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Mortelle randonnée (roman)

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Mortelle randonnée (Eye of the Beholder dans l'édition originale), est un roman policier de Marc Behm, publié en novembre 1980.

Il a été adapté en 1983 dans un film français éponyme réalisé par Claude Miller.

Oui, quelle œuvre admirable de Marc Behm, combien magistrale et belle sous les traits d’un banal roman policier. Il s’agit de « l’œil », en fait un vieux détective salarié, qui est chargé d’une banale mission de vérification. Au cours de celle-ci, il découvre que la personne concernée est en fait une criminelle qui, profitant de son élégance et de sa beauté, épouse, sous de faux noms, maris sur maris pour les voler après les avoir assassinés. Tout pourrait s’arrêter là, dans la description des crimes toujours routiniers mais combien violents par leur existence même, si ce n’est que le détective, au lieu de dénoncer la belle criminelle, se met à la suivre sans relâche à travers les Etats-Unis, non pour la confondre mais pour la protéger. Il devient ainsi « the eye of the beholder », assistant aux crimes, jamais impassible mais toujours intimement compréhensif. Car l’œil a un secret, une souffrance issue de nombreuses années, toujours permanente. Sa femme l’a quittée emportant la petite fille dont il est le père et qu’il n’a plus jamais revue. Elle lui a envoyé, il y a bien longtemps, par dérision, une photographie d’école où sa fille se trouve au milieu du groupe d’élèves de sa classe, sans lui dire qui elle est. Depuis ce temps, après avoir vu et revu des milliers de fois la photo, qu’il porte toujours sur lui, toujours dans l’incertitude, il aime toutes les petites filles, bien sûr, mais il sait qu’un jour il la reconnaîtra. Ainsi la boucle se referme, l’œil, sans se l’avouer, identifie la criminelle, maintenant recherchée par toutes les polices, à sa fille adorée. Il va l’aider au maximum de ses possibilités, sans qu’elle en sache jamais rien, pour lui éviter l’arrestation et sans doute la mort. Mais c’est peine perdue. Au terme de cette « mortelle randonnée », la jeune fille inconnue meurt. Il retrouve alors une certaine paix en la faisant enterrer et en vivant auprès d’elle où il peut aller la voir tous les jours au cimetière. Un jour pourtant, il sent que les portes mystérieuses de la connaissance vont s’ouvrir, qu’il va enfin connaître qui est sa fille, que celle-ci, enfant, va le reconnaître et se jeter dans ses bras. Il assiste, émerveillé, à l’ouverture du portail magique dont il sait maintenant qu’elle va lui permettre de connaître la joie et la paix enfin retrouvées, mais il meurt à la dernière seconde sans savoir. Quelle œuvre admirable, quelle poésie, quelle nostalgie poignante, quel désir lancinant de surmonter une peine imméritée et cruelle dans cette course effrénée du vieil homme à la recherche de sa fille adorée, à jamais perdue, et pour laquelle, fou d’amour, il donnera tout, sans parvenir à la retrouver !



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