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Nommé musique industrielle ou indus, ce genre à la croisée de la musique expérimentale et de la musique électronique et une pépinière de sous-genres extrèmement variés, mêlant bruitisme, imagerie extrème, sampling et collages sonores, instruments rock ou électroniques.
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Genre particulièrement protéiforme, la musique industrielle (ou indus) puise ses racines dans les travaux et les réflexions des futuristes italiens du début du XXe siècle et les expérimentations sonores de John Cage dans les années 1950. Ces influences se sont cristallisées dans les années 1970 en réaction à l'inanité de la musique de l'époque, dominée par le star-system et la mercantilisation de la musique.
Apès une phase d'élaboration dominée par une forte imprégnation idéologique, la musique des fondateurs a subi de nombreuses influences pour accoucher d'une descendance extrèmement variée de genres et sous-genres musicaux.
Le terme même de musique industrielle pose aujourd'hui un vrai problème de terminologie, tant le champ d'expérimentation s'est élargit aujourd'hui, faisant se cotoyer des expérimentateurs acharnés ne cédant en rien à la facilité, aussi bien que des artistes beaucoup plus accessibles, constituant une branche presque mainstream de ce mouvement. Malgré tout, on peut reconnaître une parentée entre ces différentes branches, que ce soit par le recours à une symbolique forte, une politisation assumée du message, le recours au bruitisme, la recherche de l'extrême, la mise en valeur du rythme, ou encore une utilisation constante de l'électronique.
Véritable fondement de l'ensemble de la mouvance, l'industriel des débuts se distingue surtout par ses auteurs, la recherche artistique au travers de performances extrèmes, une attitude et un message hautement provocateur. La plupart des fondateurs de l'industriel ne sont pas spécialement musiciens, mais plutôt des intellectuels et des artistes performers, cherchant à secouer par un discours engagé un carcan social ou politique.
Par la suite, ce genre a continué de se diversifier, au travers de métissages ou d'exploration de diverses voies de l'extrémisme sonore, visuel ou textuel, abordés ci-dessous.
L'Electronic Body Music, abrégé en EBM, est un terme inventé par le groupe Front 242 pour qualifier leur musique électronique, froide et dansante. Ce groupe belge commence sa carrière dès 1982 avec l'idée de faire une musique de danse européenne, débarassée des influences afro dominantes à l'époque, que ce soit via le Rock ou le Disco. Des rythmes électroniques froids et minimalistes vont constituer l'armature de ce nouveau genre, influencé aussi bien par l'électropop de Kraftwerk que par la fusion électro-rock de Suicide.
Le mouvement initié par Front 242 fait rapidement quelques émules avec notamment les anglais de Nitzer Ebb, les Allemands de DAF, les français de Die Form... que l'on retrouve typiquement sur des labels comme Off Beat, Zoth Ommog , Pendragon , Metropolis ... Ce genre va également influencer notablement les créateurs de l'électro-indus tels que Frontline Assembly ou Skinny Puppy.
L'électro-indus, parfois également désigné sous le nom d'elektro, constitue en quelque sorte le chaînon manquant entre les sous-genres les plus extrèmes. Véhiculant toujours un message, moins bruitiste, recherchant une certaine structure, voire une indéniable démarche artistique, l'industriel s'adoucit quelque peu à la fin des années 1980 avec l'électro-indus et reçoit ses premières influences issues de l'EBM. Skinny Puppy et Frontline Assembly sont alors les chefs de file de cette tendance très diversifiée, sans doute la plus versatile du mouvement indus.
À partir du début des années 1990, un rapprochement s'opère avec le milieu de la musique gothique, qui va présider à l'apparition de nombreux projets de musique électronique sombre tels que Wumpscut, VNV Nation, Project Pitchfork, Leæther Strip, constituant d'une part le gros de la scène Darkwave, et d'autre part, un rapprochement avec la New wave sous le nom de Synthpop.
Dans la recherche des extrèmes omniprésente dans la musique industrielle, une tendance se distingue par son obsession du bruit, de la destruction sonore, visant aussi bien à choquer qu'à rendre mal à l'aise par un véritable nihilisme auditif. Courant initié par Whitehouse et NON au tout début des années 1980, il se caractérise par une imagerie extrème associée à des vocaux saturés et scandés, visant à pousser l'auditeur dans ses derniers retranchements.
Une fois le bal ouvert, les américains et les Japonais se sont distingués, deux pays grands spécialistes de l'extrèmisme sonore : The Haters, Smell & Quim, Merzbow ou Masonna par exemple, ont poursuivi cette recherche du « jusqu'auboutisme sonore » avec l'utilisation comme base des sons provenant de différentes sources (électricité, métal, ondes, feu...).
Depuis quelques années est apparue une version européenne de cette volonté bruitiste avec le « power electronics », représenté surtout par des Allemands comme Genocide Organ ou Dagda Mor.
Si le rythme est souvent privilégié dans la musique industrielle, il existe également de nombreux projets explorant les possibilités d'une musique plus calme ou destructurée, plus organique, mais souvent à la limite du noise, à la recherche d'un sentiment de malaise ou d'angoisse : drones, échos, nappes pesantes, cris, tintements, samples organiques sont souvent utilisés dans ce style.
C'est à vrai dire une voie d'exploration qui a existé dès les débuts de l'industriel, puisque les fondateurs tels que Throbbing Gristle s'y sont intéressés. Parmi les projets les plus éminents qui s'inscrivent dans cette tendance, on peut citer le maître incontesté Lustmord, mais aussi Zoviet France, Nocturnal Emissions, Raison d'Être, Aube, Caul ou Inade...
Alors que certains projets industriels entamaient une radicalisation de leur son, d'autres tirant leurs origines du post-punk menaient leur recherche de radicalité plutôt dans le propos, les textes ou l'imagerie. Guitares sèches, déclamations lancinantes et rythmes martiaux sont caractéristiques de la dark-folk (aussi connu en tant que neofolk), dont les plus éminents représentants sont des groupes tels que Current 93, Death In June, The Moon Lay Hidden Behind A Cloud, Sol Invictus, Der Blutharsch. Les labels les plus connus sont World Serpent , Coldmeat Industry , Hau Ruck! , Eis & Licht , Galakthörö...
Le message des groupes dark-folk s'est généralement développé autour de l'Europe et de sa culture, de son histoire violente, dans un mélange de nostalgie, de reproche et de mise en garde apocalyptique. Ce discours très euro-centré, qui n'est pas sans entretenir le second degré et l'équivoque, a hélas attiré le discrédit sur une partie de la scène dark-folk, qui alimente bon nombre de polémiques.
Dans la même mouvance musicale, on peut citer le néo-classique, avec des groupes comme Sophia, Predella Avant ou Land, qui au travers d'une musique nostalgique et orchestrale, cherchent à évoquer le souvenir d'un temps évanoui.
On pourrait désigner le death-indus comme le jumeau indus du death metal. Apparu à la fin des années 1980 sur le label Coldmeat Industry , des projets comme Brighter Death Now, Megaptera, Deutsch Nepal ou Raison d'Être, tous d'origine scandinave, ont apporté un nouveau souffle à la scène industrielle avec leur musique très pesante, aux ambiances apocalyptiques, souvent à la limite du noise.
Le métal-indus apparait dans le courant des années 1980, croisement de l'industriel en pleine évolution, et du métal qui connait son heure de gloire. Il était inévitable que certains groupes s'essayent une hybridation, mélant les thématiques et les sons de l'industriel aux instruments et à la furie du métal. Les premiers albums des Swans, Fœtus, Ministry, Godflesh, certains Die Krupps... donnent ses lettres de noblesse au genre, qui obtient finalement une véritable notoriété auprès du grand public avec Nine Inch Nails et Rammstein.
Le métal-indus est probablement le seul sous-genre de la musique industrielle qui a rencontré un public abondant, au point que le terme s'est dévoyé jusqu'à englober certains groupes de crossover ou désigner pour le public metal tout groupe particulièrement péchu et usant d'électronique.
L'un des derniers sous-genres apparus, la techno-indus, aussi nommé indus rythmique ou rythmic noise est le fruit de la rencontre entre la tendance bruitiste que l'on peut trouver dans l'industriel des débuts ou bien dans le death-indus et le noise, avec la tendance purement rythmique de la techno hardcore.
Le rythme est le cœur même de la techno-indus, rapide et puissant, parfois basique, parfois très complexe, on voit souvent une parenté avec le breakcore. Triturés, salis, saturés, les sons électroniques ou bien samplés se mettent au service du rythme dans ce style. Apparu au milieu des années 1990, le genre s'est épanoui particulièrement dans les labels Ant-Zen , Hymen ou Hands , avec des artistes tels que Synapscape, Imminent Starvation, Winterkälte, Converter ou Sonar.
Si le style tourne aujourd'hui en rond après une période faste, des influence plus techno ou trance que hardcore se font aujourd'hui sentir avec des groupes comme This Morn'Omina.
La musique industrielle est le terrain de nombreuses expérimentations, parmi les plus surprenantes. C'est ainsi que de nombreux groupes et projets se sont intéressés au caractère rituaaliste de certaines musique, ainsi qu'à ses potentialités en tant que support de concentration, notamment, dans une pratique occulte. Un certain nombre de groupes, dont le plus connu est sans doute Coil, revendiquent une authentique dimension magique dans leur musique (souvent des pratiques de magie du Chaos). D'autres, tels que Ah Cama-Sotz, ne s'intéressent a priori qu'à la dimension musicale.


