Mouvement mélodique
En musique, un mouvement mélodique est, dans une même partie musicale ou une même voix, l'intervalle mélodique
séparant une note de celle qui la précède.
Caractéristiques du mouvement mélodique
Le mouvement mélodique se caractérise par son sens et par sa qualité.
- Le sens d'un mouvement mélodique est soit ascendant, quand la deuxième note est plus aiguë,
soit descendant, dans le cas contraire. Lorsqu'on a affaire à un unisson juste, ou encore, à une seconde
diminuée (équivalent d'un unisson juste, par enharmonie), on considère que la
voix ou la partie, qui reste ainsi en place « ne produit pas de mouvement mélodique ».
- Du point de vue de sa qualité, un mouvement mélodique peut être conjoint ou disjoint.
- - Un mouvement mélodique conjoint est le franchissement d'un intervalle mélodique situé entre deux degrés voisins,
autrement dit, entre deux notes séparées par un unisson ou une seconde. La seconde augmentée, bien qu'étant théoriquement un
intervalle conjoint, doit être apparentée au mouvement disjoint. Dans la pratique, donc, le mouvement conjoint ne
dépasse pas le ton.
- - Un mouvement mélodique disjoint est le franchissement d'un intervalle mélodique englobant plus de deux
degrés voisins, autrement dit, d'un intervalle supérieur à la seconde. La tierce diminuée, bien qu'équivalente au
ton par enharmonie, est bien un intervalle disjoint.
Réalisation du mouvement mélodique
Le mouvement mélodique doit respecter deux principes : tout d'abord, le « principe de l'économie du
mouvement » (surtout dans les parties intermédiaires), en vertu duquel, toute note commune à deux accords qui
s'enchaînent, doit (chaque fois que c'est possible) rester en place à la même voix dans ces deux accords ; ensuite, le
« principe du plus court chemin », selon lequel, de manière plus générale, le mouvement conjoint doit
toujours être préféré au mouvement disjoint.
Le mouvement mélodique exige quelques précautions de réalisation. En harmonie scolastique, certains intervalles mélodiques
sont permis, d'autres sont simplement tolérés. Les intervalles ne figurant pas dans les listes ci-dessous
doivent être absolument évités.
À partir du moment où l'intervalle mélodique franchi n'est pas fautif, on peut en principe, depuis une note donnée, aller vers
n'importe qu'elle autre note, sauf cas de figure du mouvement mélodique
obligé.
Intervalles mélodiques permis
- L'unisson juste ou augmenté (c'est-à-dire, le demi-ton chromatique) ;
- la seconde majeure ou mineure ;
- la tierce majeure ou mineure ;
- la quarte juste ;
- la quinte juste ;
- la sixte mineure ;
- l'octave juste.
- Il est souhaitable que l'intervalle d'octave soit suivi d'un mouvement mélodique de sens contraire.
Intervalles mélodiques tolérés
- La sixte majeure (en majeur exclusivement, et du Ier au VIème degré) ;
- la seconde augmentée ascendante (en mineur) : tolérée quand la 2ème note monte à la tonique, et surtout dans les parties
intermédiaires ;
- la tierce diminuée (en mineur), la quarte diminuée (en mineur) et la quinte diminuée (dans les deux modes) sont tolérées
lorsqu'elles sont suivies d'un mouvement mélodique conjoint de sens contraire.
Mouvement mélodique obligé
Un mouvement mélodique obligé (ou en abrégé, mouvement obligé) est un cas particulier de
mouvement mélodique, articulé autour d'une note, appelée note
attractive, chargée d'une tension telle, qu'elle ne saurait se diriger ailleurs que sur un degré précis.
- Le plus souvent, un mouvement obligé comprend trois notes consécutives (note préparatoire, note attractive et note
résolutive) encadrant deux intervalles mélodiques (intervalle introductif et intervalle résolutif).
Ainsi :
-

- La force d'un mouvement obligé donné dépend de la place qu'occupe sa note attractive dans la mesure : si la note
attractive est placée sur un temps fort (ou une partie forte de temps), l'effet du mouvement obligé sera plus accentué que si
celle-ci se trouve sur un temps faible (ou une partie faible de temps).
Préparation du mouvement obligé
Une préparation est la manière d'introduire la note attractive d'un mouvement obligé.
- En principe, la « préparation stricte » d'un mouvement obligé est réalisée par unisson juste, c'est-à-dire
que cet intervalle mélodique doit séparer la note préparatoire et la note attractive. Par exemple, la septième et la neuvième des
accords de quatre et cinq notes (exceptés ceux placés sur la dominante), ou encore, le
retard, doivent être rigoureusement préparés.
- Cependant, dans certains mouvements obligés, la préparation peut être plus simplement réalisée par mouvement conjoint,
c'est-à-dire, au moyen d'un intervalle mélodique de demi-ton (diatonique ou chromatique, selon le cas), ou de ton. Par exemple,
la note chromatique est préparée par demi-ton chromatique ; la broderie et la note de passage sont préparées par seconde, mineure ou majeure.
- Par ailleurs, certaines notes attractives n'ont pas besoin d'être préparées (mais peuvent l'être, cependant). C'est le cas,
principalement de l'appogiature, de l'anticipation, de l'échappée, ainsi que de la septième et la neuvième des accords de quatre et cinq notes placés sur la
dominante.
- Enfin, le sensible ne doit jamais être préparée : en d'autres termes, qu'elle soit
amenée par mouvement conjoint ou disjoint, elle ne doit pas se trouver dans l'accord qui précède celui de dominante.
Doublure des notes d'un mouvement obligé
L'éventuelle doublure de l'une ou l'autre
des trois notes d'un mouvement obligé (c'est-à-dire, le fait de faire entendre simultanément cette note, à l'octave ou à
l'unisson juste), doit respecter certaines règles.
- La doublure de la note attractive doit en principe être évitée. Si l'on est amené à doubler tout de même une
telle note, d'une part, il faut arriver sur la doublure, soit par mouvement oblique, soit par mouvement
contraire, d'autre part, la résolution se fait bien évidemment sur une seule des deux notes de la doublure, l'autre note
évoluant par mouvement contraire.
- La doublure de la note résolutive doit, elle aussi, être évitée. De la même façon, si l'on est amené à
doubler la note résolutive, cette doublure devra être amenée par mouvement contraire. L'arrivée sur l'octave (ou pire,
sur l'unisson) d'une note résolutive par mouvement direct, doit être absolument évitée. La seule exception est celle concernant l'octave de la
tonique succédant à la sensible, qui peut être amenée par mouvement direct.
Résolution du mouvement obligé
Une résolution est la manière d'amener la détente après une note attractive. Si la présence de la note
préparatoire n'est pas toujours nécessaire, la présence de la note résolutive, en revanche, est toujours indispensable.
Une résolution peut être régulière ou irrégulière.
- Une résolution régulière (ou ordinaire) est une détente amenée conformément à ce qu'attend
l'oreille. En fonction du type de note attractive, l'intervalle résolutif correspondant produit la note résolutive, par seconde
majeure ou mineure, ascendante ou descendante.
- Par exemple, le sensible fait sa résolution régulière sur la tonique « par seconde mineure ascendante »
(exemple A) ; ou encore, la septième de dominante d'une tonalité mineure fait sa résolution régulière sur le IIIe
degré « par seconde majeure descendante » (exemple B).
- Une résolution régulière (ou exceptionnelle) est une détente inhabituelle, amenée par un
mouvement mélodique inattendu. La note attractive peut alors, soit rester en place (unisson juste, ou,
par enharmonie, seconde diminuée), soit monter ou descendre d'un demi-ton (diatonique ou chromatique), ou à la
rigueur, d'un ton. En aucun cas, une note attractive ne doit faire un mouvement mélodique supérieur au ton.
- C'est ainsi qu'en cas de résolution irrégulière, la note résolutive d'un certain mouvement obligé peut être en même temps
note attractive du mouvement obligé suivant, l'apparition d'une nouvelle tension résolvant la tension précédente (exemple
C).
- Exemples de résolutions du mouvement obligé :

Différents types de notes attractives
Une note attractive (ou, note à mouvement résolutif, ou encore, note à mouvement
obligé) est la note principale d'un mouvement obligé, la plus expressive des trois, parce que chargée d'une forte
tension mélodique. Cette note peut être, soit une sensible, soit une note chromatique, soit une note formant un
intervalle dissonant.
Sensible
Située à proximité extrême (seconde mineure) de la tonique qui l'entraîne dans son champ d'attraction, la sensible, ou VIIe degré,
est considérée comme une note attractive seulement lorsque elle est tierce d'un accord de dominante (avec ou sans
fondamentale).
- La sensible fait sa résolution régulière par seconde mineure
ascendante, c'est-à-dire, en montant à la tonique dans l'accord suivant, sous réserve bien entendu, que celui-ci contienne la
tonique (exemple D).
- La sensible peut faire sa résolution de manière indirecte. En effet, pendant la durée du premier accord, celle-ci
peut faire un dessin mélodique en touchant passagèrement une ou plusieurs notes de l'accord en question avant d'effectuer son
mouvement obligé (exemple E). D'autre part, si pendant la durée d'un même accord, il y a changement de position, le mouvement obligé se
transmet d'une partie à l'autre (exemple F).
- La sensible peut être exceptionnellement exemptée du mouvement obligé, à condition que la tonique soit entendue à la
partie supérieure, dans les deux cas suivants.
- 1. Dans une cadence parfaite : elle
peut alors descendre sur la dominante par mouvement disjoint (exemple G). Ce procédé est fréquent dans les chorals.
- 2. Dans l'enchaînement du Ve au VIe degré en majeur : elle peut cette fois descendre sur le VIe degré par mouvement
conjoint (exemple H).
-
- Ces deux exceptions ne doivent pas être considérés comme des résolutions irrégulières, mais comme des cas particuliers de résolution régulière.
- Exemples de résolutions régulières de la sensible :

Note chromatique
Une note chromatique est la note attractive d'un mouvement chromatique.
- Un mouvement chromatique, appelé également chromatisme, est un cas particulier de mouvement
mélodique obligé, réalisé entre trois sons successifs (note préparatoire, note chromatique et note résolutive) séparés par
« deux demi-tons inégaux, le premier, chromatique, le deuxième, diatonique, et
de même sens », le premier et le dernier son étant situés à une distance de seconde majeure (exemple : fa -
fa
- sol).
- Il n'est peut-être pas superflu de rappeler à cette occasion que la différence entre le demi-ton diatonique et le demi-ton
chromatique n'est pas seulement d'ordre théorique. En effet, le demi-ton chromatique, le plus expressif des deux,
introduit une tension en amenant la note chromatique. Cette tension va trouver sa résolution grâce au pouvoir
attractif du demi-ton diatonique. Par ailleurs, le demi-ton diatonique est toujours plus petit que le demi-ton
chromatique.
- La réalisation du mouvement chromatique nécessite un certain nombre de précautions, sous peine de produire un effet un peu
dur, appelé fausse relation
chromatique.
- La note chromatique étant étrangère à la tonalité, elle doit donc être accidentellement altérée. Selon le sens du mouvement, elle pourra être altérée de
deux manières.
- - Lorsque le mouvement chromatique est ascendant (exemples I et K), l'altération est de nature
ascendante : un dièse (exemple : do - do
- ré), un double dièse (exemple : fa
- fa
- sol
), ou encore, un bécarre (exemple : la
- la
- si
).
- - Lorsque le mouvement chromatique est descendant (exemple J), l'altération est de nature
descendante : un bémol (exemple : mi - mi
- ré), un double bémol (exemple : si
- si
- la
), ou encore, un bécarre (exemple : sol
- sol
- fa
).
- La note chromatique est normalement amenée par demi-ton chromatique. Il peut cependant arriver qu'un mouvement chromatique
ne soit pas préparé (exemple K).
- La note chromatique fait normalement sa résolution régulière par demi-ton diatonique (seconde mineure),
ascendant si le sens du mouvement chromatique est ascendant (exemple I et K), descendant dans le cas contraire
(exemple J).
- Comme toute note attractive, la note altérée d'un mouvement chromatique peut faire une résolution exceptionnelle. Il
faut éviter cependant un mouvement de seconde majeure en sens inverse, surtout à la partie supérieure. Dans le même ordre d'idée,
il est souhaitable pour des raisons purement mélodiques, qu'un mouvement chromatique donné soit précédé d'un intervalle conjoint
de même sens (exemples I et J).
- Lorsque la note altérée d'un mouvement chromatique n'est harmonisée ni comme une dissonance constitutive, ni comme une
sensible, elle doit être considérée, soit comme une note de passage,
soit comme une appogiature.
- Exemples de mouvements chromatiques :

Dissonances
Une note dissonante (ou plus simplement, dissonance) est l'une des deux notes extrêmes d'un
intervalle dissonant. Une dissonance
est toujours une note attractive. Il existe deux sortes de dissonances, les dissonances constitutives et les
dissonances passagères.
- Une dissonance constitutive est une note réelle (principalement, quinte diminuée, quinte augmentée, septième et neuvième) formant une
dissonance avec la fondamentale d'un accord classé. Dans ce cas, la tension, d'origine harmonique (puisque c'est l'intervalle
dissonant qui transforme un degré ordinaire en une note attractive), est extrêmement puissante.
- Les dissonances constitutives seront étudiées en même temps que la réalisation des accords auxquels elles appartiennent
(accords de quatre notes, accords de cinq notes, accords avec quinte altérée).
- Une dissonance passagère est une note
étrangère à la constitution d'un accord, qui, pendant une partie de la durée de celui-ci, s'ajoute ou se substitue à l'une ou
l'autre de ses notes réelles. La tension dans ce cas, est généralement moindre que celle des dissonances constitutives.
- Les dissonances passagères seront étudiées en même temps que la réalisation des notes étrangères auxquels elles appartiennent
(retard, appogiature, broderie, note de passage, anticipation
et échappée).
- On notera que dans le mode mineur
mélodique, le VIe degré ascendant et le VIIe degré descendant sont des exemples de notes attractives d'origine
mélodique : dans le mineur mélodique ascendant, le VIe degré altéré doit monter à la sensible, tandis que dans le mineur
mélodique descendant, le VIIe degré (la sous-tonique) doit descendre au VIe. Ces notes sont généralement employées comme notes de passage,
appoggiatures ou broderies.
Articles connexes
Harmonie
Solfège
Musique

