui explique que l'on puisse remplacer certains pieds par d'autres : pour la mesure, _ UU = _ _, par exemple (voir aussi à Scansion). On le verra plus loin, l'unité minimale rythmique n'est cependant pas la voyelle brève (ou more) mais la syllabe brève, ce qui ne revient pas au même (une syllabe longue peut comporter une voyelle brève).
Les mètres sont donc définissables comme une suite régie par des règles strictes de pieds. L'équivalence _ = UU explique pourquoi le nombre de syllabes d'un vers à mètre rythmique est variable (ces détails sont expliqués dans l'article Scansion). De plus, comme dans le mètre syllabique, il existe des césures, placées selon des règles ne dépendant plus d'une unité syllabique mais là aussi rythmique. Les noms des mètres sont grecs ou latins. Les noms grecs se lisent ainsi : nombre grec + -mètre (« mesure ») + pied dominant. Par exemple, hexamètre dactylique se comprend ainsi : « six pieds, principalement des dactyles ». Les noms latins sont souvent inversés : pied dominant + adjectif numéral latin : iambique sénaire signifie donc « mètre composé principalement d'iambes formant six pieds ».
Les poésies grecques et latines, bien que très proches dans leur utilisation des mètres rythmiques, divergent par certains aspects. On reverra pour chaque mètre à sa page pour une description détaillée :
Cette liste est loin d'être exhaustive.
Les vers peuvent être regroupés en systèmes. Dans ce cas, la répartition des syllabes longues et brèves se fait sur l'étendue de la strophe et non du vers seul. Par exemple, dans la poésie élégiaque ou lyrique, il est courant d'utiliser le distique élégiaque, strophe composée d'un hexamètre dactylique suivi d'un pentamètre.
Principaux systèmes :
Voici scandés le vers 75 du premier chant de l'Iliade, œuvre écrite en hexamètres dactyliques, comme le demande le genre épique. La césure est penthémimère. On note que l'accent n'a aucune incidence sur le vers et que les syllabes d'un pied donné ne font pas forcément partie d'un même mot (les pieds sont séparés par la barre droite, la césure est indiquée par deux barres obliques et les couleurs permettent de relier les syllabes d'un même pied) :
| Μῆ- | νιν | Ἀ- | πόλ- | λω- | νος | |
ἑ- | κα- | τη- | ϐε- | λέ- | τα- | ο | ἄ- | νακ- | τος | ||
| _ |
U |
U | |
_ |
_ | |
_ |
// | U |
U | |
_ |
U |
U | |
_ |
U |
U | |
_ |
U |
Outre par vers saturnien, la métrique latine n'offre que très peu d'originalité par rapport à la métrique grecque. Elle lui a en effet emprunté ce sytème, de même qu'elle a emprunté nombre de genres littéraires et artistiques à la Grèce. Les principales différences se trouvent dans les règles de scansion.
Voici un distique élégiaque d'Ovide (L'Art d'aimer, livre II, vers 197-198). Il se compose naturellement d'un hexamètre dactylique suivi d'un pentamètre.
| Ce- | de | re- | pug- | nan- | ti | ; | ce- | den- | do | uic- | tor | a- | bi- | bis | |||
| _ | U | U | | _ | _ | | _ | // | _ | | _ | _ | | _ | U | U | | _ | U |
| Fac | mo- | do, | quas | par- | tis | il- | la | iu- | be- | bit | a- | gas. | ||||||
| _ | U | U | | _ | _ | | _ | // | _ | U | U | | _ | U | U | | _ |
Dans certaines langues connaissant pourtant les oppositions de quantité vocalique susceptibles, les pieds et les mètres sont définis par la répartition de l'accent tonique et non la quantité. C'est le cas en anglais : la syllabe accentuée joue le rôle d'une longue, les autres celui d'une brève. L'essentiel de la métrique anglaise, cependant, suit celle de la métrique classique (gréco-latine). Par exemple, le pentamètre iambique, l'un des mètres les plus utilisés en anglais, se présente ainsi (l'accent tonique est signalé par le gras, les pieds sont séparés par la barre droite) :
Samuel Taylor Coleridge est célèbre pour ses imitations en anglais d'hexamètres dactyliques gréco-latins dans son poème Hexameters.
[En préparation]
Poème dont la lecture peut se faire de différentes façons : chaque vers est divisé en hémistiches, porteuses de double sens. De ce fait, un poème peut contenir en lui-même deux poèmes indépendants.


